‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 212 sur 231 · V. LES CROIX OU X DE FER · texte numérisé non relu

V. LES CROIX OU X DE FER

ble à celles de son propre pays, qu'il aurait juré qu'elle était venue des Indes mômes. D'où co nom de fei-lai, «venue en vo!;mt.)) Le bonze avait amené avec lui un singe blanc et il savait, en sifTlant, convoquer tous ceux des environs; aussi la grotte s'appelle-t-elle « la grolte d'appel des singes ; » le peuple raconte qu'elle communique avec celles des Indes, ou T'ientchou. (1).

Le paragraphe suivant montrera, j'espère, au lecteur impatient, quel lien réel, bien qu'un peu frêle d'apparence, rattache tout cela à la croix, qui a fait jusqu'ici l'objet de notre travail. J'nrrèterai pourtant encore son attention sur un autre monument peu connu, sur une fei'-lai che ^ jJS ^i c-à-d. i?ur une «pierre venue du ciel en volant», et dressée aux abords de Nankin, pour s'y faire honorer et admirer. (2).

Celle fei'lni che a été placée dans la pagode nommée Koanin se, à l'est de Nankin, sur la route de Tchen-kiang |iij ;^, presque à l'entrée de la sépulture de Hong-ou ^ f^J, à un ou deux kilomètres de la payrode de Linrj-kon se au fei-lai tsien extra^muros susmentionné. Rien à l'extérieur ne signale la Koan-iii se aux rciiards du curieux ; dé\aslée par les Tcli'aïKj-mao, elle vient d'être relevée de ses ruines. C'est le type de la modeste pagode rurale, balie sur le plan de nombre d'habitations bourgeoises, et ne se trahissant guère que par ses murs badigeonnés d'ocre jaune. Parti à la recherche de la fei-lai che, j'y entrai naguère et |)énétrai (liUis la cour en traversant une première rangée de constructions, où trônent quelques poussahs. Là, je dessinai vt mesurai deux ou trois pierres curieusement sculptées. Un bonze qui m'observait, exigeait absolument que je lui révélasse en confidence la v(rlu sacrète de ces pierres, pour le mettre à même lui aussi d'exploiter la mine de richesse et de bonheur incluse en ces Inrors, C'est la croyance générale, l'erreur incurable de ces bonzes ignorants, superstitieux, cupides, adonnés aux pratiques de la sorcellerie et des incantations, préoccupés surtout de leur riz quotidien. J'eus beau protester de mon incompétence radicale, et assurer que j'obéissais à des soucis d'une nature fort différente, il me garda ra cune. J'en eus la preuve très vexante, quand, à ma demande de renseignenieiits sur la fei-lai che, il répondit en clignant de l'œil : « Oui, il y a une fei-lai che ; oui, je sais où elle

(1) Cf. H. (V>r<1ior. Oduric de Poi'.cnoiic. i». o3^.

i2) On m'en a signalé tiiiu antre, h une trentaine de kUomètres an Sud de Nankin, avec divers lulismnns de ce genre. Un mandarinet exposait naguère devant moi qu'une ])irr:e précieuse s'y trouvait jadis au sommet d'un arbre très vieux, très vieux... On voulut la voler, alors elle disparut, existant encore, mais désormais invisible, a Vous devez savoir cela, vous autres Européens! Vous n'ignorez pas qu'U y a toujours au sommet des vieux .'libres une i>ierre précieuse (|ui lir8 nourrit, les cmj»ûcl»e de mourir.» Et ce mandarinet. amateur de littérature et d*antiquitéd, parlait do cette esoarboucle avec conviction !

est; mais puisque vous refusez d'avouer ce qu'on peut tirer des ces trésor!^, je ne vous dirai pas non plus où elle se trouve.» Impossible de lui faire entendre raison sur ce point. Quelques passants et des soldats, employés à déterrer d'anciennes briques pour la réparation des remparts, se montrèrent heureusement plus obligeants. En fait, quand j'interrogeais ce bonze, qui bientôt maugréa contre leur complaisance, je me trouvais à six mètres de la précieuse « pierre venue du ciel » ; elle se dressait dans le bâtiment servant, selon Tusage, de pagode principale, et limitant la cour au

Nord. (1)

Voici sommairement en quoi consiste cette pierre. En entrant dans cette salle du Nord, on a devant soi une alcôve abritant une Koan^ in dorée et roccMUe, de style ordinaire; mais elle est adossée h une gigantesque dalle de marbre, poli à-demi, veiné de rose et de violet, aux tons d'onyx et d'opale. Cetl(^ dalle (2) suffirait seule au pavage d'une chambre de vingtcinq mètres de superficie. Evidemment, ce sont ses dimensions extraordinaires qui lui ont valu celte origine supposée céleste. Dès l'entrée, elle limite pour le regard l'aire de la pagode, qu'elle divise en deux compartiments inégaux. Au premier abord, elle semble reposer sur une autre pierre formant un soubassement mouluré et sculpté, qui, de fait, osl pris dans le même bloc, comme on peut le voir par la coupe de la pierre ci-contre. Ce soubassement reproduit le profil et l'ornementation des soubassements analogues, portant également des dalles k inscriptions, au tombeau des Ming, à quelque mille mètres à l'Ouest. Cette base, haute de 0™ 65, présente les ornements répétés à satiété aux portiques de celte sépulture et aux pieds droits des portes de l'ancienne ville impériale li Nankin. La date de ce monument ne se trouve pourtant pas, de

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Fin. Ifi7.

1) Ce bâtiment contient en outre un fore joli biûîe parfums en bronze, exi|UiB iVexé* eut on et de forme originale, lequel date de plusieurs siècles peut-être. L'artiste remarquera encore en cette pnuvic salle d'auberçe ("" y boit et on y mange), deux plaques de cuivre repoussé et énniillé d'harmonieuses couleurs, re) lésentant des jHmssahs accroupis sur leur fl.'ur de lotus, l'un dans la ganune Ideue, l'autre dans la gamme lose. Elles sont fixées dans deux dr ssoirs en boia. A l'Ouest, devant une aquarelle du Ti tvtnii poussah^ le dieu des eiif iH.

(2; Elle mesure 5*" 70 de longueur, sur 4™ 35 de hauteur et 0°* 52 d'épaisseur.

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