XXIV. CONCLUSION
rope, sous laquelle on la connaît encore aujourd'hui (1). Or un jour de l’année 1638, le P. Brancati, l’un des apôtres les plus zélés de cette nouvelle chrétienté, se trouvant à Pao-chan (% 1|j), souspréfecture située sur la rive droite du Kiang, aperçut dans le lointain l'île de Tsong-ming se déroulant à l’horizon ainsi qu'un long ruban. N'était-ce point là aussi une Terre promise? Le Jésuite l’espéra et demanda à Dieu de réaliser son espoir. De retour à Chang-hai, il communique à ses frères l’objet de ses prières et convient avec eux de s’unir d'intention pendant neuf jours, pour obtenir du Ciel l'ouverture de l’ile à la foi.
Or le dernier jour de la neuvaine, les Pères de Chang-hai virent arriver dans leur église, quatre visiteurs paiens qui demandaient à s'instruire des vérités de la religion chrétienne. Ils venaient de Tsong-ming où l’un d'eux, Siu K‘i-yuen (1& Æ TX) exerçait la médecine. Cet homme jeune encore avait plusieurs fois, au prix de longs et périlleux voyages entrepris aux pagodes célèbres de diverses provinces, tenté, mais vainement, de conquérir la vérité avec la paix de l'âme. Il entend un jour parler de la religion du «Seigneur du ciel» et aussitôt, malgré un ulcère dont il souffre cruellement, il entreprend le voyage de Chang-hai.
Sa conversion et celle de ses premiers compagnons ne furent point stériles pour leur patrie. Bientôt leur zèle à propager la foi fournit aux Pères Brancati, Le Favre, Couplet et Wang, qui visitèrent l'ile à différentes reprises, des catéchumènes doués du même esprit qu'eux.
Siu K‘i-yuen, le fondateur de la chrétienté Tsongminoise, s’éteignit doucement en 1676, après avoir vu s’élever dans l'ile la première église vraiment digne de ce nom, due aux largesses de Candide Hiu (ff) (2). En 1696, Tsong-ming comptait neuf églises et plus de 3.000 chrétiens. Peu d’années après, le P. Fr. Pinto, le premier missionnaire qui ait résidé habituellement dans l’île, voyait ce dernier chiffre slélever à 5.000 (3).
Ce sont les descendants de ces chrétiens, prémices de la foi parmi les hommes des sables, trop souvent éprouvés par les persécutions et par la privation de leurs «Pères spirituels», qui composent la plus grande partie des 17.000 chrétiens que comptent aujourd’hui Tsong-ming et la presqu'ile de Haïi-men.
Ou-hou. Janvier 1891.
(1) Siu Koang-k'i est l’auteur du Traité d'agriculture cité plus haut.
(2) Candide Hiu, petite-fille de Siu Koang-k‘i, bienfaitrice insigne des Missions nais gantes de Chine, mourut à Song-kiang, le 24 Octobre 1680, âgée de 73 ans. Sa vie édifiante a été écrite par le P. Couplet, S. J. sous ce titre: Histoire d'une Dame chrétienne de la Chine (Paris. 1688).
(3) Sinarum historia, man. P. Dunyn. $Szpot. — Etude historique sur le Christianisme à Tsong-ming, man. du P.J. Loriquet. S. J.