V. LES CROIX OU X DE FER
Pour faciliter la comparaison de leurs dimensions relatives, les trois plans, ramenés à la même échelle, sont superposés dans la figure 192. Le trait continu est le contour de l'X du Kiang-si, le pointillé indique TX de Nankin intra muros, le trait interrompu figurant celle de Ling^kou se.
A notre avis — nous l'énonçons avec toutes les réserves et atténuations désirables, avec tous les égards, tout le respect dûs à l'opinion d'autrui — à notre avis, l'X de KUngan fou n'est pas à proprement parler une croix chrétienne, le symbole de la croix, dans le sens européen du mot. C'est une X, ayant la forme d'une croix par à peu près, par analogie, une croix dans le sens chinois (païen) du mot, ou plutôt quelque chose qui approche du signe + • Nos langues européennes présentent des acceptions absolument correspondantes, assez connues par elles-mêmes. (1). Si les anciens Chrétiens avaient prétendu former vraiment une croix, ils lui auraient donné une forme plus décidément cruciale, un galbe plus résolument cruciforme, en croisant les deux traverses à angles droits, en les élargissant peut-être à leurs extrémités, comme dans les croix du Fou-kien et la croix de Malte de l'Inscription de Si-ngan fou. Cette dernière croix formant un précédent fort notoire, on ne peut alléguer aucune raison autorisant l'idée d'une dissimulation ni même de l'adaptation d'un type ou symbole préexistant.
Si l'on distingue dans cette X une «croix de S. André», comment expliquer la présence des deux rails transversaux en relief, la particularité des deux trous, la courbure si accentuée des quatre bras? Comment surtout expliquer, et c'est le principal argument, l'analogie indéniable de cette X avec les deux autres de Nankin, que personne ni chez les païens, ni chez les Chrétiens, en Chine ou ailleurs, n'identifiera avec la croix instrument de la Rédemption?
Nous laissons de côté la question de l'épaisseur, du poids, dont la raison, l'utilité n'est guère apparente ni justifiable.
Vue perspective d'un fei-lai tsien»
(1) V. g. : croiser quelqu'un, se croiser les bras, une croisée, des rimes croisées, un croiseur, un navire qui croise devant les côtes etc....
L'objection la plus forte contre notre thèse, la présomption la plus concluante en faveur de la crot.Y du Kiang^si, est tirée, croyons-nous, du culte si spécial qu'elle reçoit et dont nous n'essaierons pas d'expliquer Torigine, quel que soit d'ailleurs Tintérét de cette recherche.
Toutefois, nous avons déjà fait remarquer combien tout culte de ce genre cadre avec les habitudes du tempérament chinois, enclin à vénérer tout objet bizarre, de forme insolite, d'origine obscure ou inconnue. (1). En outre, ce culte n'est pas clairement un culte chrétien, sauf dans Thypothèse, contestable à si juste titre, du bon Siu^koAao, cause innocente de tant d'interprétations erronées. En tout cas, ce culte est trop amphibologique, vague et indécis, pour que seul, et en dépit des preuves contradictoires, il suflise à établir le caractère, la provenance, la valeur chrétienne de l'instrument. S'il est l'objet précis d'un culte bien déterminé, si les Chinois lui assignent un pouvoir surnaturel, un rôle prophylactique, les deux X de Nankin, considérées également comme deux objets mi-sacrés, mi profanes, sont dans le même cas, bien que la vénération qu'on leur a vouée se contienne dans des limites plus restreintes et ne se trahisse plus que par des pratiques rituelles moins accusées. On nous reprocherait de terminer ce chapitre sans dire un mot des conclusions plus générales auxquelles nous ont conduit l'examen des objets en eux-mêmes, l'analyse des textes de diverses provenances et la discussion des opinions contradictoires sur ces X.