‹ L'ile de SardaigneChapitre 50 sur 55 · LES VOYAGEURS ILLUSTRES EN SARDAIGNE. MI · texte numérisé non relu

LES VOYAGEURS ILLUSTRES EN SARDAIGNE. MI

lets, des chapons, des oies, des canards, des pigeons, des fromages, des fruits, des rafraîchisse m on (s de bute sorte, afin qu'on put sans peine se procurer tout ce qui est nécessaire à la vie. On défendit en nràmo temps de faire payer plus cher que d'habitude. On approvisionna beaucoup de tavernes en vins rouges et blancs. On fit entrer dans la ville beaucoup de vaches et de moutons. On prit des mesures pour que les boucheries fussent abondamment pourvues, et pour que les pêcheurs apportassent et missent en vente tout leur poisson, de telle sorte que Sa Majesté et sa cour pussent trouver toute espèce de provisions dans la ville et apprissent à connaître la fidélité des habitants.

Dans le morne but, le noble bailli, le gouverneur et les magnifiques conseillers organisèrent à Porto- Conte une chasse au sanglier pour le plaisir de Sa Majesté, et la nuit même partirent les illustres messires Gujan de Cetriila, l'r.mcesoli ilusquats, Salvador Zetrilla, Perot Amat, chevaliers de cette ville, l'illustre messïre Angel Torralba, second conseiller et d'autres citoyens notables, avec une suite nombreuse de chevaux, de chiens et de traqueurs Après l'arrivée de Sa Majesté, les susdits gentilshommes montèrent à son bord, où ils furent gracieusement reçus et admis au baùe-main.

Sa Majesté descendit à terre sans gardes et sans suite, n'ayant avec elle que quelques personnes de sa cour, son gendre, le duc de Camerino, neveu du Pape Paul III, le prince de Salmona, don Luis Daviîa,

grand commandeur d'Aleantara, le prince de Macédoine ri [':n;ili;iss;iil("i:i' <!' An glotenv . [mis elle rejoignît les chasseurs, et avant entendu la messe, qui fut due par un de ses chapelains, en un lieu dit Tragunaja, elle monta à cheval avec les grands de sa cour. Ou se mit en chasse, et Sa Majesté tua un sanglier qui vint à lui, lance par un chien de messire Guy an de (.'étrilla. Puis elle lit monter les gentilshommes et Içs emisoillors iï son bord

On arriva dans le port d'Alghero le vendredi 7 ot-ti ibre, euviron l'heure do vêpres ....

Le pont qui avait été construit pour le débarquement «tait fait de poutres el île planches très. larges. A l'extrémité, du coté de la mer, figuraient les armes île Sa Majrsié pointes par un artiste de la ville, .lean S péri .

Sur le pont. Cutlverl de lin drap rie Barcelone, cramoisi, jaune et d'autres rmileiirs de grand pri\, se tenaient, attendant Sa Majesté, le noble gouverneur, le bailli, beaucoup de gentilshommes er do citoveos notables de la ville et du dehors, parmi lesquels étaient dun Bernard Dessena, IVèro .lu noble gouverneur, Saputa, alcade de Cagliari. don Francesco lïobolledo, conseiller de la proviuci} de Sassari. et d'autres dont , par raison de brièveté, nous omettons les noms, tous somptueusement habillés I,e premier conseiller lenait à la main les clés de la ville, garnies de cordons et île glands de sole nmge el jaune.... Depuis l'arrivée dos premières galères jusqu'au moment où Sa Majesté lit

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sou entrée au palais, l'artillerie de la ville ne cessa de tirer sous la direction de messire Jaj.no Validas, Sa Majesté 1 lit mettre toutes voiles au vent et répondit au tir de la ville par quatre décharges <le bombarde, puis, étant montée ru barque avec le prince Doria, avant de débarquer, elle alla examiner la ville du coté de la mer, depuis Saiut-Élie jusqu'à la lourde l'Éperon. Le noble gouverneur et les illustres baillis et conseillers croyant quo Sa Majesté roulait entrer dans la ville pur la Porte- Royale, quittèrent te pont, et à. peine étaient-ils partis, qu'il fur complètement dépouillé pur les soldats (le .Sa Majesté, ce qui la divertit beaucoup. Après avoir examiné la ville, Sa Majesté revint en barque au pont, y débarqua el licencia ses gardes, eu leur disant: « Allez, je n'ai pas besoin île vous, je suis ici chez moi. « Ou\ -ci, en conséquence, se dispersèrent où bon leur sembla. Sur le pont, le gouverneur, lebailM, les conseillers, les ^emilshoimiies, les principaux citovens baisèrent lauiaiu de Sa Majesté, et Sa Majesté les ayant accueillis avec grande bienveillance et ayant reçu d'eux les clésde la ville, les leur rendit et leur dit en langue castillane : « Jurats, gardez-les pourle bien de la ville, a car nous sommes contents de vous, gardez-les pour le h bien du pays, comme votre devoir et votre fidélité vous " y obligent." Los illustres conseillers lui baisèrent alors de nouveau la main ; puis on alla jusqu'au bout du pont, où attendaient sur le rivage le révérendissime évèque d'Ampurias, don Grégorio Artea, alors présent dans la villa, en habits pontificaux, don Pedro Vaguer, évèque

