LES VOYAGEURS ILLUSTRES EN SARDAIGNE
lets, des chapons, des oies, des canards, des pigeons, des fromages, des fruits, des rafraîchissements de toute sorte, afin qu'on pût sans peine se procurer tout ce qui est nécessaire à la vie. On défendit en mémo temps de faire payer plus cher que d*habitude. On approvisionna beaucoup de tavernes en vins rouges et blancs. On fit entrer dans la ville l)eaucoup de vaches et de moutons. On prit des mesures pour que les boucheries fussent abondamment pourvues, et pour que les pêcheurs apportassent et missent en vente tout leur poisson, de telle sorte que Sa Majesté et sa cour pussent trouver toute espèce de provisions dans la ville et apprissent à connaître la fidélité des habitants.
Dans le même but, le noble bailli, le gouverneur et les magnifiques conseillers organisèrent à Porto- Conte une chasse au sanglier pour le plaisir de Sa Majesté, et la nuit même partirent les illustres messires Guyan de Cetrilla, Francesch Busquats, Salvador Zetrilla, Perot Amat, chevaliers de cette ville, Tillustre messire Ahgel Torralba, second conseiller et d'autres citoyens notables, avec une suite nombreuse de chevaux, de chiens et de traqueurs Après l'arrivée de Sa Majesté, les susdits gentilshommes montèrent à son bord, où ils furent gracieusement reçus et admis au baise-main.
Sa Majesté descendit à terre sans gardes et sans suite, n'ayant avec elle que quelques personnes de sa cour, son gendre, le duc de Camerino, neveu du Pape Paul III, le prince de Salmona, don Luis Davila,
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grand commandeur d'Alcantara, le prince de Macédoine et l'ambassadeur d'Angleterre, puis elle rejoignit les chasseurs, et ayant entendu la messe, qui fut dite par un de ses chapelains, en un lieu dit Tragunaja, elle monta à cheval avec les grands de sa cour. On se mit en chasse, et Sa Majesté tua un sanglier qui vint à lui, lancé par un chien de messire Guyan de Cetrilla. Puis elle fit monter les gentilshommes et les cx)nseillers à son bord
On arriva dans le port d'Alghero le vendredi 7 octobre, environ l'heure de vêpres ....
Le pont qui avait été construit pour le débarquement était fait de poutres et de planches très -larges. A l'extrémité, du coté de la mer, figuraient les armes de Sa Majesté peintes par un artiste de la ville, Jean Spert.
Sur le pont, couvert de fin drap de Barcelone, cramoisi, jaune et d'autres couleurs de grand prix, se tenaient, attendant Sa Majesté, le noble gouverneur, le bailli, beaucoup de gentilshommes et de citoyens notables de la ville et du dehors, parmi lesquels étaient don Bernard Dessena, frère du noble gouverneur, Saputa, alcade de Cagliari, don Francesco RoboUedo, conseiller de la province de Sassari, et d'autres dont, par raison de brièveté, nous omettons les noms, tous somptueusement habillés Le premier conseiller tenait à la main les clés de la ville, garnies de cordons et de glands de soie rouge et jaune.... Depuis l'arrivée des premières galères jusqu'au moment on Sa Majesté fit
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SOU eutrée au palais, Tartillerie de la ville ue cessa de tirer sous la direction de messire Jaynie Vallelas. Sa Majesté fit mettre toutes voiles au veut et répondit au tir de la ville par quatre décharges de bombarde, puis, étant montée en barque avec le prince Doria, avant de débarquer, elle alla examiner la ville du côté de la mer, depuis Saint- Élie jusqu'à la tour de TÉperon. Le noble gouverneur et les illustres baillis et conseillers croyant que Sa Majesté voulait entrer dans la ville par la Porte-Royale, quittèrent le pont, et à peine étaient-ils partis, qu'il fut complètement dépouillé par les soldats de Sa Majesté, ce qui la divertit beaucoup. Après avoir examiné la ville. Sa Majesté revint en barque au pont, y débarqua et licencia ses gardes, en leur disant : « Allez, je n'ai pas besoin de vous, je suis ici chez moi. » Ceux-ci, en consé^juence, se dispersèrent où bon leur sembla. Sur le pont, le gouverneur, le bailli, les conseillers, les gentilshommes, les principaux citoyens baisèrent la main de Sa Majesté, et Sa Majesté les ayant accueillis avec grande bienveillance et ayant reçu d'eux les clés de la ville, les leur rendit et leur dit en langue castillane : « Jurats, gardez-les pour le bien de la ville, « car nous sommes contents de vous, gardez-les pour le (( bien du pays, comme votre devoir et votre fidélité vous (( y obligent.» Les illustres conseillers lui baisèrent alors de nouveau la main ; puis on alla jusqu'au bout du pont, où attendaient sur le rivage le révérendissime évêque d'Ampurias, don Grégorio Artea, alors présent dans la vHle, en habits pontificaux, don Pedro Vaguer, évêque
d'Alghero, conseiller de Sa Majesté , les vicaires,
rarchiprêtre d'AIghero, les chanoines, les chapelains, portant la croix, suivant la coutume. On avait préparé deux tapis, deux coussins de brocart et un dais de taffetas... Sa Majesté, après s'être agenouillée sur les coussins et avoir baisé le crucifix que tenait Tévêque d'Ampurias, monta un cheval alezan magnifiquement caparaçonné, qui avait été préparé pour elle, et qui appartenait au noble don Juan Manca, et s'étant placée sous le dais, dit àTévêque d'AIghero : «Évêque, viens « ici dessous » ; puis elle partit avec ceux qui portaient le dais, et alors, solennellement et en procession, elle entra dans la ville ledit jour vendredi 7 octobre 1541, environ l'heure de vêpres. Le dais était porté par les illustres messire Perot Castilla Donzell, conseiller en chef, messire Angel Toralba, second conseiller, messire Juan Galeasso, quatrième conseiller, le noble don Pedro de Ferrera , don Juan Manca., et l'illustre messire Cetrilla.
Le roi, en entrant en ville, alla faire ses prières à la cathédrale, puis, étant remonté à cheval, il se rendit à la maison de don Pedro Ferrera, située sur la place et qui avait été préparée pour lui. Là Sa Majesté témoigna le désir qu'on ne portât plus le dais, parce qu'elle voulait, avant de mettre pied à terre, visiter du côté de terre la ville qu'elle avait déjà vue du coté de la mer. Ainsi fut fait. Sa Majesté partit accompagnée du noble gouverneur, des illustres baillis et conseillers, des chevaliers qui avaient porté le dais et d'autres habitants de la ville.