C. Le type exact de Williamson et des estampages
A. Type inexact de Kircher. La plus ancienne reproduction. — la première en date. — de la croix de l'inscription, a paru dans le Prodromus coptus de Kircher, imprimé à Rome en 1636. Elle a dû être exécutée d'après un dessin infidèle, aidé d'une description écrite ou verbale, vu sa valeur médiocre; par contre les caractères chinois qui accompagnent l'estranghélo, figurant plus loin dans le même ouvrage, sont superbes d'allure et n'ont pu être gravés que d'après un décalque ou rubbing, comme le prouvent leur dimension, leur fidélité et leur grâce, inimitable pour de simples dessinateurs ou copistes, si appliqués qu'on les suppose. Cette absence d'estampage (1) pour la partie supérieure explique seule comment Kircher, habituellement si soucieux de l'exactitude, s'est résigné à laisser paraître sa reproduction fautive de la croix et du titre de la pierre. Moyennant un estampage, c'eût été un jeu que de graver exactement cette croix, quand, au contraire, la reproduction de caractères chinois, si bien jetés et d'une telle perfection calligraphique, présente en soi les plus sérieuses difficultés.
En effet (p. 52) le texte du Prodromus^ joint à la vignette, s'exprime ainsi: «Lapis autem — summitati tenet crucis figuram, non absimilem ei quam Equités portant Melitenses».
Dans saC/iina monumentis illustrata, Kircher, enrichi '^*
(1) D*aprè8 son propre avea, p. 261 op. cit. la croix manquait aussi aux estant pages de Wylie.
peut-être de documents qu'il estimait plus sûrs, est heureusement revenu à cette pierre, pour lui consacrer le tiers de son volume. Bien plus, un chapitre spécial intitulé Z>c Cruce in suprc* jno Lapidis apice incisa (p. 52), s'occupe uniquement de la croix.
Quel que soit le jugement que l'on porte sur ces ouvrages, il n'en demeure pas moins vrai que le Monument de Si^ngan-fou n'a jamais été, à tout prendre, étudié avec plus de critique, d'érudition, d'ampleur, de loyale indépendance et de sérieux. La science actuelle y relève plus d'une erreur; mais elle n'ouhlie pas que le Père a travaillé sur un texte douteux par endroits, (même aujourd'hui,) et cela plus de deux siècles avant nous, qui avons encore à souhaiter que les facilités d'information- s'améliorent notablement en Chine. Du reste, l'empressement avec lequel ce travail s'est vu copier, et môme piller, est une garantie solide de son mérite. Au surplus, c'est une de ces erreurs secondaires qui fait l'objet du présent paragraphe.
A la page 12 de la China est encartée une gravure sur cuivre de cette croix. On la rangerait volontiers dans la catégorie de celles qu'on nomme hastées; mais il vaut mieux en présenter ici une copie, plus claire en soi qu'une description, (fig. 153.)
Cette croix est manifestement plus inexacte que la précédente. Comme on le verra plus loin, le consciencieux Kircher s'est ravisé à tort. Si l'on recherche la raison de cette inexactitude, dont il n'est qu'en partie responsable, et surtout de la modification malheureuse subie par cette seconde figuration, on n'en saisit guère d'autre sinon que les documents lui faisaient alors défaut. «Ceux,
dit-il (p. 5), qui ont considéré cette croix avec soin, afïirment que ses extrémités se replient en fleurs de lys, comme celle qu'on voit à Méliapore sur le tombeau de l'apôtre S. Thomas, à-peu-près semblable à celle que portent les chevaliers de S. Jean de Jérusalem». Il faut en conclure que Kircher n'avait pas vu de ses yeux le ruhbing de cette croix. Du Halde, travaillant plus tard sur des documents encore moins certains, ne la décrit pas autrement.
Dans son souci de se couvrir, et pour se justifier peut-être d'avoir abandonné le type donné dans son Prodromus, Kircher cite cette phrase du Novus atlas sinensis du P. Martin Martini : «En tête est une croix, à peu-près comme celle des chevaliers de Malte.» Munie de ce correctif, l'assertion ménage et la prudence et la vérité. Evidemment, répétons-le, Kircher n'avait pas sous les yeux de dessin exact, encore moins d'estampage, comme il s^en fait et s'en faisait dès lors en Chine si couramment. Il est Vraisemblable que les premières copies envoyées par le lettré chi