‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 70 sur 231 · PRÉFECTURE DE LOU-NGANTCHBOU · texte numérisé non relu

PRÉFECTURE DE LOU-NGANTCHBOU

Ce département occupe l'angle Sud-Ouest de la dernière Limitée. zone ou Intendance qui nous reste à décrire. Adossé vers l'Ouest, aux montagnes élevées du Hou-pé, vers le Sud, à celles de la préfecture de Ngan-k^ing, il touche au Nord au département de Yng-tchemi-foUf par l'Est à ceux de Liu-tcheou-fou et Fongyang-fou. Il a la figure d'un losange dont le grand axe, orienté du NNE. au SSO. mesure environ 200 kilomètres. La ville de Lou-ngan (>f; $) en occupe le Nord, et celle de Ho-chan- Villes, hien (H |1]) l6 centre. Elles se trouvent toutes deux sur le bord d'un torrent qui se jette dans la Hoai un peu au-dessus de Tcheng-yang-koan. Au Sud, une autre sous-préfeoture, Ymj-chun-hien (JJ [Ij) appartient à un bassin opposé, dont les eaux sont tributaires du Kiang à travers la province du Hou-'pé.

LA PBOymCE DU NGAll-HOBI.

Hiibitaiion*.

^reM ^ jjg^ hautetir des montagnes qui couvrent la partie méridio- Hon dans nale de cette préfecture et Tétroitesse de la plupart des vallées, le Sud. font que cette région est relativement peu habitée. N'ayant point, comme ceux du Hoei-tcheoii-fou, les ressources du négoce au dehors, ses habitants vivent généralement assez pauvres. Pourtant ils ont conquis sur les flancs des montagnes, des terrasses dont ils ont fait des rizières et des champs qu'ils disputent & la roche pour y semer le blé, le sarrazin et surtout le maïs dont se nourrissent les montagnards moins fortunés. CuUurei. Le rapport de ces diverses cultures permet d'établir l'é-

chelle des fortunes chez les cultivateurs de ces montagnes. En général, les habitants dont la demeure est située au bord d'une large vallée, jouissent d'une certaine aisance ; ceux qui sont relégués au fond d'une gorge plus étroite et plus élevée, mènent une vie pauvre. Ceux enfin dont la hutte se dresse sur le flapc des montagnes et qui disputent aux sangliers leur maigre moisson de maïs, vivent dans l'indigence.

Les habitations sont en général isolées, rarement réunies en groupes nombreux, la plupart sont construites en terre. Mais les t^ ff Chen-tongj petits richards du pays ont d'ordinaire des édifices en briques assez bien construits. Les Ts'et'anÇf fréquents dans cette contrée, sans égaler en grandeur ceux du Hoei'tcheoU'fou, ne manquent point cependant d'une certaine grâce, au point de vue architectural.

La difficulté de l'exportation du riz, dans cette région montagneuse, explique le bon marché de cette denrée. Dans les auberges, l'on ne paie que 6 sapèques une tasse de riz qui en coûte 12 dans la plaine.

^^' Le thé, le papier et la trufife Fou-ling (^ ^), constituent

les trois principaux produits qui enrichissent la partie haute de Lou-ngan. Les environs de la préfecture produisent en outre une assQz grande quantité de divers chanvreé, et le pavot, nous l'avons dit, commence à s'acclimater dans les mêmes parages.

Les thés du Lcu-ngcm-toheou ont une réputation méritée. Le P. Du Halde, parlant du Liu-tcheou-fou de qui dépendait alors le département actuel de Lou-ngan^ observe que «cette «contrée fournit le meilleur thé et en abondance. C'est, «dit-il, principalement par cet endroit qu'elle est célèbre.» Jadis les montagnes de lAu-kiang-hien étaient couvertes de belles forêts, d'après le môme auteur, et le thé qu'on y recueillait jouissait d'une très ancienne renommée, mais aujourd'hui la spéciahté de cette culture parait réservée au département de Lou-ngam, où la capitale de l'Empire vient elle-même se fournir. LieoU'pouo-tchoaTig ({| JJf jJD et Ma-pou {J$^ j$) voient chaque année accourir du Nord, des commerçants qui viennent acheter le produit de la cueillette du précieux arbrisseau. Ces deux Ma-t*eou, situés sur des branches latérales du grand tor-

Ei£.

