II. LA PIERRE DE SI-NGAN-FOU
protégée par la maçonnerie de Han T^ai-hoa. (1). Grâce à des photographies que je dois à l'obligeance du R. P. Hugh Scallan le courageux provicaire du Chen-si |^ "gf, que les émeutiers ont tenté d'ajouter naguère à la glorieuse liste des martyrs de Chine, (2) je suis en mesure de fournir des renseignements positifs sur l'état actuel du précieux monument.
A la suite de la démarche de Von Brandt, un pauvre toit chinois, (un T'ieng-tse 2$? ^) à deux versants, au faîte orné à chaque extrémité par les dragons habituels, a été élevé au-dessus de la tablette sur quatre colonnes de bois. On aurait désiré, pour cette nouvelle restauration du Kiosque, des précautions moins parcimonieuses; pourtant le monument est à l'abri de la pluie et les entreprises plus redoutables des hommes!
Je venais de formuler ce souhait quand je reçus une lettre du R. P. Gabriel Maurice, missionnaire franciscain au Chen-si: je ne puis mieux faire que d'en extraire ces passages, qui s'imposent d'eux-mêmes à l'attention du lecteur: «Aujourd'hui (Dec. 1892), la tablette se trouve au milieu de l'immense et misérable enclos en terre d'une bonzerie, elle aussi assez misérable, et habitée de quelques bonzes seulement. Elle est là debout, en plein champ, en plein air, en plein soleil, au milieu d'anciennes ruines et de pierres monumentales qui se dressent à ses côtés. Elle est dans un bon état de conservation. La croix y figure tonjours splendidement au sommet... Le mesures de précaution réclamées par son Excellence Von Brandt, auprès des membres du Tsang-li-ya-men, |>our la conservation de l'Inscription, n'ont été nullement efficaces. Les autorités locales ne s'intéressent nullement à ce monument pour le préserver. Seulement, pour ne pas se mettre en contradiction avec l'avis, ou la note, ou l'ordre reçu peut-être du Tsong-li-ya^men, les mandarins érigèrent au-dessus de la Pierre une misérable baraque, incapable de la protéger contre les injures de l'air et de la pluie, indigne du monument luimême, et très dérisoire pour les nobles personnages qui s'y étaient intéressés, en suppliant la Chine de faire quelque chose, sinon de respectable, au moins de convenable. Qu'est-il arrivé? L'année dernière, à pareille époque, la baraque, (quatre pieux surchargés de tuiles), venait d*y être érigée... Aujourd'hui elle n'existe plus; on n'en voit même pas la trace, si ce n*est quelques mor-
(1) Une gravure du Chinai» AlilUonSf (March 1892, p. 33), nun datée malbeureusement, la montre isolée parmi les décombres. La courte notice, accompagnant la gravure, nous apprend que la pierre, de couleur grise, résonne comme une cloche sous les coups d'un marteau. Elle repose, selon ru8a,;e. sur uue tortue à demi enterrée; et cette disposition rcrooTtte probablement à Tan 1625, car Sémédo rapporte que le Oouvemeur fit élever cette pierre «sur un beau pied d*estali>.
(2) Cf. North-China Daily Ntwt, N* du 11 Oct. 1892.
HO CROIX fcT 8WA8TIKA. — II.
ceaux de tuiles brises, semés ça et là aux alentours. Deux mots seuls expliquent cette disparition étrange : accident ou vol. Je crois aux deux. J'ai interrogé les bonzes à ce sujet; ils me répondirent que l'année dernière le vent avait renversé la baraque. C'est probable et cela en prouve la solidité. D'autres accusent les bonzes et des voleurs d'avoir jeté bas la construction, pour s'emparer de quelques morceaux de bois. En fait, tout a disparu... Les mandarins se garderont bien de faire une enquête, ou de penser à faire dresser quelque chose de plus solide pour protéger le monument». (1).
«Je crois qu'il y va de l'honneur du Corps diplomatique et de la Soc. as^a^ de Chang-hai de réclamer encore auprès du Tsong^ li^ya-men. Or la cahute érigée était plutôt un monument de mépris à leur adresse qu'un abri pour la pierre. J'afïirme que cette baraque n'avait pas coûté plus de trois ou quatre taëls». (2).
Nous devons au R. P. Hugh une information précieuse au sujet du vandalisme des Rebelles musulmans : «Pendant la rébellion mahométane, la pierre fut renversée et le sommet fut séparé du corps de la pierre. Notre Evéque, M^'' Pagnucci dit que les Mahométans trouvèrent, dans un trou pratiqué entre les deux pierres, des documents qui auraient peut-être éclairé l'histoire sur l'origine du Monument. Son prédécesseur. Mp^ Chiais, à la nouvelle de cette découverte envoya immédiatement auprès du Général des Rebelles, pour obtenir la restitution de ces documents. Mais en dépit de tous les efTorts. on n'a malheureusement rien recouvré!» Le public intelligent s'associera aux regrets du zélé missionnaire sur cette perte irréparable et lui saura gré d'avoir bien voulu fixer ces souvenirs. (3).
A quelques pas de la stèle, se dresse un Pai-leou ffi ;^, de
(1) Sémédo avait mentionné qu'en 1625 le Préfet de la ville Tavait fait «couvrir d*un toiot appuyé sur des pilliers par des costez».
(2) Vu son caractère raesquiu, notia renonçoiiH à ; -produire la photographie de cette abaraque». Avouons aussi que nous avons adouci quelques expressions vers la fin de cette lettre, qui n*était point destinée au public. Enfin, ]>ar suite d'une communication faite à la Société asiatique de Pékin, (21 Févr. 1893), les sinologuos et le {>er8onnel diplomatique ont été ddment informés de la disparition ou suppression du trop misérable abri.
(8) Relativement an motif qui orne si heureuaemimt la partie supérieure de la stèle, on me permettra «le renvoyer aux lignes suivantes par lesquelles le P. de MagalhAens, qui habita près de trente ans à la Cour de Pékin, décrivait, en 166S, uue partie du costume impérial : «Deux grands dragons, opposez l'un à Tautr . remplissent avec leurs corps et leur queues entortilleras les cotez et le devant de la poitrine, et semblent vouloir saisir avec les d?nts et les griffes une belle perle qui paroît tomber des nues, pour faire allusion à ce que disent les ('binois, que lo dragon se joue avec les nuées et avec les perles.» (Aoi/r. R^l'tt. p. 306). — La disposition an o/irfi> du haut de la pierre est aussi un présomption en faveur de l'authenticité; cette disposition ne se constate, avec ses particularités, que sur des monuments de cette époque. Sous les Yuen et les Miny^ ce caractère architeotoni*