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III. TRADITIONS ANCIENNES SUR LA CROIX

Abords, peuplade d'un des versants de THimalaya, a vu ces sauvages marqués des signes de la fig. 165. «Les ■ ■ t-t

uns, et c'est le plus grand nombre, + X ^^^^ Ch ont au milieu du front une croix de Malte parfaitement formée, couleur '^

noir-bleu indélébile; d'autres ont la croix ordinaire.» Ces gens prétendent que ce tatouage leur vient d'une tribu située au Nord. «Tous s'accordaient à dire que c'est le signe de Dieu, qu'il est bon de le porter, car « celui qui en est marqué, assuraient-ils, est «reconnu et protégé de. Dieu; s'il meurt, il est reçu dans le ciel. (( — Et celui qui n'aurait pas ce signe, ajoutai-je, où ira-t-il? — «Dieu est irrité contre lui et ne saurait le recevoir.» (1).

Le Tour du monde (1892. P' semestre, p. 92), présente la vignette de ce pagne porté par des Indiens de la Guyane : (fig.

166). Tout est surprise dans ces révélations des découvertes de l'ethnographie américaine. Em.

de Schlagintweit (Musée Guimet. in. p. 11), le rappelle et poursuit: «Le Bouddhisme avait été aussi introduit au Mexique par des prêtres chinois au V® siècle après Jésus-Christ, et il ^iff- 166.

eut des disciples dans ce pays

jusqu'au XIIP siècle.» Le P. d'Avril (p. 210, Voyages en divers états,..; 1692) relate le témoignage de voyageurs russes qui pensent que l'Amérique fut peuplée par l'Asie septentrionale, la Mer de Tartarie et ses îles. Le Rév. P. G. Master rapporte que mille ans avant C. Colomb, «cinq bonzes bouddhistes abordèrent au continent américain, emportés par les courants japonais à travers l'Océan. L'un deux revint en Chine et son voyage au Mexique, qu'il appelle Fou-sang dans son journal, est mentionné dans les Archives impériales chinoises; etc..» (2).

(1) Annafes de la Propagation de la foi ^ 1851; et Rél^lion d'un voyage ditz les Aborda en 1853, par M. Pabbé Krick. Ces deux traits ont été cités par M. l'Abbé AnsauU.

(2) De singulières analogies dans Tetlinographie, le folklore et la linguistique, donneraient à ces dires quelque vraisemblance spécieuse. Plusieurs vieilles monnaies chinoises auraient été déterrées dans la Colombie britanique. — Cf. Tfie Shanghai Mercury, 9 août 1893. — Le Toung-pao de mai 1892 pp. 101-168, a inséié un travail des plus érudits de Gustave Sclilegel sur ce Royaume de Fou-sang ^ ^ 9 1 qu'il ne faut chercher que sur la côte Nord-est de PÂsie. Un volume de Charles Leland, Fusang or the discovcry of America hy Chinese Buddhist priests (London, 1875), avait soutenu d'autres théories, et H. de Charencey, après de Humboldt, avait signalé au Mexique des affinités iraniennes avec les populations de la Haute Asie. Cf. JUvue des questions historiques, 1876; vol. 20, p. 348. Ces vagues aflbiités peuvent 8*expliquer autrement.

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M. Bumouf, avons-nous dit p. 3 , affirme que l'on trace le y^ sur le front des Jeunes bouddhistes. Cela peut être vrai aux Indes, où les vrais bouddhistes sont relativement rares. En Chine, où ils fourmillent, et où ils ont. comme partout ailleurs, accommodé le Bouddhisme à leur fantaisie, je crois celte pratique tombée en désuétude.

Les enfants chinois reçoivent souvent une touche de carmin sur le front ou sur les joues. Est-ce une vaine obser\ance. ou un simple ornement, une sorte de « mouche » écarlate, conforme au goût des Asiatiques, qui prétendent relever la pâleur de leur teint"?

Mais le 5* jour de la 5* lune, on rencontre de jeunes enfants et des adultes présentant, sur la partie antérieure de leur crâne frais rasé, quelque marque tracée avec de la mine orange ou de l'orpiment, hiong-hoang ^ J|. Les parents se flattent que les reptiles, qui ont horreur de ces substances (?}, n'oseront en voyant ce signe nuire à la personne que l'on entend préserver. Le même jour, dans un espoir analogue, on suspend aux portes des maisons des feuilles lancéolées de roseaux comestibles kiao pé ^^ t des tiges d'armoise, d'absinthe ou de quelque autre plante. L'orpiment, dilué dans l'alcool, sert aussi à faire des aspersions dans les appartement?.

Ces usages ne sont ni récents ni purement locaux. Dans une relation du P. d'Entrecolles sur la conversion et la fer\'eur d'une vieille dame, jadis fort superstitieuse, on rencontre cette particularité: «Quand on expliqua à celte bonne catéchumène l'auguste signe de la croix, et combien il est redoutable aux démons, elle fit une remarque que je ne dois pas omettre : «Cela est admiraable, s'écria-t-elleî N'avez-vous pas fait réflexion qu'aux réjouisasances du 5" jour de la 5® lune, nous faisons aux petits enfants « que l'on mène dehors, une croix avec du vermillon, au milieu «du front, et cela, afin de les préserver du malin esprit?» En effet, un de mes chrétiens, qui est du môme village, convient de cette coutume ; cela confirme ce que quelques uns nous assurent, que la religion chrétienne a été connue anciennement à la Chine, sous le nom de CheAne kiaon. (1).

L'année dernière, M. l'abbé Bauron a constaté cette coutume en Afrique. La croix, jadis signe d'infamie, s'y est changée en ornement : on la remarque ostensiblement tatouée sur le front des I)jebnlia, race berbère de Tunisie. On y voit l'indice de leur ancienne conversion au Christianisme et l'usage a persisté, malgré la conquête du pays par l'Islam. (2). En Asie^ sur plusieurs des

(1) + ? Jfe = "^' rdiî/io7i de la Croix'. — Cf. Lettres t'iif. X. (Lyon 1819). — Lettre datée dcJao-tchcou fou ^ Tri /j^? au Kiangsi, 1715.

(2) LcM Mutsions catholiques^ 17 juin 1862, p. 303. « La croix eu tatouage». — Voir auui la gravure du nuiaéro précédent.

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