COMMUNICATIONS INTÉBIBUBB8. 83

rent qui se rend de Ho^chan à Lou^ngan, sont les oentrea d'un commerce très actif pendant plusieurs mois de Tannée. Ije» barques, qui peuvent remonter le torrent jusqu'à Ts^ing^chan (ff LU) ^ moitié chemin entre oes deux villes, transportent le thé aux bords de la Hoai. De là, cette marohandise est envoyée par des brouettes, ou pai* les barques du Oka-ko juB« qu'à TcheoU'kiti'k'eou ()Q ^ H)» dans le Hfhtian. Enfin du grands chars la portent au Chan^tcng et surtout vers Pékirif où elle est consommée. Un banquier de Lou-ngan m'a dit que le chiffre de l'exportation annuelle était d'environ 1 700 000 taëls, pour lesquels les douanes spéciales du thé prélèveraient pour 20 000 T. de droits (1).

Le chanvre, paraît-il, donnerait le même ohiffire d'afiGùres. Ohaiwre. On le transporte par Tao-ieVeng et le lac TcKao à Tchen-hiang

Le FoU'ling Çff^ ^) Pachyma cocos, est une production Pon-ling. spéciale qui prend le chemin de Han-Veou, et de là gagne les pharmacies de la Chine méridionale, où elle est très en vogue, comme médecine tonique, m'a«t-on dit. Bien que ce ne soit point le lieu de décrire cette culture dans les moindres détails, nous en dirons quelques mots. Sur une pente sablonneuse, purgée de racines, l'on enfouit à peu de profondeur dans le sol, en les maintenant inclinées oonmie le sol lui- mè* me, des billes de Oha-chou {^ i^) grossièrement équanies. L'on applique sur la section supérieure de ces billes une tranche de FoU'Ung, sorte de tubercule d'un blanc sale ou gris&tre qui peut atteindre les dimensions d'une tôte d'homme. L'on recouvre ces dépôts de sable ; au bout de plusieurs mois, de nouveaux tubercules reliés au bois de Cha-ehou par des radicelles se sont formés. Quand ils ont atteint une grosseur raisonnable, on les détache de la souche mère ; puis on les coupe en minces tranches qu'on fait sécher et qui sont transportées aux ports du Kia/ng.

Ce produit si vanté à tort ou à raison par les Chinois du Sud, a fait la fortune de plusieurs montagnards, mais il a du môme coup, ruiné la richesse des forêts dans ces mômes contrées. La nécessité de renouveler à de courts intervalles les Cha-chou qui fournissent au Fou-ling l'aliment et le stLstentdcu- Ivm, bien plus encore que la dénudation des aires de culture, » déboisé d'une façon lamentable ce beau pays, autrefois 8ple^didément couvert, mais dont il semble qu'aujourd'hui plusieurs

( 1 ) O'etit à Ho'Chan que se fait chaque année l'expéditioa da thé prélevé par la Conr pour la table impériale. Il va de soi qae dans ees volumineux ballots estampillés du dragon jaune, les expéditeurs ne déposent que des feuilles d'une très médiocre qualité. Un missionnaire qui leur en faisait un jour la remarque, reçut d'eux cette réponse : *' Nous no pourrions plus suffire aux envois, ai "rEmperuur ^coûtait une fois notre thé fin." Les ministres de Pé'kiH§, pl^s avisés que leur maître, savent à quoi s'en tenir sur œ point.

84 LA FROVINCB DU NOAN-HOBI.

espèces curieuses et fort utiles aient déj& disparu, ou soient devenues fort rares.

Dieum, J'ai vu, dans une pagode de ces montagnes, un autel

élevé & un bel échantillon de cette drogue. J'ai vu d'autres pagodins dédiés & des pierres dont la forme étrange avait frappé l'attention des dévots... Ces pauvres gens ne connaissent guère d'autres Dieux !

