V. LES CROIX OU X DE FER
le fondateur de la dynastie de Ming H^, à la fin du XIV® siècle, voulut, h l'instigation de son premier ministre Liou-hi glj ^, de la secte des taoistes, élever sur une colline de Nankin un temple magnifique au dieu du ciel, divinité principale du taoïsme. Cet empereur était alors hostile aux bonzes bouddhistes qui avaient là une pagode. Pour subvenir aux dj'penses de la nouvelle construction, appelée depuis le Tcfiao-t'ien-kong ^ Ji ^^ il fallut provoquer de généreuses souscriptions parmi le peuple ; dans ce but on répandit la rumeur de divers prodiges. On prétendit, entre autres miracles, «qu'une paire de ciseaux de bronze, pesant plus d'une tonne^ était tombée des cicux et avait pris terre a l'endroit précis où Ton devait bâtir un temple au dieu du ciel. Les antiquaires peuvent encore voir ces ciseaux aujourd'hui.» (1). Le temple fut brûlé en 1853 par les Tch'ang-mao -^ ^, et Tsen KouO'fan '^ ^ 0, Tune des j)crsonnalilés chinoises les plus justement marquantes, prit possession de la colline pour édifier à Confucius le temple qui la couronne actuellement.
Revenons aux ponts volants. Le P. de Magalhâes en décrit un des plus singuliers dans la ville de Pékin : «Le pont sur lequel on traverse le fossé qui env'ironne ce palais (de C/am-/ioatieHj «le palais de la fleur doublée») est un ouvrage merveilleux. C'est un dragon d'une grandeur extraordinaire, qui a dans Teau les deux pieds de devant et les deux pieds de derrière, pour servir de piles; et qui, avec le corps qu'il plie, fait Tarcjubî du milieu, et deux autres, l'une avec le corps, l'autre avec la teste. Il est fait de grandes pierres de jaspo noir, si bien jointes et si bien travaillées, que non seulement il parait ùlre d'une seule pièce, mais il représente encore un dnigon fort au naturel. On l'appelle Fi-Kiao, c.-à.-d. pont volant, parce que les Chinois disent qu'il est venu par l'air d'un Royaume des Indrs qu'ils appellent Tienclio, c.-à.-d. Royaume des Bambous ou des Cannes du ciel, d'où ils prétendent aussi que vint autn-fois leur Pagode et ssa Loy. Ils comptent de ce pont et de ce dragoi plusieurs autres fables que je laisse comme indignes de cette relation. » (2).
Pour quelques-uns de ces ponts, il semble que la difïîcullé de leur exécution donne la raison du vocable qui leur prête des ailes. En Europe des ponts de cetle catégorie ont aussi été nommés Ponts du Diable, avec h^gendes h. l'appui.
Pautier dit dans une Note sur les ponts suspendus : « Le pont de la pi. 52 va d'une montagne à l'autre et il a 400 pieds de longueur sur 500 de hauteur; c'est pourquoi les Chinois l'appellent Pont volant. y> (3).
il) The Tf-mpfe and thc Sage. Toronto, 1S91. p. II.
(2) Nouvelle relation de la Chine, lOtiS. i». 'MO.
(3) Chine vioderney T. I. p. 231.
Kircher en cite un du KoeiAcheou, formé d'une seule pierre et auquel on donne le nom de pont céleste. Puis il insère une gravure sur cuivir qui porte dans un cartouche : Pons mlang (1). La perspective y est des plus fautives, l'échelle de ce dessin de pure fantaisie donnerait aux claveaux de Tintrados des dimensions titanesques, irréalisables en pratique. Le texte de Kircher s'exprime ainsi : a Alius pons in eadem Provincia Xensi (Chen-si) prope Cliogan, ad ripam Fi spectatus; siquidem de monte ad montem unico exlructus arcu... quadringentorum cubitorum est; altitudo verô... 50 perticarum esse fertur; unde Sinse eum Pontem vnlmtem vocant.» (2). Il compare ce pont roian/ jeté sur le Fleuve Jaune à celui du Gardon, près de Nîmes, qu'il a vu
Ponts, cloches, vases, pierres, énormes masses de fer, nous savons drsorniais que les Célestes, par un procédé renouvelé des Grecs et familier en folklore, attribuent à tout objrt étrange, dont ils ignorent l'origine, cette faculté de traverser les airs pour s'abatlre en quelques rares pays privilégiés, h la façon réservée aux aérolithes dans notre monde sublunaire.
Dans le récit d'un*^ ascension à la célèbre montagne sacrée, nommée T'ai^chan ^ |lj, au Ch^in long, un voyageur mentionne qu'à mi-hauteur, «sur le bord de la route repose un énorme galet appelé la pierre qui vole. Il serait venu là porté par le vent, au temps de \Va)i-li J5731620); mais le touriste se demande en vain ce qui moiive cette étonnante explication, vu que celte pierre ressemble à des milliers d'autres éparses sur les flancs de la montagne.» (3).
A SoU'tchoou 1^ ^. la capitale du Kiang-sou, le peuple désigne sous le nom de sm^-c/ie ^ Ç, « pierre d'étoile,» deux blocs de pierre brute que l'on remarque près de la pagode de Confucius. Il ne s'y attache du reste aucune idée superstitieuse. {\). A Pékin, on montre également un «dépôt d'aérolithes » dans le temple du même Sage. (5).
Un ouvrage célèbre par ses belles illustrations, le Si-hou telle, «description du lac de l'ouest,» près de Hang-tcheou 1^ ^, capitale du Tchékiang, parle d'une colline, hante de 100 pieds, dans l'enceinte de la bonzerie de Ling-in, «la retraite de l'esprit», et qu'on nomme la Fei-lai chan ^ ?j$ llj . L'origine de ce nom serait celui-ci : la bonzerie, qui renferme la colline, aurait été bâtie, à la fin des Song, par un ascète venu des Indes. A son arrivée, cet ermite aurait découvert une grotte tellement sembla-
(1) Pauthier l'a fait copier, sans améliiation valable, ])our sa Chine moderw, avec le titre Pont volant y Puente volante. Voir auBsi ihid. I. p. 126. (•2) China illustratu, pp. 215 et 21.").
(3) Chinent Recorder, dec. 1888. A visit to Tai-shan^ by Rev. P. D. Bergen.
(4) L'une de ces pierres, rougeâtre, est longue de 0"* 83 et haute de 0"" 54. L'autre, d'un gris bleuâtre, est longue de 1™ 18 et haute de 1™ 20.
(5) Comte de Beauvoir, Voyage axUour du monde. 8" édit. Paris. 1874. p. 63.