X. LES JAPONAIS À TSONG^MINa
cde 9 de la 4" Lune, plus de mille Japonais s'emparent de Tong^ iisan-'Cha (^ ^ fp)^ qu'ils commenccent à livrer au pillage et au «meurtre. Les troupes régulières coulent trois de leurs vaisseaux «et coupent 258 têtes. A la 6® Lune, un conseil de guerre décide «l'attaque; les troupes donnent avec entrain et font un grand nom- «bre de prisonniers parmi les Japonais ; douze cents hommes que «ceux-ci retenaient captifs sont délivrés par les vainqueurs. Les «brigands s'embusquant dans les hautes herbes, font à leur tour «périr un grand nombre de Chinois. Bientôt réduits aux abois, le «7 de la 7® Lune, ils s'enfuient vers Lieou-ho (SU ^ port sur la «rive droite du Fleuve). Repoussés, ils reviennent à Tong-san-cha; «un bras de mer seulement les sépare de la ville. Fan Sirij le «nouveau sous-préfet, gagne son poste au péril de sa vie et con- «sole son peuple. A la 8^ Lune, les Japonais en déroute sont bat- «tus à la pointe Liao-kia^tsuei ($ ^ 91* D'autres écrivent ^ f^ «fl)t). — En 1565, 4* Lune, ils s'emparent de l'ile Hien^heou^cha «(Jll ^ fp Derrière la ville); on coule leurs barques. Plus de cent «prisonniers sont conduits à iVan-c/ia où on leur coupe la tête. — «En 1569, descente des Japonais; on en décapite douze; les au- «tres se retirent. — Ils reviennent en 1570. Les barques de police «leur tuent 19 hommes. Ils s'enfuient (1).»
Les récits brefs et précis du Tacite chinois, la simplicité de son style, et l'aveu même des défaites éprouvées par ses compatriotes, inspire la confiance qu'il n'a pu ni voulu tromper des lecteurs contemporains (2), dont la plupart avaient été témoins des événements qu'il rapporte.
Les timides apparitions des 14° et 15® siècles et leur prompte répression ne laissèrent aux pirates aucune chance d'établissement sur l'île. A cette même date, en effet, les recensements officiels des Chroniques accusent pour Tsong^ming une population de 86 à 87.000 habitants (en 1391 et 1440). A supposer même qu*aIors, quelques-uns de ces étrangers se fussent attardés sur l'île, il est absolument invraisemblable qu'ils eussent imposé aux Chinois une
(1) La carte que nous donnerons bientôt permettra de suivre facilement tout ce qui précède. — Les Chroniques ne signalent aucune autre incursion des Japonais postérieure à 1570, sous le titre des Fastes militaires. Nous trouvons seulement à Tartiole de la Population [J^ Q ) cette brève mention, rapportée à l'année 1658: «population 27,000 «familles. Cette diminution est due à ce que, vers cette époque, des pirates vinrent par «trois fois des îles de la mer et mirent le peuple en fuite.» En 1647, le chiffre des Chroniques indi(iuait 73.000 familles ! — La diminution dont il s'agit doit plutôt, suivant nous, ^trc attribuée au désarroi que causa une courte apparition de l'ennemi, dans le bureau oflBciel des recensements. Il serait en effet bien extraordinaire que les anciens missionnaires qui étaient dans l'île depuis vingt ans, n'eussent rien dit d'une telle catastrophe, si elle eût eu en effet la gravité que lui prête le chroniqueur.
(2) Les deux éditions des chroniques de 1444 et de 1561 suivirent en effet de très près les principaux événements de cette lutte.
telle alliance, à laquelle les mœurs de ces derniers, leur langage, le désir de la vengeance et le sentiment de Torgueil national les eussent rendus si réfractaires. L'on n'eût même pas permis à ces rares intrus de vivre solitaires dans quelque coin de l'île.
Les faits plus graves du 16* siècle ne justifient pas davantage l'hypothèse d'une fusion entre les deux peuples. Ala même époque, T^ong-tcheou et Hai-men au Nord du Fleuve, Song~kiang (^ f£) et Ou^song (^ jj^) au Sud. se voyaient aussi investis et dévastés par les troupes Japonaises. En conclura-t-on que les Japonais s'unirent aux habitants de ces contrées? Mais il est un argument sans réplique : plus vous rapprocherez, dirons-nous, la date de cette fusion, et plus vous la démontrerez impossible. Nous en voulons pour preuves, l'unité parfaite de langage et de mœurs qui caractérise sans exception toute la colonie de Tsang-ming, unité qui n'aurait pu s'opérer dans un laps de temps si peu considérable ; puis le silence gardé sur cette intéressante question par les missionnaires qui habitaient Tsong-ming dès le siècle suivant (1638) ; et encore l'inscription ancienne de tous les Tsongminois sur les Registres de famille, et enfin jusqu'aux sentiments traditionnels de haine et de vengeance que les insulaires transmettent à leurs descendants contre ces «brigands» étrangers dont leurs ancêtres ont eu tant à souffrir.
L'on montre en plusieurs endroits de l'île des tertres que l'on dit être les tombeaux des Japonais vaincus ; c'est tout ce qui reste dans Tîle des pirates de M. Reclus (1).
XL LE DIALECTE DE TSÛNG-MING, Nous venons de signaler en note une des singularités du langage Tsongminois ; ce dialecte parfaitement caractérisé mérite que nous lui consacrions un chapitre spécial.
(1) Quelque rapprochement d'ethnologie ou de linguistique a-t-il servi de base à la conjecture reproduite par cet auteur comme une vérité démontrée? Nous l'ignorons; mais la race de Taong-ming, quoiqu'elle diffère légèrement du type de Chung-hai, n'a rien qui puisse faire admettre le mélange du sang chinois avec celui d'une autre nation. L'on conçoit que l'influence d'une sélection exercée pendant des siècles entre individus d'une môme provenance, ainsi que les conditions climatériques, celles de l'habitat, enfin les durs la" beurs de ces défricheurs des «sables», aient pu développer en eux des traits et des énergies que l'on ne retrouve plus dans la race amollie do Chavg-lmi.
Quant si la langue, ses particularités les plus remarquables, dont plusieurs auraient pu, il est vrai, dénoter aussi bien une origine japonaise (par exemple la substitution du son Shi à Si) prouvent seulement l'influence d'un dialecte ancien, dont les formules et les sons eux-mêmes se retrouvent ailleurs en Chine, notamment dans certaines régions du langage mandarin .