‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 164 sur 231 · II. LA PIERRE DE Sl-NaAN-FOU. lit · texte numérisé non relu

II. LA PIERRE DE Sl-NaAN-FOU. lit

Voici en partie rargumentation de Legge : «Du Halde (1) dit qu'il est difficile de juger si ceux dont il est ici parle étaient catholiques ou nestoriens. Mais certainement nous ne trouvons rien dans l'inscription qui indique qu'ils étaient Catholiques Romains, car on n'y mentionne pas le Siège Papal. D'autre part, pour ne rien dire des noms Syriaques et de l'écriture Syriaque qui y abonde, on y lit que cette pierre fut dressée au temps de Hanan- Yeshv, le catholicos et le patriarche. Sans aucun doute les chrétiens dont parle l'inscription appartenaient à Téglise nestorienne». (2). Le raisonnement est faible et la conclusion hâtive.

Legge poursuit avec une certaine candeur: «Et je serais bien aise d'être un peu plus fixé que je ne puis l'être sur ce que l'on regarde comme la doctrine spéciale des Nestoriens». Puis il essaie péniblement, sans trop y réussir, de préciser ce qu'est cette hérésie, après quoi il reprend : «Est-ce là oui ou non Texpression correcte de la doctrine nestorienne? Tout ce que je sais, c'est que le point délicat est évité dans notre inscription». L'aveu est bon à retenir. Il le réitère du reste un peu plus loin : «La grosse difficulté, the great crux, la question de Nestorianisme a été éludée, et très sagement éludée, par les auteurs de l'Inscription».

Donc, l'opinion formelle de Legge est que YInscription, œuvre des Nestoriens, ne fait aucune mention des doctrines nestoriennes.

Vylie (p. 413, op, cit.) proclame après Neumann, que rien dans le texte ne prouve invinciblement une doctrine nestorienne. Il avait déjà reconnu (p. 336) que «dans l'Inscription il ne découvrait aucune caractéristique de la religion catholique romaine, qui ne fût aussi bien applicable aux autres communautés chrétiennes». (3).

D'après le D' Eitel, l'inscription, par le fait qu'elle contient des caractères syriaques, et mentionne des titres ecclésiastiques syriens, se rattache à une forme syrienne de christianisme; «mais, ajoute-t-il, je ne vois pas clairement pourquoi cette tablette doit être appelée nestorienne, plutôt que catholique». Il remarque bien aussi qu'on aurait tort d'y chercher, malgré tout, coûteque-coûte, la formule exacte du Nestorianisme, puisque les au-

(1) Description de la Chine. T. II. p. 189.

(2) ChriatianUy in China, p. 41. — La discussion des textes syriaques, d'uue si haute importance ponr résoudre ce problème historique mal défini, est Tobjet du savant travail de T. H. Hall: nSi/riac part of the Chinese Nestor tan Tablet.i» (Journal of the Americ. Orient. Society,, vol. XIII: 1889). L'auteur y venge Kircher de plusieurs critiques peu fondées du docte Assemani (Bibliotheca Orientalis), mais nous réservons notre opinion sur le point principal du débat.

(3) Notons qu'à deux reprises (p. 411 et 418), Salisbury, Tun des plus récents opposants de l'authenticité, avoue la double inoompétence en langue et littérature ohinoiaes,

tl6 CROIX ET 8WA8TIKA. — II.

teurs n'avaient nullement pour but d'en présenter Texposition. «Puis, dit-il encore, nous ne pouvons croire que les Syriens fussent les seuls chrétiens qui envoyèrent des missionnaires en Chine». (1).

En dehors d'une présomption a-pr/ori, assez naturelle, ou si Ton veut, d'un préjugé fondé peut-être avant examen, Tunique argument, qui militerait en faveur d'une signification doctrinale nestorienne, repose sur l'interprétation au moins hasardeuse des deux seuls caractères ^ ^. (2).

Pourtant il est hors de doute, et Legge l'a admis, qu'ils peuvent s'expliquer, sans aucune torture pour le contexte, la grammaire, la ponctuation, le style, ou le sens propre des idéogrammes, en accord avec l'enseignement catholique le plus orthodoxe.

Je dis qu'une interprétation à peine plausible de deux des 1780 caractères est le seul argument en faveur du nestorianisme doctrinal de l'Inscription. On doit en effet tenir peu de compte de l'argument négatif insinué par Legge. Il faudrait démontrer, pour l'admettre, ou que l'Inscription devait parler du point en litige, ou qu'elle prétendait fournir un exposé complet de la doclrine enseignée à cette époque.

Or, aucune de ces deux hypothèses ne se peut soutenir. Un argument négatif perd toute valeur probante ici. Qui, en histoire, contesterait l'exactitude d'une particularité bien établie par ail-

(1) China Review. 1887-38. —p. 380. Plusieurs des conclusions du D. Eitel sont inadmissibles. Il termine à pcii-près ainsi son article : Peu importe que la tablette soit d*on.!;ine Nestorienne ou Catholique. Dans ces monastèies, qui fleuiirent si nombreux de C35 à 8 4.5, on ne conservait qu'un christianisme éclectique, bâtard, nondnal, hybride, adnlnteiii du Pouvoir, méhmgé de Confucianisme, de Taoïsme et <lo Bouddhisme. La vulour In.storitjue de la tablette de Si-n(/nn-fou est donc i>ou considéiable..., etc. — La conclusion n'est guère rigoureuse ; la logique voudrait aussi que la majeure du raisonnen^ent ffit jip[niyéc sur des preuves moins boit.'uscs.

(2) Conime l'un des prochains numéros des Variétés iinologique» doit être consacré à Vlnnrription de Si-ngan-fou et que la discussion du vrai sens de ces deux caractères fera Pobjet spécial d'une dissertation, nous nous abstenons pour le moment d'être pins explicite sur ce ])oint. On y établira péremptoirement cjuMl faut en revenir à l'opinion de Sémédo, aidé dans sa traduction par des lettrés indigènes très ér\idits qui font encore autorité. Cette opinion se trouve ainsi formulée par la iiremière veriion italienne : (Cf. p. 115). Allhora una Persona divina délia S>ntis8ima Trinità, chiamata il Messia, ristringendo e coprondo la sua Maesta, accommodandosi alla natura humana, si fece huomo." <p. 4.) — Le Pro'h'omM Coptut de 1G36 traduit «Tune una de divinis personis Sanctissimce Trinitatia dicta restringendo, tegendoque Maj ^statem suam, et se humanœ naturae occommod&ndo, homo factud est».

En somme Fauteur de l'inscription, pour mieux affirmer le dogme catholique, aurait fait ici allusion à ces paroles de S. Paul : "Jésus-Christ s'est anéanti lui-même, il a pris la forme d'un esclave ;" et autres analogues : Christus exinanivU jem^t/Mutn, factus obediens,,* forma m teivi accipient.

Page 1