Papier. Outre le papier PH-tche (J^|K) q^^ l'on fabrique dans ces

^' montagnes avec les fibres flexibles du )|f ^ $ Edgeworthia

papyrifera, une autre industrie locale consiste dans la culture du Peziza auricula, connu sous le nom de Mou-eul (j^ S). C'est sur l'écorce des troncs de jeunes chênes rassemblés en faisceaux en plein air, que croit cette plante parasite que les indigènes vendent un prix assez élevé aux gourmets des pays plus fortunés. Des nombreuses variétés de Che-tse (jfff ^) (Diospyros Kaki) que produit le Ngan-hoei, c'est dans la souspréfecture de HO'Chan que j'ai vu les plus belles et les plus succulentes. (1) Boutes. Les routes de la partie montagneuse du Lou-ngan-tcheou

sont toujours accessibles aux piétons et aux mules, quoique assez étroites et souvent fort raides. On voit de loin en loin, surtout dans les montées et passages difficiles quelques dalles de pierre, qui ne rappellent que de très loin les chemins du Hoei-tcheoU'fou. Ailleurs, la bonté du terrain sur lequel est assise la route, maintient les communications assez faciles, „ sans qu'il soit besoin d'im grand entretien. L'altitude de cette ohan à contrée ne permet pas l'usage des brouettes ; aussi tous les î'^'^m?'^. transports se font-ils à dos d'hommes. De Ho-chan à Ynghoo. ' chan et à Tai-hou il existe des routes du genre de celles que

(1) Le massif granitique de Ho-chan est caractérisé par une flore subalpine très intéressante, et dont le Père Heude qui l'étudia en Septembre 1880, a bien voulu me communiquer les genres principaux. Cette liste, transcrite d'après on journal de voyage, comprend pour les arbres et arbustes, les genres: Ooryhis (2 esp.), OarpintiSf Alnua^ Populiis (ubiquista), Hydrangea (4 ou 5 eap.), CorylopsiSf Denteia^ PhiUidelphuSy Benthamia, Kadaura, Tilia^ Castanea^ Que^cus^ StyraXi Diervillea, Daphne (2 esp.), liubua (esp. nombr.), Vitis (nombr. esp.), CeUitf Hedera^ Aralta^ CateUpa^ Tecoina^etG. Pour les autres plantes : i)yr^i^ra, Pamaasiay Senecio^ Aconitum, LychnUy Silène, ImpatieM, Akehia^Bœa, Pyrethrum (2 esp.). Anémone {2es^.), ScabiosatOeum^ Lilium {plus. e8^.)fAdenophora, Campanula, Campaiieuma (2 esp.), Viola (nombr. esp.), Deamodium, Lespedeza, Soja (2 esp.), Phnseolus (2 esp.), Pcsonia^ etc, Parmi les nombreuses variétés de vignes de oette contrée, le Père Heude en trouva une qui produisait d'excellents raisins noirs rappelant la F. pentafilla ; eUe croissait il la passe du T*ou-ti-ling (i J» jSU ^ mille mètres environ d'altitude. Une autre espèce aux grains allongés, mais d'un goût aigrelet donne d'énormes grappes. Le môme Père, en explorant sur la rive droite du Kiang les environs de Ta-Vong, trouva sur une éminenee rocheuse, en face de Lo-kia-Van \tfi jji \f) une vigne qui fournissait un beau raisin blanc, aux grains gros et pressés.

nous venons de déorîre. Il y a aussi d'assez bonnes routes de Ho'Chan & Ma-pou et à Lteou-potio-tchoang, les deux gros centres oommerciaux dont nous avons parlé plus haut.

Ho'Chan se trouve située dans une large vallée dont une a Loupartie est sujette aux inondations du torrent. La route qui^^K*»conduit à Lou-ngan peut être alors coupée par les eaux pour peu de temps ; aux environs de TsHng-chan^ il y a dans le môme cas, quelques flaques d'eau à passer. Cette route traverse des ondulations de terrain qui se prolongent vers le N. £. dans les 2 préfectures voisines, jusqu'au bord de la Hoai, Par les temps de pluie, elle exerce singulièrement la patience des voyageurs. Continuée vers Ho-k'ieou elle devient parfois détestable.

