Prononciation
a] L'un des traits les plus caractéristiques du dialecte de Tsang-ming est la disparition de l'w. Tantôt elle a lieu par voie de simple suppression, comme dans les mots mandarins liu (^), niu {'^), etc., prononcés lu, gnu. . , à Chang-hai et li, gni,,. à
(1) Cette étude intitulée Petite grammaire des dialectes de Song-kiang^ Chang-hai j ctc^ comparés au mandarin^ a été autopraphiée en 1878 à l'imprimerie de Tou-aè-wè; elle servait d'introduction au Dictionnaire Fratirais-Chitiois du m^me auteur.
(2) L'expression «langue écrite» est peu exacte: elle donnerait lieu en effet de penser que la langue parlée ne peut Aire représentée au moyeu de l'écriture ; il n'en est rien ; seulement l'horreur instinctive qu'éprouve tout Chinois pour écrire covime il parle ^ et l'absence presque complète de monuments de ce genre, justifie suffisamment l'appellation communément reçue de «langue écrite» pour désigner le «style littéraire.»
(3) Les colons Haiménois ont conservé sans l'altérer, la langue de leurs ancêtres; on en peut dire autant d'autres populations émigrées sur la rive droite du Fleuve et dont nousparlerons plus loin.
26 l'ÎLB de TSONa-lfING.
Tsong^ming, Tantôt par voie de remplacement ; c'est ainsi que y^ (W)» ^^^ iMi)^ ®^^M deviendront yo, ghio, à Tsong-ming, comme à Chang-hai; que les sons mandarins suei (jg), tsuei (p), etc., qui deviennent à Chang-hai, zu ou zuei, se prononcent dzé à Tsong-ming. De la môme façon les sons chou (i^, ^), tchou (^) et semblables, qui deviennent zu, su, tsu h Chang-hai, se changent à Tsong-ming en ze, se, ise. Pour clore cette série, je noterai une anomalie qui rappelle la prononciation ancienne, ainsi que celle de plusieurs localités de la côte S.-E.; le mot yu (^ poisson) se prononce ngé à Tsong-ming.
Il est à remarquer que si la voyelle u manque au vocabulaire japonais, elle faisait également défaut à Tancien chinois, comme elle manque aujourd'hui encore à plusieurs dialectes (1).
b) Un second trait de ressemblance avec le japonais consiste dans le remplacement du son si (|f) et de ses composés, sin [t(^), siao (^J>), siang (4B)î etc., par shi (ou /ii), s/iin, shiao, shiang. . . . Plusieurs places septentrionales de langue mandarine, des régions du centre et des dialectes du midi, sont soumises à la même loi. J'en dirai autant du son tsi (i^) et de ses composés tsien (^), tsiang (^, etc., qui se prononcent k'i, k'ié, k'iang. . . ou ghi, ghié, ghiang, . . Le son zi (f^) de Chang-hai et ses composés, bien que les analogues de sons mandarins ayant d'autres initiales que ts, subissent la même tansformation.
Si la langue dite ancienne de la Chine n'a peut-être pas répudié les sons que nous venons d'énumérer, du moins^ l'on peut constater qu'aujourd'hui un bon nombre de localités mandarines, aussi bien que des régions à dialectes, du Nord au Sud de la Chine, pratiquent précisément les substitutions qui se rencontrent à Tsong-ming,
c) Notons encore que l'emploi du dz initial, si fréquent dans le syllabaire ancien, se retrouve dans le langage Tsongminois. Nous avons déjà nommé dzé (^) ; on dit également dzeng (^), dzong (^), dzang (^), dzai {^), etc.
d) Si, aux remarques qui précèdent, on ajoute que l'/i initiale s'aspire presque comme en mandarin, par ex. dans les sons ha, ho, etc., que plusieurs terminaisons mandarines en an se convertissent en eu (v. g. j|J dzeu, f/^ neu), que d'autres en ouo se changent en oé (v. g. g koé, j^ wé), l'on aura l'ensemble des traits qui s'écartent en tout ou en partie de la prononciation de Chang-hai.
e) Quant à cette dernière, nous nous bornerons à citer en note le tableau dressé par le P. Rabouin dans l'ouvrage précité (pag. VIL). Un simple coup-d'œil jeté sur ce tableau prouvera que si
(1) Pour les renvois faits aux sons anciens, au mandarin et aux difiFérents dialectes, cf. Syllabic Dictionary de Wells Williams (sub old sound, jpu^s^m), ainsi que les Colloquial Séries de Th. Wade.