‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 140 sur 231 · IV. LITURGIE ET ASCÈTES · texte numérisé non relu

IV. LITURGIE ET ASCÈTES

A la vue de plusieurs des croix des pages précédentes, le lecteur a pu s'écrier : «Mais ce n'est pas là notre croix ! telle et telle est un ornement; celle-là est fortuite; celle-ci n'en est que le travestissement; telle autre est un simple décor géométrique!» Est-il bien sûr pourtant, que dans aucun cas on ne peut signaler, sans témérité, le moindre rapport symbolique ou ornemental avec notre croix?... Dans l'impossibilité où nous sommes de trancher cette question, assez complexe, et qui ne sera résolue, si elle doit l'être jamais, que pièces en main, à l'aide de longues recherches archéologiques et ethnographiques, contentons-nous de mettre sous les yeux du critique quelques données, pouvant servir, soit à mieux poser le problème, soit à en préparer la solution, sauf à le compliquer provisoirement.

Ta-mo est-il S. Thomas? — Son culte au Se-tch*oan et sa croix — Croix au Tibet — Le patriarche Dharma — Jisô sauveur d'âmes.

Parmi les traditions qui ont, sur ce point, le plus intrigué, sinon dérouté la sagacité des historiens ou des sinologues, se place sans contredit au premier rang celle qui a trait à Tamo ^ i^ (1), le personnage réel ou légendaire, venu jadis du Sud- Ouest en Chine préchant une religion étrangère.

Gaubil (2) dans l'histoire de la dynastie des Tang, rapporte que «pendant la ?• année, appelée K'ai-yuen ^ 5C ®" ^^^ ^P^- J.-C. le roi de Fou-lin ou Ta-tsHn ^ ^ paya tribut à l'empereur Hiuen-tsong ]£ ^ et lui envoya un prêtre d'une grande vertu, appelé Ta-mou-tou, — corruption peut-être du nom de Thomas, — très savant dans les sciences mathématique.»

Naguère encore, le voyageur anglais Colborne Baber, au retour d'une exploration au Se-tch'oan O j||, consignait les lignes suivantes. Outre les documents nouveaux qu'elles apportent, elles résument une grande partie de ce débat d'histoire religieuse : «De temps en temps on a publié de vagues renseignements sur une secte chinoise qui adore une divinité appelée Tamo, et regarde la croix comme un symbole religieux. C'est cette histoire qui a conduit les missionnaires catholiques romains

inspiré le travail «A dissertation on the ancient Chinese Vases of the Shang rlynasty, from 1743 to 1496 B.C. London 1851». L*aatear, P.P. Tlioms, ne fait pas même allusion, semble-t-il, à ces vases rituels à croix, bien qull reproduise un certain nombre des figures originales, regravées par un cbinois pour sa publication.

(1) On trouve aussi dans les ouvrages bouddhiques : S î£ «Ip Tali-mOy ou encore ra-eii/-mo-2^^ IS ffî Al flRi (Eitel, pag. 43 et 181).

(2) P'aprôs KeMon. The Crou and the Dragon. London. 1854. pp. 38, 39.

CROIX ET SWABTtKA.

à identifier Tamo avec 8. Thomas, et à accepter comme prouvée la tradition sur la visite de cet Apôtre en Chine. D'autre part, le Tamo du bouddhisme est, si je ne me trompe, un patriarche bien authentique, qui vint en Chine au VP Siècle. Il était donc vraiment curieux de découvrir dans ce temple une image sculptée de cet Apôtre, du Christianisme ou du bouddhisme, le reproduisant avec des traits hindous bien caractérisés, le teint foncé, surtout avec une croix latine sur la poitrine.

Voici un croquis sommaire de ce symbole, qui est sculpté en relief dans l'original et colorié en rouge (fig. 144).

Les images de Tamo sont nombreuses dans les temples du Se-tch'oan, et il est presque toujours — je pourrais, je crois, m'aventurer à dire toujours, — représenté avec la figure noire, ou très-brune. Je n*ai jamais entendu parler d'un autre cas d'un portrait de Tamo portant une croix». (1).

Nous croyons pourtant qu'il s'en trouve, car l'auteur a raison d'énumérer parmi les caractéristiques de cette secte, «qu'elle regarde la croix comme un symbole religieux». Les missionnaires du Se^tch^oan pourraient sans doute en fournir la preuve péremptoire. Rappelons que le îï est spécialement le symbole ou emblème de Dharma, (2).

Dans son voyage au même mont Omi, le R'^ Virgil C. Hart signale aussi «une statue de Tamo, le dernier des Patriarches indiens qui vinrent en Chine. Il est prestement troussé, avec la chevelure, la barbiche, la moustache et les sourcils tout

Fig. 144

(1) HoycU Geogr, Socitty (Supplementtiry papers; Vol. I. part I). TraveU and JResearches in Westei-n China, By. K. Colborae Baber. — London 1882. — Bien que ce Tamo ait la peau noire ou foncée, lendroit 8*appelle pourtant Pé-fou-se Q TO m » "le sanctuaire du Bouddha blanc." Ce nom lui vient d'une autre particularité.

(2) On a dit que les Vestales portaient à leur collier "un emblème cruciforme, réroinisoence du 31 hindou." Bévue d'Ethnoçraphie. Juillet- Août 1885.

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