Les routes de Ho-chan à Tao-tMeng et à la sous-préfecture A Taode GhoU'tcKcng traversent des montagnes dans presque toute ^chou-** leur longueur. Enfin nous avons parlé plus haut de la route tch^eng qui conduit à Ts^ing-chan. I^>

Aucun de ces chemins n'est entretenu d'une façon régu- Entretien, lière : un pont, \m bout de chaussée, de corniche, vient-il à s'écrouler, alors les plus proches voisins songent & remédier au mal consommé. Quand l'on est ainsi réduit au cas d'extrême nécessité, les notables et autres personnages influents font circuler dans toutes les familles intéressées & la réparation, une liste de souscription où chacun à côté de son nom désigne son offrande, en argent ou en riz. C'est ce qu'on appelle J^ Si |j|. S'il reste quelque chose, une fois les travaux accomplis, c'est le profit des administrateurs : ceux-ci du reste ont toujours leur bénéfice à ces œuvres, dussent-ils pour cela faire moins et moins bien.

Ces travaux se font toujours sur une échelle fort restreinte. Les mandarins n'y paraissent pas. Gomment d'ailleurs le voudraient-ils ? A Ho-chan par exemple, il n'y a eu depuis au moins 6 ans à exercer la charge de sous-préfet que des Chou-li (^ i|||) ou intérimaires, restant un an au plus en fonctions. Et l'on sait assez que le besoin non seulement de s'enrichir personnellement, mais aussi de rentrer dans les déboursés par lesquels ils ont dû mériter la faveur de leur avancement, réduit fatalement ces pauvres fonctionnaires au rôle de rapaces, peu soucieux des intérêts généraux du peuple.

Il y aurait beaucoup à dire sur les propriétés et la rapide fortune de certaines grandes familles du Liu-tcheou-fou et du Lou-ngan-tcheou. Mais ce mal étant universel en Chine, il est inutile d'insister. Il suffira d'ajouter que d'ordinaire, ici plus encore peut-ôtre qu'ailleurs, les fortunes acquises par des moyens peu honorables n'ofifrent pas de stabilité.

Le P. Du Halde signale un « pont très remarquable pro- Ponts

tiA PROVmCE DU KGAK-ROlSt.

ce.

Voyageurs.

PiéUmê.

Porteurt.

Brouettes.

cbe de Lou-ngan.iè Je ne Tai point vu, et n'ai rien tronvé dans tout oe département que de fort ordinaire en fait de constructions de ce genre. La partie haute du pays n*a que des ponceaux en pierre ; l'on y traverse les grands torrents à gué et si les eaux de pluie les rendent infranchissables, il faut attendre que le flot se soit écoulé. Plus bas, & partir de Héche-tou {^ Ç 2|[) l'on trouve des bacs sur les routes principales. Ce n'est guère qu'à la hauteur de ce bourg que le torrent devient accessible aux radeaux.

Les principales routes commerciales du département sont les suivantes : vers le Nord, le grand torrent de Lou-ngan, avec ses radeaux de Song-choUy de Cha-chou et de bambous, descendus de Ma-pcni et de Ho-chan: A l'Ouest, Yng-chan, Ma-pou et Licou-pouo-tchoa^ig communiquent par les montagnes avec le Hou-pé, et notamment avec le port de Han-h^eon. A l'Est, le lac Tckao permet au chef-lieu d'avoir des relations faciles avec le Wan-nan, C'est par cette dernière voie que les marchandises européennes venues de Chang-hai gagnent la préfecture.

Les voyageurs vont & pied, en chaise ou en panier ; les mules sont rares ; quelques notables s'en servent et l'on voit un petit nombre de chevaux appartenant à des bacheliers militairos. Les brouettes peuvent cirouler dans la portion Nord de la préfecture, à partir de Ho-chan. C'est ainsi qu'on en rencontre sur les routes de Tao-tch'eng, de Ma-pou, de Loti-ngan.