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d'Alghero, conseiller de Sa Majesté les vicaires,

l'archiprêtre d'Alghero, les chanoines, les chapelains, portant la croix, suivant la coutume. On avait préparé deux tapis, doux coussins de brocart et un dais de taffetas... Sa Majesté, après s'être agenouillée sur les coussins et avoir baisé le cruciâx que tenait l'évèque d'Ampurias, monta un cheval alezan magnifiquement caparaçonné, qui avait été préparé pour elle, et qui appartenait au noble don Juan Mancu, et s'étant placée sous le dais, dit à l'évèque d'Alghero : uËvèque, viens «ici dessous »; puis elle partit avec ceux qui portaient le dais, et alors, solennellement et en procession, elle entra dans la ville ledit jour vendredi 7 octobre 1641, environ l'heure de vêpres. Le dais était porté par les illustres messire Perot Castilla Doiusell, conseiller en chef, messire Angel Torallia, second conseiller, messire Juan Galeasso, quatrième conseiller , le noble don Pedro de Ferrera , don Juan Mânes, et l'illustre messire Cetrilla.

Le roi, eu entrant en ville, alla faire ses prières à la cathédrale, puis, étant remonté à cheval, il se rendit à la maison de don Pedro Ferrera, située sur la place et qui avait été préparée pour lui. Là Sa Majesté témoigna le désir qu'on ne portât plus le dais, parue qu'elle voulait, avant de mettre pied à terre, visiter du coté de terre la ville qu'elle avait déjà vue dit coté de lu mer. Ainsi fut fait. Sa Majesté partit accompagnée du noble gouverneur, des illustres baillis et conseillers, des chevaliers qui avaient porté le dais et d'autres habitants de la ville.

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En sortant par la Porte-Royale, hors de !a ville, le roi

a telée lorsque vinrent les Fraisais? n Les conseillera répondirent que oui ; et arrivé à la tour de l'Éperon, qui lui parut d'une belle construction, il monta à un

rocher d'où l'on voit presque toute la ville. « Belle

« ville, ma foi, dit-il, et bien située. » Puis se tournant vers le guuverneur et les conseillers il ajouta : « Ce ne serait pas une grosse affaire d'élever la tour et « les murailles jusqu'à la hauteur de ces deux hommes « que vous voyez là-bas et d'achever l'ouvrage. j> Au retour, Sa Majesté se trouvant entre la tour de l'Éperon et la tour de la Porte-Iiovale, vis-à-vis Saint-Michel, dit encore : «Jurats, il eonviendraitqu'ilyeûtici

« une casemate, car tout le reste va bien » Puis étant

rentrée en ville, elle s'arrêta devant la maison de don Pedro, descendit de cheval et se rendit à son appartement, où le prince Doria et les autres grands l'attendaient. Là Sa Majesté causa un instant debout avec le prince Doria, de la flotte, dont les lettres reçues par le noble gouverneur donnaient des nouvelles; puis elle rentra dans sa chambre, et chacun chez soi. Une fois dans sa chambre, Sa Majesté se mit à la fenêtre avec le prince de Macédoine, le duc de Camerino, neveu du Pape et gendre de Sa Majesté, et don Luis Davilla, grar.d commandeur d'Alcantara. Là ils regardèrent les vaches et les moutons qu'on embarquait, qui s'échappaient sur la place, et que les soldats tuaient à coups de couteau.

