IV. IMAGES ET CRUCIFIX
ne aux raisonnemens, ou plutôt aux conjectures.» Nous imiterons cette sage réserve.
Dévotion des néophytes à la Passion de N.-S. — Le Sacre- Cœur et son blason. — Céramique chrétienne d'origine chinoise.
Nous rappelions plus haut que le P. Schall avait eu la douce surprise de voir l'Empereur Choen-tche (16 4 il 662) verser des larmes au récit de la Passion de Notre-Seigneur. Les souffrances de l'Homme-Dieu émouvaient les hunbles fidèles tout autant que leur redoutable souverain. Quis est homo qui non fleret,.,\
Le P. Trigault consigne cette réflexion au sujet des premiers convertis de Canton : «à peine pourrait-on croire avec quel ressentiment de piété et dévotion ils adoroyent le Crucefix le jour du Vendredy Saint, après avoir oui une prédication convenable de la Passion de Jésus-Christ.» (1).
Le P. d'Entrecolles, pendant une retraite donnée aux Chrétiens au temps de la semaine sainte, distribuait un crucifix à chacun. «A la fin de la méditation, qui se fait sur la Pasi<ion du Sauveur, a lieu la cérémonie de TAdoralion de la Croix. En se prosternant aux pieds du crucifix, les chrétiens Tarrosoient d'un torrent de larmes; Téglise retentissait de toutes parts de soupirs et de sanglots.» (2).
Partout existaient de ferventes confréries de hi Passion «où les chrétiens les plus fervens s'assembloient tous les vendredis, pour méditer les mystères des souffrances et de la mort du Sauveur.» (3). Citons encore le P. Le Comte: «Les Chrétiens répétaient constamment ces paroles: Jésus, le Maitre du Ciel, qui a répandu son sang pour nous ! Jésus qui est mort pour nou^^ s lUver ! Comme c'est le mystère qu'on leur enseigne avec le plus de soin, c*e8t aussi celui qu'ils croyent avec le plus de fermeté. Ils veulent tous avoir des crucifix dans leurs chambres; et quoique dans les commencements la nudité de nos images les choquast, ils s'y sont néanmoins dans la suite accoutumez.» Donc les missionnaires ne dérobaient pas la vue du divin Crucifié lui-même. Le Père raconte qu'on donnait ces crucifix avec précaution et qu'il enlevait de l'autel «le grand crucifix de sculpture» après la messe, de crainte des profanations des païens. «Les images de la
(1) De Riquebourg. op. cit. Le P. Trigault relate dans son ouvrage latin, p. 503, comment la croix opéra divers prodiges îl Changbai parmi les Chrétiens et les païens.
(2) Lettres édif. X. p. 88. — Lettre de Jao-tclieou, 1712.
(3) Du Halde. III. p. 77.
186 CROIX BT 8WASTIKA. — tl.
Passion que j'y laissois ne faisoient pas le même effet.» Il réfute ensuite les calomnies des hérétiques prétondant qu'on dissimulait ou atténuait le mystère de la Passion: «On voit la croix portée publiquement dans les rues en procession, plantée sus les toits des églises, peinte sur la porte des Chrétiens. Je n'ay vu nulle part pratiquer avec plus de respect qu'à la Chine la cérémonie de l'Adoration de la Croix qui s'y fait publiquement le Vendredy saint.» (1).
Les catholiques chinois de nos jours n'ont point dégénéré en cela; leurs frères d'Europe pourraient prendre modèle sur eux. Le Chemin de la Croix est encore une de leurs plus chères dévotions, et ils s'en voudraient de ne pas réciter au moins une fois par semaine les belles prières écrites pour ce fructueux exercice. Toutes ces pratiques étaient fort répandues en Extrême-Orient. Parlant des Mémoires présentés au trône contre les Chrétiens, le P. Sémédo s'exprime ainsi : «Il y eut particulièrement un Lettré qui avoit été aux Philippines, qui publia que les chrestiens adoroient un homme crucifié, qu'ils faisaient le signe de la croix sur le front, qu'ils l'élevoient sur leurs maisons et sur la pointe de leurs clochers, qu'ils la portoient suspendue au col, comme un précieux joyau.» (2).
La croix et le souvenir du sacrifice du Calvaire accompagnaient les Chrétiens jusque dans leur cercueil. Certains protestants chinois se font enterrer avec un exemplaire de la Bible : louable usage; mais vaut-il mieux que celui de leurs compatriotes catholiques? et les formules ou professions de foi, inscrites sur cette croix, ne résument-elles pas avec précision le livre entier des Saintes Ecritures? Ne sont-elles pas la quintessence du «Sic Deus dilexit mundum... Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que tous ceux qui croient en lui ne périssent point, mais qu'ils aient la vie éternelle ! » C'est un texte de S. Jean (III. 16), répandu à profusion dans toutes les langues du globe par les SiOciétés Bibliques : Us Chrétiens de Chine le redisaient plus explicitement encore, jusque dans leur tombeau.
Au bas d'un planche gravée du P. du Halde (3) figure un beau fac similé qu'il intitule ainsi : « Figure de la Croix avec laquelle les Chrétiens de la Chine ont accoutumé de se faire ensevelir.» En réalité, elle est prise sur celle du cercueil de Candide Hiu, dont une courte notice est inscrite sur le piédestal de cette croix. Candide Hiu fut une chrétienne exemplaire, et la bienfaitrice insigne de plusieurs Missions en diverses Provinces.
(1) Le Comte, S. J. Nouveaux Mémoires... p. 187.
(2) Cf. Sémédo. op. cit. p. 320. — Les missionnaires s'éiiiient empressés de traduire en chinois la Passion de N. -S. Cf. Catalogue de 2"ott-«è-irè, n**85...
(3) T. in. p. 78.