IV. IMAGES ET CRUCIFIX
persécutions. L'écrivain incline à croire que Nestorius est le premier fondateur de cette secte. Un scrupule assez plaisant l'arrête pourtant: «Nestorius était un adversaire déterminé de la Mariolatrie; il n'aurait donc jamais sanctionné le culte de Koan-in ; mais il peut se faire que ses adhérents, plusieurs générations après lui, se soient corrompus par leur étroit contact avec le bouddhisme.» (1). On a objecté à l'auteur (une dame), qu'elle n'explique guère comment le bouddhisme peut conduire à la Mariola-trie. Du reste cette partie de l'article se termine par ces remarques plus justes : « Si l'on ne peut faire remonter cette secte au Nestorianisme dont on a perdu la trace, il reste un double problème : qu'est devenu ce Nestorianisme? à qui les dévots à Koan-in ont-ils emprunté leurs idées et leur liturgie chrétiennes?» (2).
Comme il est prouvé que le Christianisme a pénétré à diverses reprises en Chine, et dès les temps les plus reculés, nul no s'étonnera qu'on ait retrouvé çà et là des vestiges matériels de ce culte, à côté des traces immatérielles. Le contraire serait plus surprenant. Le Kin-tan kiao conserve dos restes irrécusables de traditions chrétiennes : pourquoi le symbole même de ce Christianisme n'aurait-il pas aussi persisté, au moins comme ornement, sinon comme signe religieux ou amulette, dans les régions où fut connu jadis le sacrifice sanglant du Calvaire? Le P. M. Afar- Uni (1614-1661), témoigne qu'on a recueilli dans la Province
(1) The Messengci\ jan. et febr. 1893, p. 21. «A Koy to modem religions Sects and a probable Clue to lost Nestorianism in China; — or, the Goddess of Mercy (K(Kin-in), and our attitude towards her worshippora ». Article de M»* T. Richard. — Voir aussi le journal The Shanghai Ma'cury, 27 febr. 1893.
(2) Par raison d'ôtre, pour excuser son existence, le protestantisme a besoin do combattre la Mariolatrie. Ce spectre, inventé par lui, se prête sans se lasser à fournir les terreurs imaginaires et intéressées qu'exploite la Réforme contre TEglise Romaine, dont elle s'obstine à dénaturer la doctrine en ce point. « Toutes les nations me proclameront bienheureuse î» avait dit Marie en son Magnijicat : la Réforme pi'otestCf sanscrit en faux et prétend faire mentir cette prophétie. Un ouvrage publié à Chang-hai (1891), sous le titre; SJutntangy par lo R* Alex. Armstrong, principal du Collège de Tche-fou, a consacré aux missions catholiques de cette Province trois ou quatre pages, où ne dominent ni l'exactitude, ni la courtoisie, ni môme l'équité. Dieu pardonne à l'auteur ses injure.-*, son mépris, sou ignorance, ses imputations ! Ce court chapitre se termine par un « air de bravoure », par un bouquet de feu d'artifice, dont la dernière et impuissante fusée vise à atteindre la Sainte Vierge, « la Mère de DieUf selon l'appellation blasphématoire des Catholiques ». (p. 146). — Sans faire ridiculement parade de leur intelligence de la Bible, les bambins de nos écoles savent qnc, selon le texte sacré, « si Dieu le Fils s'est incamé, s'il s'est fait homme, s'il est né de la Vierge Marie », la logique oblige à dire que cette Vierge est la Mère du Christ qui est Dieu; que Marie, par conséquent, est la Mère de ce Dieu fait homme. Le Concile d'Ephèso (431) a depuis près de quinze siècles tranché cetie question. S.Jean Damascènc (G7C — 760) 8*écriait : « Puer hic Deus estiquonam igitur modo ea Dei Genitrix non sit, quse peperit?»
du FoU'kien des croix fort anciennes et des images représentant la S^« Vierge avec son vivin Fils dans les bras. «On les voit encore aujourdlvui dans notre église, ajoute-t-il, et elles servent beaucoup à confirmer l'ardeur des néophytes et à exciter leur dévotion. On peut croire pieusement que ce sont des restes de Tapostolat de S. Thomas et de ses successeurs.» (1).
La gravité de ces témoignages nous a engagé à les insérer ici. Un fait beaucoup plus récent (1891), prouve que les Chinois procèdent encore à Toccasion avec la même indépendance, ou bien, si Ton veut, se montrent encore aussi prompts à amalgamer diverses croyances superstitieuses. Le dogme les inquiète peu ; ils n*en ont cure, n'en possédant même pas l'exacte notion ; la pratique extérieure, Tobservance rituelle est tout ; leur religiorij codifiée et classifiée par la critique d'Europe, consiste uniquement en usages endémiques; et comme nous Tavons constaté pour divers traits relatifs au culte de la croix, l'apport de chaque jour augmente sans raison ce dépôt de prétendues traditions, que Ton s'empresse parfois d'attribuer à une haute antiquité.
Maintes et plaisantes méprises au sujet de l'architecture, des religions, de la littérature, de l'histoire, de la civilisation de rinde, devraient rendre moins entreprenante et plus circonspecte certaine herméneutique trop myope. Défiance outrée, scepticisme à priori, hostilité hargneuse et préventive, quand il s'agit d'exégèse évangélique : crédulité admirative, sans examen ni contrôle, à l'aveuglette et à priori aussi, dès que le bouddhisme est ou parait être en cause ! Pascal, de son temps, riait déjà de ce travers.
Voici le fait que nous voulions narrer au début du précédent alinéa. Parmi les émeutes de la vallée du Yang^tse, qui ont, en 189 1 , causé la ruine plus ou moins totale de tant de chapelles de la mission du Kiang^nan, celles de Tan~yang -f^ ^ et des environs ont acquis une douloureuse notoriété. Ces tristes événements ont été racontés ailleurs. Sans aucun prétexte, sur un mot d'ordre occulte, églises, écoles, résidences, ont été brûlées, renversées ou pillées. Quand le calme est survenu — presque aussi vite que la tempête elle-même s'était déchaînée — les missionnaires se sont naturellement employés à rentrer en possession des objets de culte qu'ils savaient avoir échappé à l'incendie. Par crainte des mandarins dont les missionnaires aiguillonnaient le bon (?) vouloir, par peur aussi des châtiments temporels que la Providence infligeait parfois aux coupables, certains voleurs et receleurs restituèrent ou se montrèrent d'assez facile composition. Or une famille païenne, qui s'était approprié, dans une chapelle près de Kiang-in
(1) Cf. Kircher, China iflttêirata. p. 133. — Item. Martin Martini, Novus Atlas Sinensia, — Voir ausri, sur ces oroix, les figures de la page 163 oi-dessus. Il B*agit probablement de la môme découverte.