Les montagnards sont d'infatigables porteurs et des marcheurs intrépides. Ils portent des fardeaux en huile, sel, ou fer qui atteignent parfois 130 livres chinoises. Employés comme courriers, ils franchissent sans fatigue des espaces considérables. L'un de nos domestiques parti un jour à 6 heures du matin pour un poste éloigné de 150 /t, nous en revint le lendemain à 8 heures. C'était une coiurse de 280 li (au moins 160 kilomètres) parcourus en 26 heures consécutives, avec le seul intervalle des repas.

Les porteurs loués à la journée dans les montagnes et chargés de fardeaux mojrens (70 livres) ne coûtent que 50 sapèques par jour. En outre on les nourrit, mais ils n'ont droit ni au pourboire ni aux sandales de paille dont ils protègent leurs pieds. Pour des charges plus pesantes, l'on peut déterminer & forfait à raison de tant par livre pour un parcours donné. Ainsi de Ho-chan au village de Chen-keoii-p^oii (SB j)| fj), dans le Sud (150 li) l'on paie 9 sap. par livre. De Loungan au dit village (230 li) 14 sap.

Les brouettes chargées d'une façon ordinaire (200 livres) coûtent 7 sap. par H. Les brouettiers se nourrissent et se contentent pour le retour, d'une légère indemnite. Le prix officiel, et par conséquent minimum pour chaque porteur de chaises et de paniers est le même.

COMMUNICATIONS INTÉBIRUBES. 87

Le sel venu de la côte de Hai-tcJu'OU (^ jJH) par la Hoai Sel. et par Lou-iigan remonte le torrent jusqu'à Ué-chê-tmi, où se trouve un entrepôt pour alimenter les 2 souB-préfectures du Sud. Ce sel coûte jusqu'à 80 sapôques la livre ; et le sel de contrebande venu du Hou-pé lui fait concurrence sur la frontière des 2 provinces.

Je ne sais si j'ai parlé plus haut des conditions des trans- ^a^^au^. ports entre Tao4ch*eng et Ôii-hoic. Une petite barque où Ton doit rester couché ou assis coûte environ 3 carolus. Une barque moyenne où l'on reste facilement debout revient à un prix double. Enfin il nous est arrivé de payer pour ce trajet jusqu'à dix car. ime barque capable de loger à l'aise trois missionnaires.

Dans les montagnes, du commencement de Janvier au mi- Nei^, lieu de Février, les routes sont souvent interceptées par la neige. Il en est de môme dans le Hoei-tcheou-fim.

Il n'y a pas de brigands dans le pays ; cependant l'on Sécurité. voyage peu de nuit, excepté peut-être au temps des grandes chaleurs.

L'hospitalité, dans la plaine, se donne aux conditions ^u^er^es. ordinaires des autres pays. Dans la montagne, elle est plus économique : un repas ne coûte que 20 sapèques ; le TeoU'fcni, si l'on en veut, coûte 4 sap. de plus. Le thé est gratuit. Si l'on soupe dans la maison où l'on paese la nuit, il n'y a rien à ajouter pour la natte ni pour frais de logement.

2, 3 ET 4. PbÉPECTUBES de FONO-YANO'FOV, YNG'TCHJSOU

ET ^B'TOHEOU.

Que l'on ne s'étonne point de nous voir réunir sous un L'aficien même titre ces trois vastes départements. La similitude ^^'^^i'' d'usages et de productions, le faible intérêt qui s'attache à oes Fong-' contrées pauvres au point de vue commercial, justifieraii y^^esuffisamment cette mention assez sommaire. Du reste au corn* mencement du siècle dernier, ces trois préfectures n'en formaient qu'une seule, ressortissant à la ville de Fong-yang-foi^ comme chef-lieu. Le P. Du Halde en parlait en ces termes : « Son ressort est foi*t étendu, car il comprend dix-huit villes, «dont cinq de second ordre (Tchcou), et treize du troisième ui(Hien); sans compter un grand nombre de Ma-t'eou, ou « lieux de commerce, établis sur ses Bivières pour la oom- «modité des Négocians et la levée des droits de l'Empe- « reur. Cette étendue contient en largeur 80 lieues de l'Est & «l'Ouest, et en longueur environ 60 du Nord au Sud : c'est «plus que n'en ont nos plus grandes Provinces d'Europe.»

j]|^*" C'est en l'année 1724 que cette préfecture commença

à être démembrée ; cette môme année, seconde du règne de Yong-tcheng (|J jf), on en sépara la ville de Se-tcheou qui reçut une juridiction indépendante (ji[ ff^. C'est encore cette année que la cité de Lou-ngan, jusque-là rattachée au Liutcheou'fou reçut la môme faveur.

