‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 151 sur 231 · I. ANCIENS VESTIGES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

I. ANCIENS VESTIGES HISTORIQUES

prêtre manichéen, né dans une ville Tangouth. (1) La religion, dont le DalaiLama est le pontife, ne semble être qu'un mélange de samanéisme, et de manichéisme.» (2).

Bitel expose comment le Bouddhisme, panaché de Sivaîsme et de Brahmanisme, pénétra au Tibet, du Kafiristan et du Cachemire; il y rencontra le Chamanisme et les superstitions indigènes; il se fondit si bien avoc ces doux éléments, qu'une réaction se produisit, appelant une réforme, laquelle finit par réussir. «Mais alors les missionnaires nestoriens avaient atteint l'Asie Centrale, et quelques uns des réformateurs bouddhistes eurent connaissance de la vie du Christ et du cérémonial de l'Eglise Catholique».

«Obéissant aux instincts éclectiques du Bouddhisme, ils empruntèrent au Christianisme beaucoup d'idées, de traditions et de cérémonies, et quand ce parti vint à dominer au Tibet, ils amalgamèrent, en organisant l'église tibétaine, autant d'idées chrétiennes qu'en comportait l'orthodoxie bouddhique».

«Par là s'expliquent les coïncidences des traditions concernant la vie de Bouddha avec les récits évangéliques. Il ne faut donc pas s'étonner en apprenant que l'église bouddhiste du Thibet a son pape, ses cardinaux, ses évéques, ses prêtres et ses religieuses; qu'elle admet le baptême des enfants, la confirmation, la messe pour les morts, les rosaires, les chapelets, les cierges, l'eau bénite, les processions, les fêtes des saints, les jeûnes et abstinences, etc.. Beaucoup de ces traditions et cérémonies chrétiennes envahirent la secte bouddhique en Chine ainsi que sa littérature, mais toujours dans des proportions moindres qu'au Tibet. De ce pays^ le Bouddhisme se répandit en Mongolie et en Mandchourie, où il atteignit une prospérité extraordinaire». (3).

Avec une complaisance marquée et une insistance provocante, M. E. Reclus (4) relate plusieurs de ces communes ressemblances. Nous l'avouons, « cette extrême analogie des pratiques du bouddhisme et du catholicisme » est indéniable : l'histoire l'explique d'abondance et notre foi ne s'en trouble point; mais les hypothèses émises par le géographe pour en rendre compte augmenteront peu son crédit en ces matières. «La plupart de nos missionnaires»^ dit-il, (il faudrait quelques uns), «ont vu dans cette presque identité du culte extérieur», {presque n'est pas de trop), «un artifice du démon essayant de singer le dieu des chrétiens». Cette raison n'est pas sotte, bien

(1) D'après Mayere, r«OH(7A7t/i6a8erait né à Si-wi/1.7 W 3Ç» en 1417; KmiledeSchlagintweit (le Bouddhisme au Tiljct) dit en 1355.

{'£) ht CathoUeûme au VHP Siècle — p. 21.

(3) Three lectures on Baddhism^ by Ern. Ëitel, of the London niisMionnary society; second édition. Londoii, 1873; p. 32. — Voir aussi : Chinrste Recordei\ 1874, p. 8. nFor and againtt Mongolian Bnddhùmn. Le VI« pamgnipliu porto ce titro : «Many of tbe teachings of Buddhiam resenible those of oiir own Cbristianity».

(4) A»ie Orientale pp. 79 et seq.

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que peu adéquate; en tout cas la correction typographique exige ici une majuscule pour le mot Dieu; le démon lui-même, qui sait à quoi s'en tenir, n'en disconviendrait pas. M. Reclus poursuit: ttD'autres ont essayé de prouver que les prêtres bouddhistes, après avoir abandonné leur antique cérémonial, se sont tout simplement emparés du rituel des chrétiens avec lesquels ils se sont trouvés en rapport dans THindoustan.» La critique la plus prévenue applaudit au succès de ceux qui sont part^enus à prouver ces emprunts réels. «On sait maintenant quelle large part ces deux religions, relativement modernes, ont eue dans l'héritage des anciens cultes de l'Asie, et comment, de siècle en siècle, les mêmes cérémonies se sont continuées en l'honneur des mêmes divinités.» Le mot Qnal vise à blesser; avec intention, ce pathos nuageux ne voile qu'a demi la pensée secrète de l'écrivain. Prétend-il dire que les deux religions, la vraie et la fausse, ont droit au même respect, ou plutôt, car c'est tout un, au même mépris? Quant à affirmer que le bouddhisme «conserve de siècle en siècle les mêmes divinités», on ne le peut sans ignorer ou violenter rhistoire. Autant la doctrine catholique est précise» fixe, immuable en droit et en fait, autant la croyance bouddhique est vague, changeante, insaisissable et sait s'accommoder aux passions, aux caprices et aux rêveries de ses adeptes : là est le principal secret de son expansion. Au Thibet, où l'on ignore jusqu'au nom même du Bouddha Sakyamouni, l'imagerie lamaîque n'est que pornographie. (1).

Le reste de la citation n'est ni plus logique ni mieux établi : «Il n*en est pas moins étonnant que, par l'eff'et d'une évolution parallèle en des milieux si différents, l'Occident et le centre de l'Asie, les formes extérieures du bouddhisme et du catholicisme aient maintenu leur ressemblance non seulement dans les grands traits, mais aussi dans les détails». La surprise est feinte et mal fondée; il n'existe aucune parité, soit historique, soit dogmatique, dans cette prétendue évolution, d'ailleurs si diverse. Puis, de fait, les détails de cette ressemblance, exagérée pour les besoins de la thèse, se compteraient sur les doigts de la main; témoin cent fois des pratiques rituelles des bonzes, je l'ai constaté à loisir. Enfin, même en forçant le chiffre de ces analogies superflcielles, les phases de l'évolution lamaîque sont choses bien modernes, rapprochées du Christianisme, et dès lors le parallélisme n'est guère rigoureux. Il ne se vérifie, du reste, que pendant une courte période de temps.

Arrêtons ici ces réflexions; le sens des conclusions perfides,

(1) Cf. Supvà p. 89. — Les voyageurs modernes s'accordent avec les missionnaire^ (lu siècle (lemici pour relever Textrème inconvenance de plusieurs représentations ultraréalistes de quelques pagodes Inmaîques de Pékin. Le bouddhisme ohinoii, généralement plus réservé, ne s'est pas souillé de oette tare. Cf, de MagalhAens Nouv, réUU. p. 351.

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