‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 225 sur 231 · V. SERAIT-CE UNE AMULETTE GÉANTE · texte numérisé non relu

V. SERAIT-CE UNE AMULETTE GÉANTE

Les variantes du vadjra ou foudre d'Indra. — Conclusion peu concluante.

Timidement, et mû surtout par le secret espoir de provoquer des recherches dans une nouvelle ligne de conjectures, encore insuffisamment autorisées, nous hasardons une autre hypothèse, sur l'interprétation probable, possible tout au moins, de ces fei-lai tsien: celle d'une origine exclusivement superstitieuse au début. (1). En d'autres termes, l'X en fer ne serait-elle pas simplement un vadjra, transformé, adapté peu à peu, fixé enfin sous sa forme actuelle par le bouddhisme indo-chinois?

Le vadjra, Kin-kang ^c/i 'ou ^p|l|;|4=, d'après Eitel, compte, parmi ses autres significations, celle-ci : c'est le sceptre d'Indra, son a sceptre de diamant», en tant que dieu du tonnerre et des éclairs; il se sert de ce foudre comme d'une massue pour écraser les adversaires du bouddhisme (fig. 19 i). Rappelez-vous Neptune et son trident. Le vadjra représente la puissance irrésistible et conquérante de Bouddha

(1) Nul indice que tout cela ait un lointain rapport avec quelque statue, coupole on tourelle pivotante, revolving paffoda, ou avec la base d'un gigantesque moulin à prières, comme ceux du Se-tchoan iBaber. op. cit. p. -ô), et comme celui, haut de 75 pieds, que l'on met en branle quand l'Empereur entre dans certaine pagode lamaïque de Fékin. — Cf» Williamson. op, cU. II. p. 346. — Yule. Cathay... p. CCIV. — S. Julien, Voyages de$ Félei-in-t bouddhiques. IV. p. 205.

Dans la pagode qui surmonte la colHne de Lang-chan j^ li] i près du Langshan Crossing des cartes anglaises du Yangtse kiavg^ un de ces énormes moulins à prières, haut de 5 ou 6 mètres et surchargé de statues bariolées, pivote en grinçant sur une borne de pierre dure. — Au snjtt du vadjra (dordje ou vorje en tibétain), cf. Eitel. Handhook... p. 15?. — Item Pitit Guide ill. du Musée Guimet.

et figure oriHnaircment dans les scènes d'incanlalion et autres pratiques de sorcellerie. On le dessine communément ainsi : (fig. 195.)

Nous donnons ici un des douze vadjra qui ornementent le soubassement, de style indou, sur lequel repose, dans sa fleur de lotus, un Bouddha récemment imprimé à Nankin. {Vig. 196).

Fig. 195.

Fig. 193.

Fig. 191.

Sur une autre estampe indigène, de style tibétain, on trouve le même sceptre debout dans la main d'Indra ou de Koan^in, et» sous celte nouvelle forme, plus allongé et plus décoratif peut-être que Tancien. (fig. 107). L'autre main du personnage semble bénir. (1).

Comme exemple concret des variations auxquelles peut se plier ce symbole dans sa figuration mystique, nous reproduisons le vadjra sculpté en relief sur les pieds-droits en pierre du pont de la passe de Nankao, sur la Grande Muraille, à 50 kilomètres au Nord-Ouest de Pékin. (2). (fig. 198).

(1) Jndra^ aie dieu du ciel, de Tatmosphère, de Torage bienfaisant», est une divinité du brahmanisme adoptée par les bouddhistes, mais dans un rang secondaire. C^est la personnification du ]K)uvoir temporel, le secours du abras séculier» au service du bouddhisme, dont il terrasse les ennemis.

Vadjrapânij le porteur du vadjra^ celui qui tient la massue de diamant, est un des noms d^Indra. Nous avons dit (p. 19) que le diamant est, sous cette forme, un des sept trésors constituant le joyau mythique Sapta Ratna,

(2) Hauteur = environ 1 mètre. — Au-dessus, éléphant et autres attributs bouddhiques. Je donne ce dessin d*après une photographie. Cette arche a été graTée dans le Marco Polo de Yule (T. I. p. 444), qui la fait dater de la dynastie mongole, et aussi dans la China de Richthofen (II. p. 315); mais le dordje n'y est pas visible. — Cf. notice sur la passe de i(Ii/ankoou» dans Elisée Reclus, Asie, p. 336.

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Le Tour du Monde (1) donne une gravure intitulée aFondre d'Indra devant le temple de Douddha à Sambunath. » (fig. 199.)

