‹ L'île de Tsong-ming à l'embouchure du Yang-tse-kiangChapitre 42 sur 61 · XVIII. LES TEMPÈÊTES · texte numérisé non relu

XVIII. LES TEMPÈÊTES

«labourés; les propriétaires donnèrent leur fonds, les fermiers «fournirent leur travail ; pas une obole ne sortit du trésor public «(1). Depuis la construction de cette digue, la marée d'automne «a beau être puissante, la pluie et le vent ont beau se déchaïiner, «le peuple jouit en paix de son repos et chaque annéé rapporte «d’abondantes moissons (2).» |

Puisse cette heureuse paix n'être jamais troublée! Nous en doutons toutefois: le flot implacable se rapproche sans cesse de cette digue de terre qui ne saurait résister longtemps au travail de l'érosion. Des faits plus anciens nous apprennent combien alors sont fragiles de pareilles murailles contre les fureurs de l'océan. En terminant j'en citerai un des plus remarquables.

Les Chroniques de Tsong-ming nous disent qu'en 1390, le 23 de la 7° Lune, «la mer déborda sur l’ile; toutes .les habitations «furent détruites et les sept ou huit dixièmes (sic) de la population «périrent dans les flots.» Or, le même jour, lisons-nôus dans les Chroniques de T‘ong-tcheou, «la mer brisa la digue de Liu-se (4 «jy, au Nord de la péninsule de Hai-men, à 50 li de la sous- «préfecture de Tsong-ming) et fit périr plus de 30.000 person- «nes (3). |

En terminant ce chapitre, nous croyons bon de signaler brièvement les principales inondations survenues dans l'ile depuis le 14° siècle. En voici le tableau : «En 1299, 7° Lune, vent violent, «pluie diluvienne ; l’eau monte sur l’île. On ignore le nombre des

(1) Cette phrase, qui vise sans doute à l’éloge dü peuple Tsongminois, ne fait pas l’honneur du gouvernement chinois. Si celui-ci demande peu aux contribuables, il est vrai qu'il lenr donne encore moins et qu’il n’a d'ordinaire nul souci des travaux d'utilité publique.

(2) Chron. de Tsong-ming. Art. des Chaussées maritimes GX FR).

(3) Chron. de T'ong-tcheou ; 3° Vol. art. des Chaussées (H #E FR). Ce n'est pas la seule fois que cette digue fut témoin de pareils désastres. Elevée en 1033, à la requête d’un mandarin préposé aux salines, qui laissa son nom ( Fan) à cette œuvre, elle s'é: tendait de la sous-préfecture de Yen-t‘cheng (GE hk), Ville au sel) au Nord, jusqu'à Yu- 81i-t‘chang (8 n1 , Salines du Reste occidental) au Sud, contournant circulairement les salines que venait alors baigner la mer, ainsi qne le représente notre carte. Elle fut complétée en 1054, par un autre tronçon qui relia Yu-si-t‘chang à Liu-se. Ce dernier bourg s’ouvrait alors sur la mer et était le centre d’un commerce très actif avec le Nord de la Chine.

Après les pertes de 1390, les années 1466 et 1471 virent la mer abîmer de nouveau la digue (Ÿ 7 FR). où elle pratiqua jusqu’à 72 brèches. En 1540, nouvelle repture; cette fois, plus de 10.000 hommes périssent.

D'après les Chroniques, le but de cette digue était moins d’épargner la vie des hhbitants que de défendre leurs cultures, souvent stérilisées par l’inondation de l’eau de mer. L’'accroissement qu'ont pris les terres nouvelles à l'Est de la digue, a rendu ce travail inutile aujourd’hui; une partie considérable de ces alluvions est mêmelivrée à la culture, tandis que la partie la plus avancée vers la mer, sert à l'exploitation du sel, et reste seule exposée au «péril de la mer.»

«noyés. — 1301, à l'automne, la marée envahit une partie des iles «et y fait périr les 8 ou 9 dixièmes des habitants. — 1370, 1378, «ras-de-marée, grands désastres. — 1384, la marée activée par «un vent violent se précipite sur l’île; pertes inconnues. — 1390 «(V. sup.) — 1424, le 17 de la 9° Lune intercalaire, grand vent «et ras-de-marée; nombre des noyés inconnu. —1426, ras-de- «marée. — 1436, le 1°" de la 7° Lune, la maïtée détruit les mois- «sons ; le 1°" da la 10° Lune, la marée revient plus impétueuse et «abîime un très grand nombre d'habitants. — 1461, le 15 de la «7° Lune, la nuit, grand vent accompagné de pluie; une vague «de 8 à 10 pieds s’abat sur l’île et inonde ses habitations; plus «de 4.000 hommes noyés sur la plage. — 1516, 6° Lune, la mer «promène sur les terres de l’île, une vague de plus de dix pieds. «Tous les paysans qui étaient dehors à ce moment sont noyés. «Désastres inconnus. — 1522, un vent de tempête pousse sur l'ile «une vague de plus de dix pieds. On ignore le nombre des mai- «sons détruites et des hommes noyés. — 1539, 3 de la 7° Lune «intercalaire, ras-de-marée; presque toutes les maisons détruites ; «quelques centaines de noyés. — 1569, 13 de la 6° Lune interca- «laire, jusqu’au 16, vague de plus de dix pieds; de dix habita- «tions il ne reste que 3 ou 4. —1575, 1°" de la 6° Lune, nouveau «cataclysme; environ moitié des maisons détruites. — 1582, 13 «de la 7° Lune, ras-de-marée. Un très grand nombre d'habitants «périt. — 1591, du 16 au 19 de la 7° Lune, le vent souffle avec - «fureur ; on ignore le nombre des maisons détruites et des hom- «mes noyés par le flot ; le 16 de la 8° Lune (V. sup.)». Mais abrégeons ce nécrologe, et ne donnons plus que deux ou trois exemples: «En 1628, 23 da la 7° Lune, vent violent,. ras-de-marée. «La veille du solstice d'hiver, on voit à l'Est en mer quelques «dizaines de dragons (il s'agit sans doute de trombes); on ignore «le nombre des noyés. — 1650, le 15 de la 8° Lune, grand ras- «de-marée. 9° et 10° Lunes, nouveaux ras-de-marée; on ignore «le nombre des morts, — 1654, le 21 de la 6° Lune, vent violent «du N. E., pendant deux jours, marée haute de 5 à 6 pieds; «nombre des nôyés inconnu. — 1655, par trois fois, toutes les îles «sont recouxertes par le flot. Noyés très-nombreux. — 1680, 3 de «la 8° Lune, vent violent, ras-de-marée. On ignore le nombre des «noyés. — 1696, (V. sup.) — 1724, 18 de la 7° Lune, la nuit, «grand ras-de-marée. Plus de mille personnes noyées. — 1732, «le 16 de la 7° Lune, la nuit, de 5 à 8 heures du matin par un «ciel noir comme de l’encre, la mer inonde l’île. On ignore le «nombre des noyés. — 1734, le 14 de la 7° Lune, la nuit, la mer «inonde l’île ; noyés en nombre inconnu.»

On le voit, c’est surtout à la 7° Lune et à l’époque des grandes marées que se renouvelaient ces malheurs. Cette Lune correspond au mois d'Août : or c’est précisément à cette époque que le Kiang atteint son débit maximum; combiné avec la direction

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