IV. IMAGES ET CRUCIFIX
et les magistrats pour voir ceste Image merveilleuse. » (1).
Ces « saintes images », selon l'expression des Chinois, jouèrent un grand rôle au début de cette nouvelle évangélisation du Céleste Empire. Plusieurs faits nous prouvent que les missionnaires surent en tirer le plus sage parti pour reconquérir au Christianisme la place d'honneur déjà perdue à diverses reprises. «Le P. Nicolas Lombard, sicilien, allant chez un honnête magistrat, païen, près de Canton, vid, dans un oratoire^ une belle Image de la Mère de Dieu, avec TEnfant Jésus que le sainct précurseur "adoroit, au milieu de plus de cinquante simulacres d'idoles; et il n'y avoit aucun qui sceust dire autre chose de ceste image, sinon qu'elle estoit de la Mère de Dieu, et de la Royne des Roynes... On trouva, par après, qu'elle avoist esté dépeinte selon le modelle de celle qu'on avoit mise entre les présens du Roy. » (2). Le père en prit occasion «de leur faire entendre le très sainct et très auguste sacrement de Dieu-/iomme, et toute l'histoire du précurseur sainct Jean. Ils bruslèrent sur le champ toutes leurs idoles, replacèrent dans leur oratoire la seule image de la bien-heureuse Vierge et de S. Jean- Baptiste... Puis le père leur fit mettre les genoux en terre,... et promettre que doresenavant ils adoreraient le seul Créateur et modérateur de toutes choses.» Ce fut l'occasion d'un grand nombre de conversions. Jadis, à Rome, N. S. avait ainsi pénétré dans le laraire impérial. (3).
Ces païens évangélisés si opportunément n'eurent pas à se repentir de leurs prostrations devant la sainte image. Peut-être y avaient-ils vu une variante de leur Xoan-m « que les Catholiques, dit l'érudit D^ Hunter, identifient avec la Vierge Marie, tenant son enfant entre les bras, avec une auréole autour de la tête, une figure en adoration à ses pieds et l'Esprit planant au-dessus sous la forme d'un oiseau. Mais il est juste de remarquer que les premiers Chrétiens nestoriens de la Chine peuvent avoir été la source de ces ressemblances : les traces de la liturgie de la déesse de la miséricorde, Kwan-yin, dans laquelle les analogies avec les cérémonies du Christianisme oriental sont les plus frappantes, n'ont pu être reconnues d'une manière certaine dans le canon chinois plus haut que l'an 1412 de l'ère chrétienne.» (4).
(1) De Riquebourg-Trigault, op. cit. p. 550. Cf. ibid. pp. 162. 169. 171. Ce vice-roi habitait alors la ville de Sou-tckeou JS /H» capitale de la Province du Kiang-mu* <( Il ne peut pas estre en la cité de Nanquin, qui est une Cour regale aussi bien que Péqaini), dit Sémédo, op. cit. p. 345,
12) Nous reparlerons plus loin de ce tableau, compris parmi les présents destinés à TËmpereur. Il s'agit ici du P. Longobardi (1559-1651).
(3) Le P. d'Orléans {Vie du P. Ricci. Paris, Josse. 1693, p. 154), rapporte un fait analogue; mais c'est le P. Cattaneo qui est en scène. J'ignore s'il y a confusion, ou si le fait s'est produit deux fois, avec des circonstances presque semblables.
(4) Cité par M*' lAouënan T. I. pp. 450, 451. Il est à regretter que le D* H\mter noorrifuie tant de préjugés contre le Christianisme.
Aussi, un autre auteur protestant a-t-il écrit d'une façon plus générale : «Nous sommes plutôt disposés à croire que la tonsure, le célibat, l'usage de l'encens et de l'eau bénite, la messe, les cloches, les livres d'église, les cierges, les couvents, les prières à la Vierge et autres observances ont été empruntés par les bonzes bouddhiques aux moines chrétiens; absolument comme il arrive qu'un marchand s'appoprie l'enseigne du voisin, son rival, pour lui ravir ses pratiques.» (1).
Un article du Mesf^engery revue protestante de Chang-hai, nous fait connaître une secte spéciale, très intéressante. Persécutée à outrance par le Gouvernement chinois, très tenace, très fervente et très répandue dans les Provinces du Nord-Ouest, elle s'appelle le Khi'tan kiao ^ ^ Jj;, la religion de la pilule d'or. L'article, qui décrit cette secte d'après un de ses livres réimprimé à P'ou^ t'ouOj sur des éditions de 1416 et 1666, débute par un précis de la vie de Xoa?i-m, qu'elle aurait composé elle-même. Puis, avant d'examiner quelle attitude doivent garder les protestants à l'égard des partisans de cette secte, l'auteur nous expose leurs doctrines religieuses et les ressemblances qu'on y découvre avec le Christianisme. Cette secte adore le /î^*? de Dieu dans un temple spécial et exprime sa double nature, divine et humaine, par le caractère g Liu, composé de deux bouches P en communication. Ce Liutze g ^ avait jadis la figure peinte en blanc; mais comme le Gouvernement sévissait contre la secte, on a dû modifier cette couleur, «qui témoignait de l'origine, étrangère et non indoue» du dieu. En efTet, les Mandarins rattachaient cette société à la terrible Pé-lien kiao Ô % %> secte du Nénuphar blanc, association politico-secrète; ils avaient le droit de mettre à mort les membres du Kin-tan kiao, sans en référer à Péking. L'auteur de l'article dresse la liste de seize ressemblances doctrinales communes avec le Christianisme, entre autres: l'incarnation d'un dieu, le jugement selon les mérites, le mépris et l'éloignement du monde, le secours spirituel accordé à la prière, l'existence des Cieux selon les descriptions de TApocalypse, la croyance en un Dieu suprême, (croyance des moins bouddhistes), la résurrection des corps, l'immortalité des âmes, etc.. Si la doctrine primitive s'est altérée, c'est le résultat de l'incendie des livres en d'innombrables
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Le Petit Guide illustré du Musée Guiinet. 1890, p. 74, signale «une Aoan-tn donneuse d'enfants, poi-tant au cou un collier en forme de croix et tenant sur ses genoux un enfant. » Ce type est fort commun, mais la croix n'y est pas très accentuée ; certaines pendeloques de collier ont pu ôtre prises pour une jeannette.
Le R** Wright reconnaît aussi que le culte de Koan-in (o\\ Mi-tsu-po) dérive du culte dégénéré de Marie, apporté par les Nestoricns. op. cit. 2* vol. p. 53.
(1) John Kesson. The Cross and the Dragon. London 1854. pp. 183, 184.