Le D' Gustave Le Bon, qui a photographié ce foudre pour en illustrer son Tructueux b Voyage au Nép«l », en parle ainsi : « C'est sur le sommet de la colline (2) que se trouvent les temples. En arrivant à la partie supérieure de l'esculier, on a inimédiulement devant soi un piédestal de jtierre sculptée, sur lequel se trouve une pièce de bronze d'un mùlre cinquante centimètres de largeur, nommée «la foudre d'Indra n. Cet emblème est aussi sacré pour les bouddhistes du Népal que la croix pour les Ohré-

(1) ISSG, !•' cemeitra. p. 240.

(2) CuUiua de S;uiibuiiiith TilUgs «iu4irOue>( Je Ktutiuknrlou, oii|iiUleila Népil>

liens. Il figure parmi les sculptures de la plupart des temples népalais. Celui que nous rppri^sentons h été construit en 16'i0, mais son supjiort de pierri: est certainement beaucoup plus ancien... Les douze animaux entourant le piédestal représentent les douze mois de l'année tibétaine», (p. 238.) Ailleurs, il dit encore : o Sur toutes les sculptures des temples on voit représentée la foridrc, que le Itouddha est supposé avoir arrachée au dieu du ciel, Indra. Cet emblème est fréquemment représenté en bronze.» (p. 2CG).

Nous nous figurons, sans aucune peine, chacun de nos trois fei-lai tsien trônant ainsi, il y a quelques siècles, sur un piédestal de slyle indo-chinois, dans une cour de pagode, et recevant les hommages de la foule, aussi superstitieuse et crédule qu'aujourd'hui. (1).

l'oint n'est besoin de faire appel à une dépense ruineuse d'imagination, ni à des aptitudes hors ligne de dessinateur, pour ramener le fei-tai tsien au uadjVa de la figure 191», en indiquant les phases intermédiaires de celte métamorphose.

D'après M. l'aléologue (2) le vadjra serait le nom sanscrit du fa-che-lo chinois. H ^ ^ ou ■f^ ^ j^, usité dans les exorcismes. Il le figure ainsi: (fig. 200), à côté du che-li-mo-ts'o ^ if^ ("^ !£ (en sanscrit srïuasfaj/a), signe de bon augure, dont la croix est manifestement la composante principale. (Hg. 201).

De Schlaginlweit (3) reproduit une grande planche copiée sur un original tibétain et intitulée: «Table pour indiquer les époques heureuses ou malheureuses, ainsi que les chances d'une

(1) L'nnAljgie, non* ne diioni pu l'iilentiti, «t dei plim fnippantei pour qui, ■y^int vu les X de fer cliinoiaes, aansidire U gravure du Tour da Moait. — Ueux tige* ila fer mHititionnent le fnudre niimlAU dreuâ une la tnmohe : le» trou» de» tâ-lai Uitn ont- Us quelque rapport :iTeo oe moilu d'iiSÈJette!

(2) AH ehinaU. pp, 46 et 47. Voir lupnï lu note 2 de Ift puge 18.

|3) Anaaltê da Matie Oaintl, Tome III. 1881. Le Bouddhimr au Tibtt pu B. de SlliUKintveit, (nutuit de l'ungUii pur L. de Uilloaé. p. iSl.

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entreprise.» Plusieurs cases sont occupées par le flJ et le Lfj. Le dorje ou vadjra, simple ou doublé (cul-de-lampe final), y parait aussi et tous ces signes spécifient un heureux présage, une réponse favorable. On lit ailleurs qu'un petit dorje est presque toujours suspendu aux chapelets tibétains. Pendant les incantations, on doit tenir à la main cette même amulette, dont la matière varie suivant le genre de siddhi, ou pouvoir magique que l'on convoite. La planche XXX de la p. 172 exhibe un phourbou, autre talisman, accompagné de trois grands demi-dorjes, formés de deux anneaux traversés par un dard flamboyant.

Les légendes bouddhiques rappellent qu'en l'an 270 après J.-C. arriva en Chine un Hindou de race royale, nommé Vadjramati, Kin-kang-tche ^^^ i ii\a sagesse duvadjran. Il introduisit un nouveau système de doctrines en cet empire, le Yôgalchâra, Appelé à la Cour en temps de grande sécheresse, il fit tomber la pluie si désirée.

Notons qu'à quelques pas du fei-lai tsien de Ling-kou se, pngode probablement lamaîque, comme celle du Tchao-l'ien^kong où gisait peut-être notre première X en fer, sous un pan de voûte encore debout, se dresse une stèle de pierre dont l'inscription mentionne qu'il y a quelques années, Li Hong^tchang, alors viceroi de Nankin, vint prier en ce lieu, également en temps d'excessive sécheresse et qu'une pluie abondante ne tarda pas à tomber. (1).

