I. ANCIENS VESTIGES HISTORIQUES
la croix moins parfaitement que le signe chinois. Donc, quand on en vint à parler de la croix en se servant de cette appellation, (le caractère du chiffre 10), acest Israélite raconta qu*en la métropolitaine CaUfun^fu (1) sa patrie, et en un autre port très fameux nommé Lincino, de la Province Sciantum, (Lin-Ving-tcheou ^ î^ ^ au Chan-tong ilj )|[) et en la Province de Scian (Chansi [Ij U), il y avait quelques estrangers, desquels les prédécesseurs étaient venus des Royaumes voisins, qu'ils estoient adorateurs de la croix, et avoient accoustumé d'en signer leur boire et manger avec le doigt, mais que ni luy ni ceux-là ne scavoient pourquoi ils faisoient ceste cérémonie. Le tesmoignage de cest Israélite s'accordoit à ce que les Pères avoient ja entendus de diverses personnes touchant ceste coustume de faire le signe de la croix en divers lieux. Voire mesme qu'on signoit les petits enfans du mesme charactère de ce signe salutaire au front avec de l'encre, en divers lieux, pour les préserver des malheurs qui arrivent ordinairement aux enfans. Ce que Jérosme Russellus dit en ses commentaires sur la Cosmographie de Ptolémée, parlant des Chinois, s'accorde aussi avec ceci». — Trigault expose ensuite le fait de la découverte, chez un antiquaire, d'une cloche de bronze, marquée d'une croix et d'une inscription grecque; nous y reviendrons plus tard. Il poursuit : «Ce mesme Israélite adjoustoit que ces mesmes adorateurs de la croix prenaient une partie de la doctrine, qu'ils récitoient,^au lieu de prières de leurs livres, et qu'elle estoit commune à tous les deux; peut estre il vouloit dire les Psaumes de David. Ils disoient qu'il y en avoit eu principalement plusieurs d'iceux ez Provinces Septentrionales, et si florissans en lettres et en armes, que les Chinois, soupçonneux de nature, avoient crainte qu'ils n'attentassent quelque nouveauté.» Aussi les avait-on persécutés. «Et pour crainte de la
(1) Trois ans plus tard, Kicci tMivoya un frère chinois à K* ai- font/- fou, pour se mettre en rapport avec les adorateurs du vrai Dieu, qu'il y avait découverts. Cette colonie chrétienne, ayant été persécutée quelque tvm))8 auparavant par le Pouvoir officiel, beaucoup de ses membres apostasièrent ou se cachèrent. Le frère député par le P. Ricci eut donc peu de succès dans sa mission : sa qualité de chinois, sur laquelle on avait fondé trop d'espoir, le fit regarder comme un espion des mandarins. — Trois antres juifs vinrent trouver Kicd à Pékin et furent instruits des vérités chrétiennes. Sur Tissue relativement infructueuse de la tentative de Ricci, je trouve les lignes suivantes : «Le frère chinois qu'il avait envoyé fit tout ce qu'il put pour bien remplir sa commission et revint à Pé'king avec de fort amples mémoires. Les persécutions qu'on excita contre notre sainte religion et la grande révolution qui a mis les Tartares sur le Trône, livrèrent plusieurs fois notre église au pillage. Les mémoires sur les juifs ont péri d>vns ces malheureuses catastrophes, et à moins qu'on en ait envoyé alors une copie en Europe, ce que nous ignorons ils sont perdus pour jamais.» Cf. Etudes reliçieuMs et littéraires, Nov. 1877. p. 751. Le P. Sommervogel y a inséré, sous le titre : «Les juifs en chine», un mémoire très important, et jusque là inédit, du P. Martal Cibot, mort à Pékin en 1780.
mort, les uns se firent Sarazins, les autres Juifs, plusieurs adorent les idoles. Leurs temples ont esté changez en temples d'idolâlres. Et nommoit le temple de la croix entre les siens, du nom qu'on Ta appelé depuis qu'il fut au service des idoles». (1).
Trigault ajoute qu'on appelle en Chine Hoei-hoei [d] 0 les Mjihométans, les Juifs et les Adorateurs de la Croix, quoique on distingue chacune do ces religions. On donne aussi à ces «professeurs de croix» divers noms qui font croire qu'ils sont venus de Perse et d'Arménie à la suite des grandes invasions militaires. L'nuleur poursuit en détaillant les textes et les traditions qui lui semblent prouver, au point que «les plus opiniastres mesmes n'en sçnuroient douter», l'Apostolat de S Thomas et de ses successeurs en Chine. Ces documents sont à peu près ceux de la China illusirata de Kircher.
Du reste, obcissaiif, comme plusieurs missionnaires, aux mômos préoccupations, le P. Trigault avait déjà mandé de Goa (2i Dec. 1607), «on nous écrit que du côté du Septentrion, bien avant, il se trouve une espèce de chrétiens, qui ont des croix et aulrps choses semblables aux catholiques». (2). Sous le titre : Juifs et chrétiens en Chinpn, la China Rexnew (1884-85. p. 361), ra|)prlle qu'au début du XVIIl® siècle John Bell d'Antermony trouva quelques Juifs et quelques Mahométans à Pékin en 1720, qu'il supposa être entrés en Chine vers 1100 avec les Tartares occideiitaux : «Il existe uqe secte très peu nombreuse d'adorateurs de la croix, cross-'worshippers. Ils rendent un culte à la 8' Croix, mais ils ont perdu toute autre marque de christianisme; ce qui indique probablement que TEvangile a été prêché en ce pays avant l'arrivée des missionnaires jésuites».
D'après le sinologue André Mûller, s'appuyant sur l'autorité des historiens du Céleste Empire, c'est en l'an 65 de notre ère que le philosophe indien Xa-can (Sakya?) serait entré en Chine et y aurait prêché, entre aulns doctrines, celle de trois dieux en un. il pjirlnge Topinion de ceux qui pensent que le christianisme fut alors introduit et que ses enseignements furent dans la suite inlerpo'és et conséquemment corrompus par les Chinois. Cette secte s'nppelait Xe-chidO {Che-kiao -f- f^) et aussi Fo-kiao ^ jjj;. «Xe, {tyhe -f-, en romanisation française), dit Mûller, indique la Croix; to (•||; rst le Jupiter latin, et Kiao jj; signifie doctrine. D'où Xaca, ou Sakya, ou Sé-hiao, veut dire la doctrine de la Croix, Les bonzes ou prêtres de Fo, (Bouddha) s'appelaient aussi Che-kiao; d'autre part Fo est appelé aussi Fo-khan^ qui correspond au nom
(1) Trigault, de Chritti'ttid ExpedUionc...f capiit undecimum : Pe Samcenis ao Jiidseis ac fidei demùm ohristianui ai)ud Siims vestigiis». — Nous empruntous souvent la naïve et hdèlc traduction de de Ki')uebuurg-Trigault. — (Cf. pour ce pauage, T. I. \t, 108).
(2; Dehaisnes, Vie du P. TriyauH, p. 249.