‹ L'ile de SardaigneChapitre 40 sur 55 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

[.►- j!ir]n:re r — Lii iujni[|ue et la drame bon» ]e* ^DiinTiit liil'ij!-. rii>polïquM. — Lu nobleue II lî peuple. — La dan». — Le blllu tqndu. — La cojininet. — l/st tlauguiei. — La inuncieiii. — La bénédiction des bcaufs. — la If lu du uint Efisio. — La létté wligietuej lu dix aopliCme tiiols.

Les théâtre» sont irès- fréquentés en Sardaiguo. Aussi -ont-ils meilleurs qu'où ne serait en droit (te l'exiger. Ceux de Cagliari et de Sassari sont simplement mais élégamment décorés. On y joue ordinairement l'opéra, rarement le drame ou la comédie. Toutes les préférences du public sont pour la musique. Il y en a plus d'une cause; le génie même de la race, dont l'indolence rêveuse et passionnée aime mieux se laisser bercer pur de douces mélodies, que se nourrir de fortes pensées, l'éducation qui, en condamnant longtemps les intelligences au sommeil, n'a mis à la prédominance des instincts artistiques nul contrepoids, la supériorité de ces grands maîtres Bellini, Donizctti, Rossini, Verdi, enliu

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l' infériorité relative iln théâtre Italien moderne qui ne vit que d'imitations et de traductions, tandis que la littérature dramatique doit être avant tout nationale. Alfleri est déelamateur et tendu ; s'il atteint parfois à l'éloquence, il reste le plus souvent iroid jusque dans ses emportements, et lu rudesse énergique de son vers dissimule mal la stérilité de ses créations, Goldoni, avec sa franchi; gaité, est un peu vulgaire. S'il peint bien les cotés extérieurs du ridicule, il ne pénètre guère dans les replis du cœur. Son exposition ne manque pas de verve, mais son analyse manque de finesse; il s'arrête à la superficie des caractères sans les approfondir, sans les mettre en saillie. Après eux, après Nicolini, après Silvio Pellico, il y a peu do grands noms et de grandes œuvres, et pour y suppléer l'Italie n'a pas ces productions légères mais gracieuses qui saisissent au passage le ridicule du moment, qui sont l'élément quotidien de notre scène, et que le lendemain renouvelle quand un grand talent ne leur imprime pas le sceau de la durée (1).

I* théâtre est la branche de littérature dont les gouvernements se préoccupent le plus vivement. Quanti ils sont despotiques, ils ont toujuurs peur que les idées patriotiques et libérales s'y fnsstnt jour, qu'incarcamées dans de nobles types et exprimées eu un beau langage, elles tombent comme une semence féconde

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Les l'LAJbim. 30) dans l'oreille des ;nid itoni's . leur communiquent des sentiments de fierté et île révolte, et préparent des tempêtes. Les gouvernements italiens, si ftpres. à pou rsuivre toutes les manifestations de la pensée humaine, car ils comprenaient que la justice était contre eux, repoussaient le drame, mais ils laissaient le champ libre à la musique, qui adoucit les cœurs plus qu'elle ne las élève et qui, loin d'irriter les colères, tempère les chagrins. Aussi, tandis que la littérature dramatique s'appauvrissait, le génie de la nation se jetait pour ainsi dire tout entier dans !a seule voie qui lui lut encore ouverte; il s'épanouissait avec sa richesse ordinaire dans des œuvres sans égales et le goût populaire suivait cette

Du reste, en Sardaigne comme en Italie, on ne va pas seulement au théâtre pour entendre. On y va pour voir, pour être vu, pour causer. On y fait assaut de toilettes et do bonnes grâces, et à en juger par l'élégance des femmes qui j-Mi-nissenl les loges, on se tromperait aisément sur la richesse publique. Le pays est pauvre. Ces gentilshommes qui, hier encore, étaient seigneurs, vivent assez eliiehemeiit chez eux d'un mince revenu, et ils n'ont jamais eu ces grandes existences et ces palais somptueux qu'avaient à Home les neveux ou les bâtards des Papes, a Florence et à Venise, les marchands devenus patriciens, en France, nos puissants barons. Panem et Circences. La' noblesse sarde veut des plaisirs, mais elle se contente de pain, et ce n'est pas moi qui, dans une époque de spéculations effré-

30S L'iLt UL SAKDÀLUXL.

nées et Je siiiisiialishu; grussier, 1110 ylaindrai de cette pré l'é renct;. Je ne trouve pas mauvais qu'ils fussent passer les jouissances de l'âme avant celles du corps. Je voudrais seulement qu'un peu plus d'esprit d'entreprise pénétrât parmi eux, qu'ils apprissent à tirer meilleur parti de leurs terres, qu'ils donnassent autour d'eux l'exemple de l'activité, qu'ils administrassent eux-mêmes et vissent par leurs yeux. Ils resteraient ainsi à la tête du pays par la position, comme ils le sont par la tradition, et ils le feraient marcher plus vite dans la voie du progrès. De notre temps et avec nos lois d'égalité, toute aristocratie qui s'appauvrit déchoit, toute aristocratie qui ne se retrempe pas incessamment par de nouveaux efforts finit par être annulée. I,e travail esl plus que jamais la loi du inonde et toutes les voies étant ouvertes à tous, toutes les ambitions étant surexcitées, ce n'est qu'au prix d'un labeur infatigable que ceux qui tiennent le premier rang dans une société parviennent ;'i s'y maintenir.

On a accusé les Sardes d'être des barbares. Sausdoute il n'y a rien de plus inculte que ces fauves habitants des contrées uiuiiiairueu^s, toujours à cheval, toujours armés, vivant comme leur.- pères vivaient il y a trois cents ans, et qui n'échangeraient pas pour le séjour d'une ville et les douceurs de la civilisation, leur existence aventureuse, presque nomade, de pâtres ou de chasseurs, leur crasseuse peau de mouton, leur burnous île furese et leur fusil au long canon rouillé. Mais ce n'est pas seulement par ces sauvages, qu'on peut ju-

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