Comme détail à rapprocher de ce prodige apocryphe, rappelons les dires des bonzes de Ling-kou se: l'eau qui séjourne dans les trous de leur X de fer est inépuisable et naturellement intarissable. Isolé, ou entre les mains de Vadjra-mati^ le vadjra transformé du bouddhisme chinois est doué d'un mystérieux et hygrométrique pouvoir, en relation avec la sécheresse et la pluie. On saisira mieux l'analogie, si nous répétons les deux phrases déjà citées. L'une est extraite du Cantique de VX de fer, traduit plus haut (p. 242) : «D'autres disent que l'X du Kiang-si était un instrument jadis employé pour contenir la malice des esprits nuisibles de l'eau.» — La seconde phrase est empruntée aux Chroniques de la Pagode de Ling-kou se, qui «atïirment que ces ciseaux de fer sont la moitié mystérieuse des caractères i'ien-ou-tchen ^Ç^Uî»

(1) Lj vieil ouvrage Af/)habelu!n Tibtlnnum (vol. II. p. 1*3), avait déjà révélé beaucoup de particularités sur le culte d'Indm, dieu do Tathmosphère, et sur son (Zoi'Jf, qn*il orthographie To-r^clie.

Schlagiutweit, op, cit. p. 47, s^cxpriiiic niiiBi: «La secte Brougpa (on Douppa^ on Ikul Douijiht) a un culte paiticulier poar le Dordjt (Vadjra ou la foudre), qui descendit des deux et tomba sur la teire, à Sera dans le Tibet orient d. Kite pamit ])nrticnUèrement attachée nu mysticisme tuitrika, où le Dordje est un instrument très important et très puissant.» Les 'l'iiHtrus, ou séiie de livre:! hindous, des premiers siècles de notre ère et formant le rituel des oitérations magiques, ont été ]):irtiellement traduits en Chinois soub les Song (0C0-1127J.

Or, ces trois caractères, a-t-on expliqué p. 203, «expriment l'idée de contenir, de réprimer, de maîtriser l'esprit de l'eau.» Plus haut, Siu-ho-Uo croit réfuter l'hypothèse d'une amulette monumentale (1), d'un instrument destiné à combattre les esprits malfaisants de l'occultisme chinois.

Le vûdjra est, avons-noi:s fait observer, le sceptre et le symbole d'Indra, le «régent île l'almosphèreii, le dieu des éclairs et des orages. Tonnerre et pluie, phénomènes d'étroite parenté, se suivent ou s'accompagnent bien souvent. A cette particularité se rattache une seconde analogie qui a dû frapper le lecteur: le petit mandarin de Nankin (cf. page 227) affirmait que si l'on était assez osé pour remuer ou déplacer le fei-lai tsien de Yo-tchcou fou ■& ^ ^, la foudre tomberait immédiatement.

D'autre part, au mot Tchakra, «roue» (2), le D' Eitel fait remarquer que cette roue, à saillies et rayons extérieurs {fig. 202), ressemblait à l'ancienne arme vadjrdj sceptre ou massue en diamant; la tchakra, elle, est en fer, en cuivre, ou en argent, rt elle sert à soumettre à la loi de Itoitddhii l'univers en tout ou en partie. pro]iortionnrllement à In richesse propre du métal. En effet, quand rc/(a/irarar((( Raja, «le roi de la roue», monte au ciel, une roue métallique en tombe, (comme fait le fei-lai tsien), et, d'après la nature du métal, on juge de l'étendue du crédit de ce monarque, pendant et collaborateur du débonnaire Sakya^ mais en conquérant batailleuTt qui lance sa terrible tcfiakra au milieu des ennemis!

Il) Au Jni>on le rW>n i une i«jinto n'HppoUe lo-M ou toiip-go.iAâ, A tioii pointai ri-jlfl, B cinq puintM enSn po-W. (Calai, du Mmée Uaimet, y. Iflf).

la) Dhai-ma Ichatra, a la roue Je U loi », Bigiiia" li- bomiahi-nie. Dharma veut .lire , et jarfoi. le lai/jiM eit l'emblème Ju dipu Dluirm.!. (Cat. <lu M. Gaime'. \i. XLIV).

La ï'rijlfîiin, ou THriitna. «le» troi» prû^ieuiu, oo:iipurtc en ïlfïtiUvorasiou|>enicnta niiireB, Icaqueli n'ont rien de ooniuiuii, «nuf le aliiffi-e 3, nvec En Trinité ilea Chritiuni qui oreiit un teul Dieu et non troia dieux :

„ ^ [ Bouddha Sakyn-Mouni), rintilligfnce, rime ;

. . , , ,„ .' i iHiai-ma, lu mHtièrc, le corpjt;

tniHla bouddhique : i i r >

\ S<ingha, l'union des deux.

Trimourti, ou trlido 1 Brahma, brahmanique, [>tuB I KteAnau, récents : [ Siva.

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