‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 178 sur 231 · III. TRADITIONS ANCIENNES PUR LA CROIX · texte numérisé non relu

III. TRADITIONS ANCIENNES PUR LA CROIX

Qu'on n'accorde au Tau que la forme moins accentuée de notre T, la disposition cruciforme y est suffisamment indiquée, puisque c'était la croix, xrux, furca, des Romains et des premiers Chrétiens. Quiconque la trace sur son front ou dans l'espace ne fait guère pratiquement de difTérenoe entre le T latin, la croix latine f, ou la croix grecque -{-, Il n'est donc pas téméraire de supposer que la connaissance, en Chine, de ce signe et de sa vertu, est dérivée en partie de ces Juifs immigrés d'aussi bonne heure, avec un grand nombre de leurs livres sacrés. (1). C'est un argument pourtant que je me garderais bien de vouloir outrer.

Quand les anciens «Chrétiens de S. Thomas» d'abord, puis les «Nestoriens» du VII* siècle apportèrent la vraie croix chrétienne, «qu'ils prirent comme sceau de leur religion,» dit Tlnscription de Si-ngan fou, il n'est pas nécessaire de recourir à une fiction trop audacieuse pour croire que ce signe ne parut pas trop insolite, la voie lui ayant été frayée par les Juifs réfugiés dans les régions moyennes du bassin du Hoang-ho. Ils abondent, du reste, les

formes sont celles de Taphabet araméen au temps crEsdi-as. Cf. Fillion, Atlas d". la Bible^ pi. LXVII.

(1) Le mémoire du P. Oibot, présenté plus haut (p. 100), mentionne que peu de temps après le voyage du frère chinois envoyé par le P. Ricci, «la f-ynagogue de K*ai-/ong fou fut réduite en cendres avec les bibles et les livres qu^on y conservait. Tout ce qu*on sait des recherches qu'avait fait faire le P. Kicci (1552 — IGIO), encore ne le sait-on que par tradition et par des manuscrits sans autorité, c'est que IV 1<^ bible de K^ai-fongfou avait près de COO ans et était bien conservée; 27 qu'elle était sans points; 3V que la copie du commencement et de la fin du Pentateuque, qu'apport i notre fièrc chinois, so trouva conforme avec ceux de la bible hébraïque de Philippe II. Ls P. Aleni (1582 — 1649) alla quelques années après à K*ai-fong fou pour faire lui-m^me de nouvelles recherches et confronter la bible de K'ai-fonp fou avec celle de Pliilippe II, qu'on a encore au collège. Mais quelques offres qu'il fit aux Juifs, il ne put pas m^me obtenir d? voir leur bible.... I^e P. €k>zani (1647 — 1732) aUa exprès à K'ai-fongfou et écrivit une assez longue lettre où il rendait compte du succès de ses recherches. Il y joignit une copie des Che-pei ou inscriptions gravées sur de grandes tables de marbre qui sont à la p3rte de la synagogue. Le P. de Beau voilier (1656 — 1708) les traduisit et les envoya en France.... Le P. Domenge (1656 — 1735) voulut bien se charger do fnire un voyage A K'ai-fong fou. Il envoya divers mémoires en 1721 et 1724. Nous ignorons s'ils ont été publiés.» L'auteur rappelle encore diverses tentatives du P. Oaubil (1689 — 1761). L^s Che-pei ou inscriptions datent de Yong-lo (1519) mais elles sont conformes aux anciennes. Il ajoute: «Les Bibles de K'ai'fongfou ne sont plus que des copies de celle qui fut envoyée, après l'incendie, par les Juifs du Kharossan.... Il y a ici, à Pékin, une bible, dans un temple d'idoles appelé Fongking se, ou temple, où l'oa garde les KingT». — Cf. T*oungpao, mars 1893; deux mss. inédits du P. Gaubil sur ces Juifs.

138 CROIX ET SWA8TIKA. — II.

monuments où Ton observe des dessins qui pourraient passer pour des T; des miroirs taoïstes [Vig, 158) employés souvent à des sortilèges, les reproduisent avec une persistance bien singulière. (1).

Fit/. 158.

Nous avons insinué plus haut que l'erreur sur la forme exacte de la croix de Si-iigan fou ne s'était accréditée que parce qu'on avait voulu lui trouver une ressemblance graphique avec celle découverte au milieu du XVP siècle, près du tombeau de S. Thomas, à Méliapour. Il n'est donc pas sans intérêt de rechercher quelle était la forme de cette «croix de S. Thomas». Le P. du Jarric emprunte k Osorius le récit de cette découverte; nous le résumons ici.

Vers 1548, les Portugais voulurent faire bâtir une chapelle sur la colline où le S. Apôtre avait été massacré par les Brahmanes, près de Méliapore, ou «ville de S. Thomas.» Dans les fondations d'un monument ruiné on trouva «une pierre de marbre blanc, de quatre pans de long, et trois de large, sur laquelle d'un costé estoit gravée à demy relief une croix : qui de tous les quatre coings aboutissoit en fleur de lys cambré, ou courbé dehors,

( l) C'f . aussi Gust. Duinuiitier. Rerue (V Ethiwfirafthk^ 1885, p. 33r>. On y lit que «le tau cgyptieii, d'après Ohampolliou, est la forme hiératique, ou la dégradation, Tabréviation tachygruphique de Thiéroglyphe figuré parla croix ausée.» I/autfur donne de fort curieux exeni]»le8 du signe T, hiéroglyplies du temple delà croix A Palenqué, Amer. centr.; maie U ose tiop en proi)o8unt Tldentification du ^im T avec le caractère chinois J <iui signifie clou, La même remarque a été faite an sujet des analogies qu'il relève entre le caractère Q et les signes

Page 1