Onze ans plus tard, la ville de Yng-tcheoii fut érigée en préfecture de 1®*^ classe (Fou), et reçut en partage les arrondissements qu'elle gouverne aujourd'hui, à l'exception toutefois de KotLO-yang-hien qui ne fut institué qu'en 1866. Enfin ce fut cette môme année 1866 que la sous-préfecture de Fong-t*aihicn fut transportée dans le Ma-t^eou de Hia-ts^ai (f "^ qu'elle occupe aujourd'hui.

Pong- m La T année de son règne, lisons-nous dans les Chroni-

^"*" * «ques du Ngan-hoei (c'est-à-dire en 1374), Hong-ou (§1 ^ « fondateur de la dynastie des Ming éleva la ville de Fong- Miyang-fou, et donna à son enceinte qui n'était que de terre, tfun développement de 50 li (30 kilom. ) avec douze portes.» Le nouvel empereur, ancien valet de bonzes, voulait illustrer sa patrie en y transportant sa capitale, et « en y bàtis- « sant une ville superbe. » Mais, continue le P. Du Halde, «l'inégalité de son terrain, la disette d'eau douce et encore «plus, la proximité du Mausolée de son père, lui firent changer «de résolution... H transféra son Trône à Nan-king, heu plus « beau et plus commode, qui n'est éloigné de Fong-yang que de « 32 Heues. »

Outre le « Mausolée » dont il vient d'ôtre question, l'empereur laissait à sa ville natale comme souvenir de sa munificence, un «donjon de cent pieds de haut» et «un Temple « superbe érigé à l'Idole Foe » dans l'endroit môme où le monarque avait jadis « servi pendant quelques années de valet de « cuisine. »

« A ces trois monuments près, écrivait notre auteur, on «ne voit rien maintenant dans Fong-yang qui mérite quel- « que attention ; elle a été tellement désolée par les guerres, « que d'une Ville Impériale, elle est devenue un vaste Village : « elle est assez peuplée et assez bien bâtie vers le milieu ; mais « tout le reste ne consiste qu'en des maisons basses et couver- « tes de chaume, ou bien en de rases campagnes, où l'on a plan- « té du tabac, qui fait la richesse, et presque le seul commerce du Pays. »

Il serait assurément curieux de faire la statistique des grandes cités détruites en Chine, au cours de ses nombreuses révolutions, et nous n'avons donné les détails qui précèdent que dans l'espoir d'attirer sur ce point intéressant d'histoire les recherches de quelque sinologue.

La gloire éphémère de Fong-yang s'est vue encore diminuée, depuis qu'en 1754, l'Empereur Kien-Uyng a réduit son

enceinte aux proportions modestes d'environ douze mille pieds de tour.

A 3 li seulement à l'Ouest de l'ancienne capitale, se Sous-prédressent les remparts de Fong-yang-hien (81, |^). La T^ya^du^^ongdroite de la Hoai compte encore deux autres sous-préfectures yang-fou. dépendant du département de Fong-yang : Ting-yuen-hien (îfe ^), au Sud de la préfecture; et vers l'Ouest, Cheoutchcou ( Jl ifH ) non loin des bords de la rivière Hoai. Cette dernière ville, bâtie au milieu d'un marais, communique au Hoai-ho par des canaux et par des lacs, mais le déplorable état des chaussées qui y conduisent, en rend très difficile l'abord par terre à l'époque des grandes eaux. Les murailles, de 25 pieds de haut et de 13 li de long, semblent, de nos jours surtout, absolument hors de proportion avec les besoins d'une cité dont la très grande partie est livrée à la culture maraîchère. Du reste, cette remarque faite une seule fois et en passant, nous semble applicable aujourd'hui à la plupart des villes murées du Ngan-hoeiy car en p^résence des progrès de l'armement' militaire de la Chine, de pareilles enceintes nous paraissent une bien faible défense pour les populations qui leur demanderaient le salut.

