‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 5 sur 231 · II. NOS SOURCES · texte numérisé non relu

II. NOS SOURCES

Les Chroniques officielles (^) auxquelles nous emprunterons les principaux éléments de cette étude, sont publiées dans tout l'empire par les ordres et sous la direction des mandarins généraux ou locaux qui s'assurent à cet effet la collaboration des lettrés placés sous leur juridiction. Elles forment une immense collection dont l'étude approfondie présenterait un grand intérêt au point de vue du développement de la nation chinoise. Chaque province, chaque préfecture, sous-préfecture ou district possède ses chroniques

(1) On sait qu'en Chine les grades littéraires et les degrés administratifs sont deux choses absolument distinctes ; la possession d'un diplôme universitaire n'est point une condition nécessaire ni suffisante pour l'obtention d'une charge dans la carrière administrative, et ces charges du reste ne s'obtiennent pas par concours. — Errare humamt/m est; mais il est de pires fautes que l'erreur. Le géographe libre-penseur a cherché plus d'une fois l'occasion d'écraser de son froid mépris les "Sectateurs du christianisme" ou de prôner ;lea droits de la morale indépendante. S'il parle des "prélats, des missionnaires, des prôtres "de Bouddha" (P. 74, 77, 85 etc.), s'il mentionne Lassa comme] la (cBome bouddhique» (P. 89), s'il remarque "l'analogie extrême des pratiques du bouddhisme et des cérémonies "du catholicisme" (P. 79), c'est afin de pouvoir conclure que dans "ces deux religions re- "lativement modernes, par l'essor d'une évolution parallèle, les mômes cérémonies se "sont continuées en l'honneur de nouvelles divinités" (P. 79), — Ailleurs il proclame que "les Tibétains sont certainement un des peuples les mieux doués de la terre" (P. 69) ; il nous les représente comme "un peuple modèle, s'ils ne se laissaient discipliner par les "lamas" (P. 70) ; puis, malgré la "pratique de la polyandrie" existant chez une partie de ce peuple, il se plaît à nous montrer "la femme tibétaine Comme toujours respectée par tous" et assure "qu'il n'y a point d'exemple de querelles conjugales entre les membres des famil- "les polyandriques" (P. 83). — Pour lui "le culte de Yaao ou Jésus" importé par Xavier au Japon, n'y "fit de rapides progrès" que parce que "les Japonais n'y voyaient d'abord qu'une secte du bouddhisme" (P. 782). Pour lui "les missionnaires franciscains qui mou- "rurent sur la croix" (1597) avaient été "dénoncés par leurs rivaux (les Jésuites I)" (P. 782) — U rappelle sèchement le massacre de milliers de chrétiens et de centaines de prôtres (P. 691, 723, 819, etc.) qu'il représente perfidement comme les auteurs des "guerres de "religion" (P. 691, etc), et il félicite les persécuteurs, de n'avoir "pas eu, comme tant d'au- "très peuples, le malheur de perdre leur indépendance", de ne s'ôtre pas non plus laissé "grouper comme un troupeau, par l'ascendant d'une religion étrangère, sous les lois de leurs convertisseurs" (P. .085). — Mais abrégeons. Nous avons autre ohose & faire qu'à relever l'ignorance, les bévues et la mauvaise foi de l'écrivain seotaire.

l'ÎLB de TSONGh-MING.

séculaires, où sont enregistrés tour à tour les renseignements les plus variés. La topographie et l'histoire, les mœurs ainsi que l'administration, les monuments et les ressources publiques, les faits d'armes et les grandes vertus, les illustrations de tout genre, les particularités de langage aussi bien que les œuvres littéraires, les productions du pays et ses ressources industrielles, trouvent place dans cette encyclopédie. Malheureusement plus d'une puérilité dépare ces recueils; parfois la vanité de l'éditeur ou l'argent des intéressés les altère ; leur nomenclature trop sèche n'est point assez relevée par la valeur et l'intérêt des détails. Ajoutons qu'un dernier défaut, capital à nos yeux, le défaut total de proportions et l'importance exagérée accordée à certains chapitres de ces annales, enlève à ces dernières une partie trop notable de leur utilité.

Oroirait-on, par exemple, que des 120 volumes dont se composent les Chroniques générales de la province du Ngan-hoei (^ ^ ji ^, édition de 1878), 4 sont consacrés à l'énumération des fils pieux, 4 autres à celle des citoyens intègres, autant à celle des citoyens dévoués, autant à celle des écrivains célèbres, 9 à celle des illustrations littéraires ou administratives, originaires de la province, 18 à celle des mandarins qui ont exercé des charges au Ngan-hoei; enfin jusqu'à 30 volumes (un quart de la collection), nous déroulent l'interminable litanie des chastes veuves!

On le voit, de ces volumineuses Chroniques, il reste bien peu pour les «leçons de choses.» Mais c'est la méthode chinoise et nous devons nous résigner. Hâtons-nous de dire que ce luxe incroyable de mentions à l'honneur du beau sexe est avantageusement compensé par la sobriété des détails concernant les défenseurs de la patrie : un seul volume a sufli pour redire les noms des braves qui se sont distingués dans la carrière des armes.

Ces réserves établies, libre à M. Reclus de prononcer que les Chroniques particulières de la Chine sont un vrai «trésor pour l'ancienneté et la certitude des faits qu'on y rapporte». (Op. cit. pag. 266.) Quoique cette affirmation soit pour nous très suspecte dans les matières où les auteurs indigènes auraient eu quelque intérêt à tromper, c'est surtout appuyé sur leur témoignage que nous entreprenons cette nouvelle histoire d'une île. Nous laissons, en attendant, au géographe français, la responsabilité de son jugement sur le «corps des annales chinoises», qu'il déclare, sans le connaître assez, «le monument d'histoire le plus authentique et le plus complet que possède l'humanité». Le P. Amiot, dont le témoignage est cité, à 1^ suite de cette aflirmation imprudente, ne s'est jamais rendu coupable de la comparaison outrageante qu'elle suppose, à l'égard des livres révélés par Dieu.

Les Chroniques que nous utiliserons le plus souvent au cours de ce récit, sont celles de la sous-préfecture de Tsong^ming (^^ JKS)* Nous possédons deux éditions de cet ouvrage, l'une de

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