‹ L'ile de SardaigneChapitre 41 sur 55 · US PLAISIRS. SOS · texte numérisé non relu

US PLAISIRS. SOS

ger de l'esprit du pays. Il faut étudier dans toutes les classes les aptitudes de la race, et elles sont nombreuses. Il faut voir do quel pas marche l 'avant-garde. Il faut aller dans les comptoirs et dans les salons. On y entendra des conversations aussi spirituelles et des dismssions aussi brillamment soutenues que dans plus d'une de nos villes de province ; on y trouvera, à eùt« de beaucoup de femmes jolies, quelques femmes aimables auxquelles bien peu de temps suffirait pour briller dans nos cercles les plus élégants, et on se convaincra que si les Sardes ont le courage de s'arracher aux douceurs de la paresse ét savent user virilement des dons que le ciel leur a départis, ils assureront bien vite à leur Ile un rang élevé parmi les province-; italiennes.

Si le théâtre est le divertissement habituel des hautes . classes, les cérémonies religieuses et les danses sont les plaisirs du peuple. Les unes et les autres vont ordinairement de compagnie, et il n'est guère de saints qu'on ne fête à la fois par une procession et par un ballu tundu . Le spectacle varie suivant les lieux et les circonstances ; plus pittoresque aux champs, lorsque le paysage lui prête ses décors et les grands bois leurs ombres ; plua varié et plus piquant dans les villes où plusieurs villages se donnent à la fois rendez -vous et. où lo contraste des vieilles mœurs est la plus attrayante des nouveautés. Il est fréquent à Cagliari. Lorsqu'une fête alieu, les paysans s'y rendent en foule. Ils vont d'abord à l'église, que trois ou quatre jours à l'avanoe. les be-

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denux s'occupent à tendre de draperies rouges, bleues, blanches, semées d'étoiles il 'or. Ils assistent à la messe, font leurs dévotions .ni s.iintou à !a madone, puis après quelques libation- dans le iubaret voisin, qui étale à leurs yeux toutes ses friand isns, viandes salées, gâteaux dorés, dragées, vins choisis du Campidano, ils se réunissent pour danser sur l'esplanade de la caserne, en dehors des portes. Tous sont dans leurs plus beaux atours.

Les hommes portent un large pantalon blanc que recouvrent, à partir du genou, des guêtres en laine grossière. Une espèce de gilet serré autour de la taille, par une ceinture de cuir, leur descend librement sur les hanches. Ils ont sur la tète un bonnet phrygien, sur les épaules tan tût une peau de mouton, tantôt un manteau court à capuchon, et à la ceinture un long couteau. Les jours de fête ce costume se complète et s'enrichit. Le gilet est alors en velours noir ou bien garni de boutons en filigrane d'or ou d'argent. Le col de la chemise haut et raide est couvert de broderies et porte aussi, luxe bien inutile, cinq ou sis boutons d'or. Le manteau, brodé sur toutes les coutures, a de larges agrafes d'argent en forme de emur, et la ceinture, qui sert à la fois de porte-glaive et de cartouchière, disparaît sous un tissu d 'arabesques, de pierreries ou de perles.

Le costume dos femmes es! [dus riche sans être moins original. Sur la elLoiuisetlo. brodée et garnie de boutons d'or, qui laisse apercevoir la naissance de la gorge.

LES misins. au un corsage en satin ou en velours de couleur éclatante dessine la taille sans l'emprisonner. Une jupe à mille petits plis, presque ton jours rivée île rouge ot île bleu, tombe raide et droiie comme celle de la Minerve antique, et laisse voir des pieds mignons chaussés de babouches en suie. Partout des bijoux à profusion; des pendeloques descendant jusque sur les joues, un collier formé d'une bande d'étoffe brodée d'or, une chaîne

en {.'l'ossus boudes {juiiliJL-litVs, passalil jusqu'à sept 'Hi

huit fois sur la poitrine, autour de la taille un ruban garni d'une frange d'or, ou .bien une lungne chaîne d'argent descendant jusqu'aux genoux comme le chapelet de nos religieuses, à tous les doigts, sans en excepter le pouce, des bagues ornées de pierreries permettant à peine de fermer une main qu'on est d'ailleurs bien aise de montrer.

Vêtues ainsi, ces contadines sont charmantes. Quel r ques-unes ont la pureté du type grec, l'attitude calme et forte do ces belles cariatides que les anciens sculptaient au fronton de leurs édifices; d'autres, avec-leur visage moins ré pilier, mais plus séduisant peut-être, leurs grands yeux ombragés de longs cils noirs, leurs narines mobiles et minces, leur bouche souriante, ont

et font penser à ces filles d'Asie, si mal cachées derrière leur yaschmuck, dont madame Browne nous a

mnrtine et Decamps ont si bien rendu le charme. Presque toutes oui de brillants cheveux noirs, dans le

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regard un rayon ardent qui est un reflet de leur ciel, et ce teint bruni, qui rappelle les tons chauds du Giorgione, et qui va si bien à l'expression de leur visage et au caractère de leur beauté.

Les hommes, les premiers, ouvrent le ballu. Réunis en cercle et se tenant par la main, ils commencent nu son monotone et agarant de la launedda, une ronde silencieuse mêlée d'entrechats, dont l'allure lente peu à peu s'anime, et qui finit par être comme emportée par la frénésie du plaisir. Il y a dans ces ondulations, dans cette gravite des danseurs, dans cette animation de la musique, quelque chose qui rappelle les danses des derviches, toutefois, avec moins d'enivrement et plus de spontanéité. De temps en temps un des danseurs plein de gaité exécute, sans quitter la main de ses compagnons, un écart démesuré ou une pirouette impossible et trappe l'un contre l'autre ses souliers fenés. Les musiciens soufflent sans cesse dans leurs pipeaux, héritage de la Grèce antique ou de la Phénioie, et, semblables peut-être à ceux que faisaient résonner les bergers de Théocrite dans les champs de la Sicile |1). Ils jouent sans jamais reprendre haleine, de façon qu'il n'y a nul temps d'arrêt dans la musique, et le cou tendu, les joues alternativement gonflées, ils marchent à pas lents, promenant autour d'eux le cercle mobile dont ils sont le centre.

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