Sur la rive gauche du Hoai-hOy 4 autres sous-préfectures dépendent du Fong-yang -fou. Deux sont situées sur les bords de la rivière : Hoai-yuen-hien ( ^ ^) à l'embouchure du Kouoho, et Fong-Vai-hien, (HL Jf) non loin de la bouche du Fei-ho. La première de ces 2 villes a une enceinte vieillie en dehors de laquelle s'est formée une nouvelle ville qui nous à paru très vivante. Fong-Vai ou Hia-ts'ai est un triste bourg sans vie et sans poésie.

Enfin, plus au Nord, sur la grande route qui conduit de Se-tcheou au Ho-nan, il y a encore les sous-préfectures de Lijig-pi-hien ( fi ^) et de Sou-tcheaiv {^ JH)- Cette dernière, placée à l'intersection de plusieurs chemins importants, nous a semblé assez bien bâtie ; beaucoup de ses maisons sont construites en terre.

Le chef -lieu du Ymj-tcheou-fou est arrosé par la rivière Du Yng- CJui ainsi que les sous-préfectures de Tai-ho-hien (^ îft)*o^«o«vers le Nord-Ouest et de Yng-chang-hien (|^ Ji) au Sud- Est. Au Nord de ce département, les sous-préfectures de Po'tcheou (^ jff|)» d® Kaiio-yang-hien {"(^ |^) et de MongtcKeng-hien (KK jft) s'espacent le long de la rivière Kawo, dans la môme direction, c'est-à-dire du Nord-Ouest au Sud- Est.

Les trois premières de ces villes sont d'assez modestes dimensions et no mesurent que 4 à 5 /i de tour. Des faubourgs assez considérables augmentent l'importance du chef-Heu. C'est sur cette ligne, ainsi que vers Oieoic-tcheou, Ho-tcheou et dans les environs de Ngan-k'ing que séjournent les principales colo-

Hivitreê.

Douante.

Bornes.

Le Se- 'tcheou.

nies de musulmans résidant au Ngan-hoei. Les 3 villes situées sur la Koiu) sont couvertes de paillottes et leur vue rappelle mieux que celles élevées sur les bords du Cha-lio les mœurs rudes et les goûts primitifs des habitants du Nord.

Le Cha-ho reçoit dans le Ngan-hoei plusieurs affluents navigables; l'un entre autres qui se jette dans cette rivière à la hauteur de Ytig-tcheou-fou après avoir arrosé plusieiu^ villes du Ho-nan.

En revanche les canaux transversaux qui reliaient autrefois les rivières Fei et Kouo et que notre carte reproduit à la suite de celle des anciens Jésuites, sont depuis longtemps obUtérés et ne peuvent plus être régulièrement utihsés par les barques.

Outre les villes que nous avons nommées, il s'en trouve une autre à l'entrée du Cha-ho: c'est Tcheng-ymig-koan, grande douane et station importante où séjourne constamment une flottille de plusieiu^s milliers de barques. Ce poste situé sur le territoire du Fotig-yang-fou relève, ainsi que celui de Lin-hoaihoan {^ ffl §1), autre douane située sur la Hoai à peu de distance de Fong-yang-fou, de l'Intendant du Nord.- Les droits annuels de douane dont ce mandarin est redevable à forfait envers la cour impériale sont fixés par les Chroniqiies de 1878 au chiffire de 90 159 taëls. Suivant les indications du même ouvrage, les revenus de la douane (chinoise) de Ou- hou, soiunise au Tcu)t*ai du Wan-nan seraient affermés (|Slft) pour 156 919 taëls (1).

La ville de Yng- tcheou- fou sert en môme temps de résidence au sous-préfet du district appelé Fcou-yanq-hien (J|L |^). Une dernière sous-préfecture Ho-k*ieou-hien (f^ ^) située sur la rive droite de la Hoai, avec laquelle elle est reliée par un système de lacs et de lagunes, complète la division administrative de ce vaste département.

