‹ L'ile de SardaigneChapitre 51 sur 55 · LK3 VOÏACEUBS HJ^ISTRES ES 5ARDA1UNE. 3Î · texte numérisé non relu

LK3 VOÏACEUBS HJ^ISTRES ES 5ARDA1UNE. 3Î

do Sa Majesté, devait se réunir pour se diriger de là ■sur Alger, l'uisse in'ti'ij Seigneur Dieu lui donner l;i victoire et ramener les princes païens au giron de la saîtita Kglise ! Amen.

Son Auguste Majesté reijui des illustrer conseillers, an nom de la ville, beaucoup de vaches, de moutons, de poules, de chapons, de corbeilles de pain, de tonneaux de vin rouge et de Malvoisie, beaucoup de fruits et de légumes, plusieurs douzaines de torches et de chandelles da cire jaune, ce dont Sa Majesté fut trèscontente, lit néanmoins, à cause du peu de temps dont on avait disposé, environ trente heures, la ville n'avait pas pu réunir tout ce qu'elle aurait désiré.

Deux cent cinquante ans après la visite impériale de Charles-Quint, unjoinie homme obscur qui devait être empereur à son tour, changer la face de l'Europe et remplir le monde du bruit de ses exploits, Napoléon lionaparte lirait son premier coup de canon sur ces mêmes rivages, eu face de cette Corse qui l'avait vu naîtra.

("éliiît en 17'iW. La Uépubliiiuii Iraiieaise ayant iléclaré la guerre au roi de Piémont., envahi la Savoie et le comté de Nice, entreprit une expédition contre l'île de Sardaigne. Le contre -amiral Truguet fut chargé de l'attaque principale dirige.' contre Cagliari. Une diversion contre le nord de l'île fut confiée au colonel Colon na Ce sari, faisant les fonctions de général. On lui donna huit cents volontaires corses. Napoléon Bonaparte, comme commandant d'artillerie, et une petite flot-

votte de vingt-deux canons, la Fauvette. La diversion fut dirigée contre l'île de la Madeleine. Les Français réussirent à s'établir dans, l'ïlt; vuisiut; de Sau-Steiano. lîonaparte y dressa une batterie composée de sept canons et d'un mortier, et le 23 février 1793, ce jeune homme de vingt-quatre ans, qui devait déployer plus tard un si grand génie militaire, fit ses premières armes dans une expédition obscure, avec des moyens insuffisants. Il s'y fit remarquer par son activité, son sangfroid, la rapidité et la sûreté de son coup d'œil, et lança habilement un grand nombre de bombes sur la Madeleine. Cependant les Sardes, pour enlever aux assiégeants leurs moyens de transports, établirent à leur tour des batteries sur le continent de façon à prendre la corvette la Fauvette, entre deux feux. Celleci supporta d'abord intrépidement le tir à boulets rouges qui était dirigé contre elle, mais le 25 les volontaires indisciplinés qui composaient l'équipage s'étant mutinés, le général lut obligé, dans la crainte do voir les troupes de débarquement abandonnées sans ressources dans l'îlot inculte de San-Stefano, d'ordonner la retraite. Napoléon Bonaparte était plein de confiance dans les dispositions qu'il avait prises et considérait comme certaine l'évacuation fk: !n Mudéleino ; il éprouva un de ces désappointements douloureux qu'on ressent au moment de voir échapper un premier succès et présenta devant les officiers quelques observations au général Colocna. Celui-ci garda un silence hautain et

LES VOYÀfiEURS IU.TSTRES EN" SARDAIGNE. 357

dédaigneux. Napoléon alors s« tournant vers ses camarades : v. Il ne me comprend pas, dit-il. » — « Vous êtes un insolent, répondit le général. ■> Il n'y avait pas à répliquer; Napoléon reprit son rang et se tut. Le mortier et les canons furent encloués, les troupes emhar-

fjUi-âs t ;r l'un ri?g.-ignn l;i l'oive ]'■.

Après les conquérants, qui no traversent un pays que pour l'exploiter ou pour le dompter, notons en Sardaigne le passage des grands écrivains, leurs impressions et leurs souvenirs.

M. de Lamartine, dans son voyage en Orient, qui est comme une étape brillante entre sa vie de poète et sa vie d'homme d'État, y vint un jour (2) chercber un abri contre la tempête. Voici son récit dramatique et coloré : « Mouillés dans le golfe de Palmas, après une « nuit de sommeil délicieux, nous déjeunons sur le « pont à l'abri d'une voile qui nous sert de tente ; la « côte brûlée mais pittoresque de la Sardaigne s'étend a devant nous. Une embarcation année de deux pîiVes « île canon se détache de 1 ile de Saint-Antiuche à deux h lieues de nous et semble s'approcher. Nous la dis-

