‹ L'île de Tsong-ming à l'embouchure du Yang-tse-kiangChapitre 1 sur 61 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Chaque jour nous apporte sur la Chine un livre, une étude nouvelle, où les erreurs fourmillent à côté de quelques vérités. Touristes et marins, marchands et diplomates, parisiennes mêmes, rivalisent de zèle pour charger de maint trait plaisant l’image du magot. Une simple conversation, ou un rapide passage à travers des contrées, dont ils ignoraient la langue et les usages, leur a donné le droit de décider sur tout, en dernier ressort.

Il est vrai qu'aujourd'hui, plus encore qu’au temps du P. Gaubil «on ne veut plus de Chine des choses si abstraites et si sèches; on veut quelques descriptions, quelques relations; on veut surtout de quoi s'amuser agréablement (1). » Appelons pourtant de nos vœux le jour où une plume véridique vengera l'Empire du Milieu des erreurs de tout genre, que l’impardonnable légèreté d’un trop grand nombre d'écrivains à accumulées sur son compte! C’est pour travailler à ces justes revendications que nous offrons au lecteur cet essai historique et géographique sur l'ile de Tsong-ming, située à l'embouchure du Yang-tse-hiang ou Fleuve bleu, à quelques kilomètres au nord de la ville de Chang-hai.

—sSsss— I. LES MALHEURS D'UN CRITIQUE MODERNE.

Avant d'entrer dans le détail de notre histoire, qui intéresse à la fois la géographie, l’économie sociale, la science géologique et l'honneur même des missions catholiques. le lecteur nous saura gré de lui présenter tout d’abord un de ces textes malheureux, auxquels nous faisions tout à l’heure allusion. Il est de M. El. Reclus. Mis en regard des variantes que nous proposerons à l’éru-

- dit compilateur, il permettra à chacun d’embrasser d’un coup d'œil

la somme remarquable d’inexactitudes qu'il est possible d’entasser en un si petit nombre de lignes.

(1) Lettre du P. Gaubil à M. de l'Isle 1752. M FM

Texte de la Nouvelle géographie (À).

On dit que l'ile de Tsoungming ou Kiang ché, c'est-à-dire la «Langue du Fleuve» qui s’allonge dans l’estuaire (du Yang-tse) du nord-ouest au sud-est, immédiatement au nord de la rade de Wousoung, effleurait.à peine la surface à l'époque de la domination des Mongols. (1280 à 1368)...

Les premiers habitants envoyés sur le sol affermi, furent des bannis du continent, mais l’île ne: cessant de s’accroitre et de se consolider, fut bientôt après visitée par des colons libres, qui en changèrent l'aspect par leurs canaux, leurs levées, leurs villages et leurs cultures.

Des pirates japonais s’établirent aussi sur le littoral océanique, et leurs descendants devenus de pacifiques agriculteurs se sont mêélés aux immigrants d’origine continentale.

Tsoungming où sur environun millier de kilomètres carrés se pressent deux millions d'habitants, est une des régions les plus populeuses et les plus fer- ‘tiles de la Chine.

Les colons de Tsoungming avaient pendant la première moitié de ce siècle, l'avantage de vivre indépendants, sans mandarins qui vinssent leur faire payer des impôts et les vexer par des règlements.

a conservé les noms.

Variantes proposées.

L'ile de Tsong-ming (Æ H}), ou plus exactement Dzong-ming, appelée aussi autrefois Kiangché (IL #), remonte au commencement du 8° siècle (705)...

Les premiers habitants furent des pêcheurs et des faucheurs de roseaux, émigrés volontaires du continent, dont l’histoire nous Bientôt ils furent rejoints par d'autres familles également libres, originaires des environs de Nan-king (F5 ):

Des Japonais firent à partir du 14° siècle, plusieurs descentes à Tsong-ming, mais si quelques-uns d’entre eux y trouvèrent un tombeau, nul, que l'on sache, n'y laissa de postérité.

Tsong-ming avec une surface d'environ 720 kilom. carrés, nourrit plus d'un million d'habitants. La densité extrême de la population jointe à la médiocrité de ses terres, réduit cette île à une profonde misère.

Tsong-ming fut d’abord rattachée à plusieurs centres administratifs du continent, mais depuis l'an 1293, date de son érection en district séparé, l'ile a été régie jusqu'à nos jours par une série ininterrompue de 216 sous-préfets, dont 33 pour les cinquante premières années de ce siècle. L'impôt de Tsong-

(1) Nouvelle géographie universelle, par El. Reclus. T, VI. L'Asie orientale, pag. 405.

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