L'Île de Serk Un état féodal au XXe siècle
Le voyageur que le steamer du London and South Western Railway transporte de St-Helier (Jersey) à St- Pierre-Port (Guernesey) ne peut s'empêcher de remarquer à tribord de sombres falaises abruptes que la mer enserre de toutes parts. |
Son guide, feuilleté, lui dira qu'il se trouve en vue de l'île de Sercq « le plus merveilleux poème de pierre qui surgisse à la surface des eaux », « la perle des îles du Canal » ; que ce petit territoire de six kilomètres de longueur sur dix-huit cents mètres de largeur, peuplé d’au plus emg cents âmes, est divisé en deux portions inégales, le Grand et le Petit Serk, rattachées entre elles par une isthme : « la Coupée », longue de 180 mètres, large à peine de deux, sans cesse battue par la mer qu'elle domine de plus de 300 pieds d’élévation ; que ce corset de rocs qui ceinture l’île ne s’abaisse nulle part et qu'il a fallu le percer par un tunnel pour offrir aux visiteurs un accès commode.
Et le guide continue, tentateur : si la côte est plus sauvage, plus découpée, plus fantastique que celle de
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Jersey et de Guernesey, l'intérieur cache des délicieux vallons fleuris et ombragés. Enfin, conclut-il, la population est soumise à un régime politique partout ailleurs disparu. Un véritable Seigneur s y rencontre avec les mêmes prérogatives féodales que ses ancêtres du
Il est difficile de résister à des attraits si divers, alors surtout qu'il est notoire que les insulaires parlent entre eux le patois normand du XIV° et que la langue offificielle se trouve être toujours le français. Le guide n'exagère pas lorsqu'il vante les beautés naturelles de la petite île. Serait-1l plus sujet à caution lorsqu'il la représente comme un type vivant d’une organisation sociale n'existant généralement plus que dans les li-
vres ? Nous allons le rechercher.