Quand il fut presque nuit, les conseillers se rendirent au palais et supplièrent Sa Majesté, puisque Dieu leur avait fait la grâcr qu'elle vint les visiter, de su souvenir de leur ville, placée sur un rocher stérile, dans une contrée peu peuplée, en lutte continuelle avec les ennemis et n'ayant pour tout privilège que le nom do fidèle vassale de Sa Majesté. Sa Majesté répondit : « Jurats.le désir que nous avions de voir Alghero nous « a fait venir en Sardaigue, autrement nous ne serions « pas venus. A présent nous connaissons la ville et son « importance. Étant en voyage nous ne pouvons pren- « dre aucune disposition, mais aussitôt de retour en « Espagne, nous vous accorderons ce que notre intérêt, « l'importance do la ville et votre lidélité réclament, ei « vous nous reverrez avant peu, s'il plaît à Dieu ! »

Sur ce, lesdits conseillers baisèrent la main de Sa Majesté, la remercièrent de la bonne volonté et de l'amour qu'elle leur montrait et s'en allèrent.

Bien qu'on eût fait au palais des préparatifs pour le souper, Su Majesté ne soiipa pas. Elle se contenta, étant souffrante do la poitrine, de prendre la nuit quelques biscuits et de boire nu peu d'eau aromatisée do cannelle et avant de se mettre au lit Sa Majesté dit au quatrième conseiller, qui jusqu'alors était resté auprès d'elle : « Vous pouvez vous retirer, nous n'avons plus besoin ii de rien, »

A ces mots au de'; liallekinliers <[,■ Sa Majesté nommé Rodrigo, s'écria r « Sire, les conseillera ne nous ont « pas donné de matelas; nous aurions grande envie de

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prendre ces tentures pour nous coucher. Su Majesté se mit à rire et dit ait quatrième conseiller : « Jurât, veillez u à ce que nui dégât ne soit commis ici. > — a II n'en

Tout le monde s'en alla, et Sa Majesté se mit au lit que la ville lui avait préparé. Ce que le hallebardier avait dit n'était fondé en rien, car chacun avait été bien pourvu. La ville avait fait en sorte que les hallebardiers, les gens de la garde-robe, les fourriers, les porteurs, les cuisiniers reçussent des étreintes qui s'élevèrent à 60 ducats et furent réparties suivant les fonctions.

Le lendemain Sa Majesté étant levée, on prépara tout pour une messe dans le salon du palais. La messe fut dite par un des chapelains de Sa Majesté qui y assista avec un grand nombre de princes, de ducs, de marquis, de comtes, de prélats, de grands personnages de sa cour, le noble gouverneur, l'illustre bailli, les conseillers, beaucoup de gentilshommes et d'autres citoyens d'Alghero.

A l'heure du diner chacun se rendit chez soi et Sa Majesté dans sa chambre, où elle dfna sans cérémonie et où elle s'enferma, car elle souffrait de la poitrine.

Un peu après Sa Majesté fit faire une proclamation pour ordonner que chacun s'embarquât, et il était environ deux heures quand elle partit elle-même. En passant de sa chambre au salon Sa Majesté y trouva un grand nombre de princes, de ducs, de comtes, de prélats, de grands seigneurs de sa cour, ledit noble

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gouverneur don Diego Dessena et beaucoup d'autres

chevaliers et citoyens de la ville.

Sa Majesté arma chevaliers les magnifiques messire .luan Galeas, quatrième conseiller, messire Duran Guio d'AIghtro, messïres Pedro Pelo, Cano et Verde de Sas- Bari, messire Julien del (iraxo de Castel-Aragonese. En descendant l'escalier du palais, le quatrième conseiller qui venait d'Être fait chevalier demanda à Sa Majesté la permission d'aller servir dans l'expédition d'Alger.... Et en sortant de la porte du palais, le noble don Pedro de Ferrera «upplia Sa Majesté de vouloir bien accepter à sa cour tes services de son frère don Miguel, car sa santé ne lui permettait paad'aller luimême servir dans ceite entreprise. Sa Majesté accepta, puis elle se tourna vers le quatrième conseiller qui représentait la ville et qui marchait à sa gauche et, depuis (a porte du palais jusqu'à la porte de mer, l'iuterrogea sur |a position et l'état de la ville; ledit conseiller lui rendit pleinement compte de tout.

Etant arrivé à la porte de mer, Sa Majesté ordonna que le pont fut déblayé du peuple qui l'encombrait, elle y monta, puis après avoir donné sa main àbaiserau quatrième conseiller, à un grand nombre de gentilshommes, de citoyens et d'habitants de la ville, elle s'embarqua. C'était le samedi s octobre . Tous les vaisseaux partirent accomp agitant Sa Majesté et se dirigèrent sur l'orto-Conte, et le lendemain dimanche, à la pointe du. jour, par le temps le plus favorable, ils firent route pour Majorque, où la flotte entière, d'après les ordres

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