S [,1LE PR SÀRDÀIGNE,

Hnguolis bientôt mieux ; elle porte des marins et des solilatF ; file est en peu rie temps à portée de la voix ; elle nous interroge et nous ordonne d'aller à terre ; nous délibérons. Je nie décide à accompagner la capitaine du brick. Nous nous armons do plusieurs fusils et. de pistolets pour résister si l'on voulait employer la force pour nous retenir. Nous mettons à la voile. Arrivés près de îa petite barque sarde qui nous procède, nous descendons sur une plage au fond du goll'e. Cette plage borde une plaine inculte et marécageuse. Du sable blanc, de grands chardons, quelques touffes ri'aloés, ça et là quelques buissons d'un arbuste à 1 ccorco pille et grise dont la feuille ressemble à celle du cèdre, des nuées de chevaux sauvages paissant librement dans ces bruyères, qui viennent en galopant nous reconnaître et nous flairer et partent ensuite en hennissant connue des volées de corbeau \ : à un mille de nous des montagnes grises, nues, avec quelques taches seulement d'une végétation rabougrie sur leurs flancs ; un ciel d'Afrique sur ces cimes calcinées; un vaste silence sur toutes ces campagnes ; l'aspect île désolation etdesolitinliKiu'iHit tomes les plages de mauvais air dans la Romagne, dans la Calabre, ou le long des marais Pou tins, voilà la scène ; sept ou huit hommes à belle physionomie, le front élevé, l'œil hardi et sauvage, à demi-nus, à demi-vétus de lambeaux d'uniformes, armés de longues carabines et tenant de l'autre main des perches de roseaux pour prendre

LÏS VOYAGEURS ILI.UsTRRS EN SARDAIfiSK, ira

«nos lettres ou nous présenter ce qu'ils mit à nous « offrir, voilà les acteurs. Je réponds en mauvais patois napolitain à leurs questions. Je leur nomme quelques- <■ uns de leurs compatriotes avi-c qui j'ai été lié d'ami-

« et obligeants, après avoir été insulenis et impérieux. .1 Je leur acliète un mouton qu'ils équarrissent sur la « plage. Nous écrivons. Ils prennent nos lettres dans u la fente qu'ils ont faite à l'extrémité d'un long roseau, « ils battent le briquet, arrachent quelques branches « vertes de l'arbuste qui couvre la cote, allument un « feu et passent nos lettres trempées dans l'eau de mer, « à la fumée de ce feu, avant de les toucher. Ils nous

• promettent de tirer un coup de fusil ce soir pour nous

* avertir de revenir à la i.-i\ti! lorsque nos provisions de u légumes et d'eau douée seront prêtes. Puis tirant de n leur bâtiment une immense corbeille de coquillages, u frutli di mare, ils nous les offrent sans vouloir ac- « cepter aucun salaire fî). «

Une année après M. de Lamartine, en 1833, Honoré de Hal/.ae vint en Sardaigno. non pour y chercher les distractions d'un voyage, mais pour y faire fortune. U pensait que les Romains, en exploitant les mines, avaient laisse beaucoup do minerai dans les -imncs ot qu'en traitant de nouveau ces scories avec les procédés perfectionnés de la science moderne, on y trouverait de beaux bénéfices. Il trouva de vrais brigands qui ne lui volèrent rien.

(1) Do Umtrting, V^ag, m OrW.

380 L'ILE DE SA !ï DAIGNE.

« Ils sont assez bons diables en dehors de leur indusotric. Ils m'ont renseigne sur tout ce que je voulais « savoir. Ces gens-là toisçnt joliment le pays et les « gens; ils ont si bien vu nue je net.iis pas pour eux n un client, que je crois, Dieu me pardonne, qu'ils « m'auraient plutôt prêté de l'argent que de m'en.de- « mander. »

En revanche, un hnninHe capitaine' ««"fis. auquel il Ht part de son projet, le lui vola.

n Quant à l'objet principal de mon voyage tout était « comme je le présumais, mais le retard de mon arrivée u m'a été fatal ; le Génois a un contrat en bonne forme « avec la cour de Sardaigne ; il y a un million d'argent n dans les scories et dans les plombs; une maison de n Marseille, avec qui il s'est entendu, les a fait essayer.

« II fallait ne pas lâcher prise et les devancer (1).

« Enfin, j'ai trouvé aussi bien et mieux même. Je cau- « serai de tout ceci avec ton mari à mon retour. Nous ■■aurons à revenir ici avec lui et un ingénieur des « mines... Et comme il n'y a pas de Génois dans l'-af- « faire, nous pourrons attendre que nous soyons tran- <c quilles. Je suis donc à peu près consolé.

u Le frère mathématicien conviendra, j'espère, qu'on •< ne peut trouver une affaire plus helle, et il sera aussi «joyeux que moi (2). •

(1) Belinc, en effet, aprt. 1011 voyage en SerdaignD. en Jieu de faire une uVmiude en couresiion, était rené en Franin pour loutnettre à des ■aven» le" édmntilkm^ n,u'i] nvait rmii'ill», et terminer jilu-ieiir» 1rs- VMUL, Il Iniisn oinii pister l'rês d'une année.

(i) Lettre il u mur.

LES VOYAGEURS ILLUSTRES EN SARDAIfiNE JS1

C'est ainsi que ce grand esprit, luttant contre les mauvaises chances de la fortune, s'épuisait en combinaisons pour atteindre à une indépendance pécuniaire, qui lui permît de travailler à l'aise et de méditer à loisir.

Page 1