‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 187 sur 231 · III. TRADITIONS ANCIENNES SUR LA CROIX · texte numérisé non relu

III. TRADITIONS ANCIENNES SUR LA CROIX

pentes du massif montagneux du Tibet, la critique doit presque toujours l'interpréter dans le même sens.

«Les premiers missionnaires qui pénétrèrent au Laos (Tonkin), en 1878, avaient retrouvé les traces d'une évangélisation primitive dans la croix que les Muongs portent sur la poitrine, au milieu de tatouages variés — Presque tous en avaient une dessinée sur le revers de la main et parfois elle était très grande et très belle.» (1).

Une récente relation confirme la coutume (signalée par C. Baber), qu'ont les païens du Se-tch^oan de coudre des croix de couleur sur les habits de leurs enfants, «pour empêcher les missionnaires catholiques de les voler», a-t-on dit, sans grande vraisemblance. Baber a vu un Chinois, quelque temps prisonnier chez les MiaO'tse "gf ^j peuplade aborigène du voisinage; en signe d'esclavage, cette tribu lui avait tatoué une croix bleue indélébile sur le front. (2).

En Afrique, au Zanguebar anglais, Mk' a. Le Roy voyageant parmi les sauvages Wa-boni, a vu «sur leurs jupons de peau tannée, des croix parfaitement dessinées, des croix de perles rouges avec bordures de perles blanches». La gravure qui accompagne le texte de sa relation (3), donne à ces croix la forme de la figure 167. II ajoute: «Cette apparition de la croix en un pays où nous pensions être les premiers à devoir l'introduire n'est pas, du reste, la seule qu'il nous ait été donné de constater en ce voyage. Sur un autre fleuve au sud de celui-ci, leSabaki, nous devions la retrouver au cou d'un enfant des \Vanyiha, gravée à la pointe d'un instrument sur une petite plaque de cuivre. Mais il n'en connaît pas la signification: «C'est «un signe que portaient nos pères, dit-il, «que portent nos frères jusque là-bas, et «que, moi aussi, je porte à mon cou.»

(iig. 168).

Fig. 1G8

(1) E. Ricaril. Aug. Séguvet ou k jeune mavtfp- du Laos.i», 2tn . Paris, Palmé, 1885.

(2) Op. cit p. 141. — Cf. fsnprù p. 73.'

3) Afissions Catholiques, 28 nov. 1890, p. .TO. — Item, année 1991, page 368, où l'on voit (les rit:ituc3 des Iles Saloraon (Océanie), avec une croix sur le front. Enfin le mt^me Recueil (27 janvier 1893) cite ce passage de Duveyrier, voyageur au Sahara: «La croix se trouve partout chez les Touaregs, dans leur alphabet, sur leurs armes, sur leurs boucliers, dans les ornements de leurs vêtements ; ils portent sur le front en tatouage une croix à quatre branches égales.» (p. 47).

Le dessin ci-contre (fig. 169) me remet en mémoire un motif en relief, large de 0™. 30^, que j*ai relevé sur une base de colonne, ou tambour en pierre d'une haute antiquité, gisant à Tentrée de la pagode ruinée de Si-Ziia chan :(5 ^ llli siu N.E. de Nankin. Cet ornement ne peut guère être que la «roue de la loi», car cette pagode était un centre florissant de bouddhisme sous Liang Ou ti (502- 549) et T'ang Kao tsong (650-684). C'est ce dernier empereur qui commanda au pèlerin Hiuen Tchoang, de retour a- p. jgg

près une absence de 19 ans, de mettre

en ordre la collection des 657 livres sanscrits, avec les statues et images religieuses, qu'il rapportait des Indes. (1).

Des Turcs envoyés à Constantinople à la fin du VI* siècle (sous Chosroës II), comme prisonniers, portaient aussi la croix sur le front. En temps d'épidémie, leurs mères les avaient préservés de la contagion, disaient-ils, en la leur traçant, à l'instigation des Chrétiens. (2).

Il n'y a rien d'aussi tenace qu'une coutume populaire; rien d'aussi mobile parfois. C'est le vent qui change de nom en changeant de direction. Cet usage de tracer des croix a donc disparu ou s'est modifié, au point de devenir méconnaissable. (3).

Les objets matériels changent moins. Quelques uns se sont rencontrés, marqués de ce cachet de Christianisme. «Un de nos Pères, dit Trigault, a veu une cloche de fonte très élégante à vendre entre les mains d'un antiquaire, au sommet de laquelle une petite église estoit gravée, et, au devant de l'église une croix, et aux environs quelques caractères grecs.» (4).

Ce témoignage semble trop formel pour que nous puissions soupçonner que cette croix n'était qu'un ft : la circonstance adjointe de la «petite église» précise la forme probable du symbole ou de l'ornement en question. Pour ce qui est des «caractères

(1) Cf. Pauthier. U Inscription de Si-nganfoUy p. 74.

(2) H. Yule. Cathay and thc wau Ihithev, p. CI.

(3) Les païens tracent encore des croix sur le mortier de leurs maisons, dans un but prophylactique, au pays de T'ai-pHngfoii jpC ^ /iT» sur la rive sud du Yang-tsekiant.. Nous en verrons d'autres exemples.

Dans les monastères tibétains «les fenôtres n'ont pas de vitres, elles sont fermées par des rideaux noirs sur lesquels sont cousues des figures en forme de cioix latines, formées par des bandes d'étoffes blanches. La croix symbolise le calme et la paix...» E. de Schlagintweit : Le Bouddhisme au Tibely p. 116. — Au dehors, de grands cylindres symboliques sont aussi décorés de ces croix blanches sur fond noir. Ibid.

(4) De Riquebourg . op. cit. p. 198.

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