XXII. ECONOMIE DOMESTIQUE
Tsong-ming est dans une extrême détresse, et pourtant il lui faudrait si peu pour faire vivre les siens! Les mœurs actuelles de l'Europe ne peuvent nous denner aucune idée de ces prodiges d'économie. Croirait-on qu’un cultivateur de la classe moyenne, nourrit une famille de six personnes, pendant un an, pour la somme de cent douze francs?
Nous doutons cependant que le régime soit du goût de nos compatriotes : le menu est composé d’une épaisse purée de mais cuit à l’eau, additionné parfois de blé concassé. Les plus riches mangent surtout de ce blé (1), auquel ils ajoutent un peu de riz. Quelques maigres légumes, choux, fèves ou navets, cultivés auprès de la maison et ménagés avec la plus grande parcimonie, la plupart du temps horriblement salés pour contenir sans doute l’avidité des consommateurs, parfois une purée de crabes, ou quelques bribes de poisson séché au soleil, accompagnent ce brouet que n’eussent pas désavoué les vertueux Spartiates. L'homme le plus robuste mange au plus, en un jour, deux litres et demi de ce composé culinaire qui lui revient à 30 ou 40 sapèques suivant la qualité.
Une famille constituée des parents et de quatre enfants d’âge
ming. Il prend là des informations précises. «Non loin de l’église S. Joseph, lui dit-on, «sur le littoral de Hai-men, vous trouverez un important dépôt de ces épaves.» Il se rend à l'endroit indiqué et y découvre en effet toute une cargaison de bois de teck. Il veut entrer en pourparlers avec l’auteur de la capture; celui-ci prend nne pièce de ce bois et en frappe cruellement l'étranger qui tombe à terre, la jambe brisée. On se rue sur lui; on lui arrache sa montre, on lui vole son argent, et on le force séance tenante à signer un acte par lequel il reconnaît l'innocence complète de ses bourreaux; puis on le traîne sanglant sur la boue du rivage et on le jette dans la barque qui l’avait amené. J’apprenais ces détails, deux jours après, de 1a bouche de nos chrétiens, proches voisins de ces sauvages. À quelque temps de là, je vis apparaître en face de notre église, une barque militaire, chargée par le T'ao-tai de Chang-hai de se saisir des coupables. Plainte avait été en effet portée à ce dignitaire par le consul du malheureux correspondant. Pendant trois jours, le chef de la canonnière chinoise envoya ses soldats à terre, à la recherche des coupables. Ceux-ci s'étaient retirés à quatre kilomètres de là, au bourg de Hoei-ngan-tsen (& %). Les soldats vinrent les y visiter, l'arme au bras, et ils burent ensemble à l'honneur national. La barque militaire revint ensuite à Chang-hai et le commandant dans son rapport au Tao-tei, annonça que justice avait été faite.»
Ce fut une grande joie pour le pauvre blessé qui gisait sur son lit d'hôpital.
Je tiens ce dernier trait du Père P....qui le visitait chaque jour.
Ce fait suffit, mais je pourrais en rapporter d’autres de date aussi fraîche, pour confirmer la thèse que j'énonçais plus haut.
(1) Nommé lei-mai «espèce de blé barbu, observe le P. Du Halde, qui bien que sem- «blable au sègle est pourtant d’une autre nature.»
LA PÈCHÉ D'après une graï