XVIII. LES TEMPÉTES
Des malheurs plus grands que les incursions des pirates et les changements incessants de leur sol, vinrent éprouver souvent les habitants de Tsong-ming. Les annales de l'ile, dans un style toujours bref, nous retracent les sombres éphémérides de ces grandes épreuves. Leur récit, calme, sans passion, empreint même de froideur, exalte encore par le contraste la grandeur des maux endurés et fait mieux ressortir l’invincible vitalité de cette race de lutteurs.
Tour à tour de gigantesques ras-de-marée sont venus l'envahir sous leurs eaux; la peste et la famine ont décimé ses rangs; mais elle est sortie victorieuse de toutes ces épreuves ; elle leur a survécu et sa masse débordante demande de nouveaux espaces pour s'étendre.
La famine avec ses horreurs s’est abattue souvent sur cette malheureuse contrée : tantôt c’est une vague immense qui l'ensevelit comme d’un linceul et dévaste ses récoltes ; tantôt c’est l’eau salée qui vient ruiner ses moissons ; tantôt ce sont des pluies diluviennes qui les noïent ; ou bien c’est un soleil de feu qui les sèche sur pied ; ce sont des nuées de sauterelles qui la dévorent en herbe. A la place du riz devenu trop cher (1), on se procure
(1) Nous croyons intéresser plusieurs de nos lecteurs, en leur offrant pour ces deux derniers siècles les tableaux comparés de la valeur du riz, et de l’étalon monétaire (taël) chiuois, par rapport aux sapèques. |
Le picul (3 ) de riz de 1031*, 10, mesure fixée officiellement pour le paiement du tribut impérial, se payait dans les bonnes années 700 sapèques, sur la côte de Chang-haiï, vers le commencement du 18 siècle; il montait à mille sap. et plus en 1740; enfin après avoir dépassé le chiffre exorbitant de 10,000 en 1862, époque de la grande rébellion, il s’est maintenu dans ces dernières années entre 2 et 3.000 sapèques (De Leg. dom. n. 41 not.)
Il est vrai que dans le même laps de temps, la valeur de l’once d'argent a également