‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 141 sur 231 · IV. Li+tJRGîÉ Éf ascAtes · texte numérisé non relu

IV. Li+tJRGîÉ Éf ascAtes

bleus». (1), Les idoles bouddhiques à cheveux bleus sont partout des plus communes.

Qu'était-ce en somme que ce Tamo? De quelle nation étaitil? D'où venait-il? Où a-t-il existé? Quel est le fait ou le mythe qui a donné naissance à cette légende? Des réponses plus ou moins heureuses, des explications plus ou moins plausibles ont été fournies. Une des plus positives et des moins anciennes est celle de M. E. H. Parker, qui distingue deux Dharma ou Tamo, puisqu'on s'accorde à identifier ces deux prononciations, l'une indo-sanscrite, l'autre chinoise : «Le premier apôtre du bouddhisme en Chine est Dharma.., Il était fils de Hiang-yuh, roi de l'Inde méridionale; en 520 de notre ère, il vint en Chine par le Sud et la voie de mer; puis il s'attacha à un temple appelé ShaO'ling-sse. Il ne faut pas le confondre avec un autae Dharma, un peintre qui vint par terre au Se-tch'oan de 580 à 685». (2). Ce dernier est-il le Tamo de Baber, portant la croix latine? C'est peu probable, ou bien ce peintre était en même temps un missionnaire et un ascète, cas fréquent alors.

Le P. Trigault, dépourvu des ressources de l'érudition moderne, faisait déjà ressortir cette coïncidence : quand le bouddhisme pénétra en Chine, en l'an 65 de notre ère. «Sainct Barthélemi Apostre publiait la loy Evangélique en l'Inde supérieure;... mais l'Apostre Sainct Thomas espandoit les raisons Evangéliques en l'Inde inférieure vers le midi». A propos des ressemblances entre les cérémonies bouddhiques et les nôtres, il ajoute : «En récitant leurs prières, les bonzes redisent souvent un certain nom, qu'eux-même confessent ne cognoistre pas; iceluy est prononcé comme Tolome, Ils semblent peut estre avoir voulu honorer leur secte par l'autorité de l'Apostre Bartholome». (3). Il est difficile que ce vocable Tolomé soit le môme que celui d'Omi'tO'fo, ou Amida-Bouddha des bonzes de nos jours.

On jurerait du reste que leur superstitieuse ignorance s'est ingéniée à embrouiller l'écheveau de ces traditions, devenues incohérentes ou contradictoires, si l'on s'en tient, pour le débrouiller, aux représentations graphiques, même avec les livres bouddhiques sous les yeux. Le Musée Guimet est assez riche en statues de Tamo, et le conservateur, M. de Milloué, a écrit à leur sujet : «En 65 de notre ère, sous le règne de l'empereur

(1) Western China^ a journey to the great huddhist centre of Mount Omeij p. 205. Boston 1888. Ailleurs, le voyageur manifeste son étonnement en voyant aux environs de Tch^engtoUj jft ^' la capitale du -Sie-^cA'oan, des croix rouges ou blanches, cousues sur les habits des enfants, soit par devant, soit par derrière.

(2) Journal de la Soc. Asiat. de Clmnghai. Vol. XXIV. N* 3. - 1889-1890.

(3) De Riquebourg-Trigault. I p. 175. — Histoire de VExpêdition chrettienno au royaume de la Chine. Traduction de l'ouvrage du P. Nicolas Trigault Lyon, Cardon, 1616.

76 CROIX ET SWASTIKA.

Ming-ti, le missionnaire bouddhiste Dharma, appelé aussi Bodhidharma et Dharma-râja, fonda quelques monastères et une petite communauté qui vécut modestement sans faire beaucoup de progrès. Ce Dharma, en chinois Tâ-mô, a été pris un moment pour l'apôtre du Christ, Saint Thomas, comme lui grand faiseur de miracles». (1).

Le même Guide (p. 71), parle d'une statue de ce Dharma représenté la « barbe courte et frisée^ un pan de son manteau rejeté sur sa tête». Une autre statue de bois le montre «en costume de prêtre, tenant un soulier dans sa main gauche» (p. 109). C'est aussi l'attitude de celle que Tauteur décrit ainsi à la page 178 : «Belle statue de bois bronzé, du XVI" siècle : le prêtre Dharma sortant de son tombeau, drapé dans son linceul^ et un soulier à la main». (2).

Généralement donc on admet que ce Ta-mo^ est le 28® patriarche, (ou selon une autre manière de compter, le l®** des six patriarches); il vint trouver à Nankin l'empereur Ou^ti ^ ^ fondateur des Liang H^, qu'il éblouit par ses doctrines ascétiques et ses exploits légendaires. Pourtant il délaissa Nankin, pour se rendre à Lo-yang ;f^ |^ au royaume de Wei ||. L'anniversaire de sa mort se fête en Chine le 5° de la 10* lune. (3).

Au cours d'un «Dialogue avec un philosophe chinois sur l'origine du monde (4), on rencontre quelques mots irrévérencieux de ce philosophe lettré contre Ta-rno, «ce fainéant contemplatif,... ce personnage si vanté, qui est venu d'Occident à la Chine, et passa, dit-on neuf ans, sur la montagne Tsong, dans une contemplation continuelle». Que deviendrait le monde, se demande le philosophe, si Ta-mo trouvait beaucoup d'imitateurs.^

Tout naturellement on doit pouvoir signaler des traces de ce ra?7io dans les pays, jadis tributaires de la Chine, qui lui ont tant emprunté en fait de coutumes, de littérature et d'usages superstitieux. La Corée et l'Annam lui ont peut-être pris celuilà. D'après M. de Milloué (p. 137), la secte Zeng-siou^ sorte de bouddhisme chinois introduite au Japon par le bonze Do-guen «prétend avoir conservé intacts les principes de son fondateur en Chine, le missionnaire Ta-mo [BodhUdhar-iua ou D/iarmarâ/a)». Nous ne savons si les statues du Musée Guimet et les

(1) PeiU guide illustré du Musée Guimet 181»0 p. GÔ.

(2) Cf. pp. 160, 238, 241 etc., ouvrages de bronze, de bois ou de faïence.

(3) Cf. Ëdkins, Chinese buddhitm^ London, 1S80. p. 92. L'auteur y explique la raison de la sandale, caractéristique de certaines statues de Ta-ino dans les pagodes actuelles. Elle a trait à une particularité de sa vie apocryphe. Brctschneider, Mediœval Be^earchts, traite un peu légèrement l'opinion des missionnaires catholiques, qui soupçonnaient dans le mythe de Ta-mo un vestige de TApostolat de S. Thomas. — Cf. Gaubil. Astronomie Chinoise p. 56.

(4) Du Halde Mémoires concernant Us Chinois. III. p. 54.

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