Borné au Nord et à l'Ouest par la province du Ho-nan, au Sud, par le LmMtgan- tcheou, le Yng -tcheou- fou confine à l'Est au Fong-yanjq-fou. Celui-ci vers le Sud a pour voisin le Liu-tcheou-fou, au Nord la province du Kia7ig-sotc et au levant, la préfecture de Se- tcheou, limitrophe elle-même du Kiang-sou, du Nord-Ouest au Sud-Est.

La préfecture actuelle de Se -tcheou occupe le Nord du département du môme nom. Au Sud de cette ville, sur les bords de la Hoai et non loin de l'entrée du lac Hong-tché, se trouve la sous -préfecture de Oii-ho, cité déserte et démantelée, munie d'un faubourg où s'est retiré tout le commerce, et connue seulement par sa douane au sel, succursale de celles de Li?i-hoaikoan et de Tcheng-yany-koan.

(1) L*on sait que de pareilles places très lucratives sont avidement recherchées; elles sont données le plus souvent à quelque officier originaire des Bannières, qui trouve moyen de faire à son compte personnel, des bénéfioMt égaux, parfois mAme supérieurs à ceux dont il est redevable à l'État.

COMMUNICATIONS INTéRIEURBS. 91

Vers le Sud-Est de cette étroit-e préfecture qui ne mesure pas moins de 200 kilom. de longueur, Hiu-i-hien {Wf BÔ) sur le bord méridional du lac, et plus loin Tien'tch'ang-hien (5Ç ^) sur les limites du Kiang-soii, complètent la série des villes du Ngan-hoei,

Nous avons déjà décrit Taspect et le relief de ces contrées. Aspect. Au Sud de la Hoai il y a de nombreuses ondulations, quelques rangées de collines. Celles qui avoisinent Gheon-tcheoti donnent de beau grès rose; d'autres proches de Foiig-yang-fou donnent une jolie pierre dont on fait des bracelets. C'est sans doute de cette pierre que le P. Du Halde parlait, lorsqu'il écrivait : «On «trouve dans les montagnes de son voisinage quantité de talc.»

Les bords de la Hoai sont couverts de souvenirs du Grand Le Grand Yu (^ifc ^). Plusieurs pagodes lui sont dédiées, en mémoire ^^' des immenses travaux de canalisation et d'assainissement qu'il aiwait entrepris dans cette contrée. Il est assez curieux de retrouver après 4 000 ans, chez un peuple dont la qualité principale n'est certes point la gratitude, une telle persévérance dans le culte du souvenir envers un illustre bienfaiteur. Sur l'un des deux pics qui dominent l'entrée de ia sous-préfecture de Hoai-yiien se dresse une pagode qui rappelle les prodiges du fondateur des Hia (3[). Le Grand Yu^ raoonte-t-on,. aurait divisé la montagne en deux pour créer à la Hoai une voie plus assurée. La pagode qui domine le roc nu contient dans sa cour un Pé'hnW'Chou {^ ^^) Salisburia adiantifolia au tronc nrronstaiieux que l'on dit avoir été planté de la main môme du héros.

Les collines de la rive droite sont généralement dénudées ; Rive droises routes sont mauvaises, couvertes de fondrières ; de nom- ^^' breuses ravines rendent les voyages k travers cette contaiée difficiles. Elle a du reste souvent un aspect assez sauvage qui contraste singulièrement avec celui des plaines de la rive gauche.

Ici, c'est l'immensité prodigieusement peuplée: l'ancienne -8*»^ ^«wmer est devenue Sahaj!U, gr&ce aux puissants apports du fleuve ^ ' Jaune, et le désert lui-même, envahi par les populations de la vieille Chine, s'est vu forcé de produire des fruits. Rien de frais et de simplement gracieux comme ces contrées, par une beUe journée de printemps, lorsque les blés étendent à perte de vue leurs vertes pelouses, découpées de loin en loin par des bouquets d'arbres qui forment la parure des nombreux villages disséminés dans la grande plaine. On appelle souvent Otw-Uc (H ^), Villages. nids, ces agglomérations rurales, et le nom convient à la chose qu'il exprime : entrez dans cette enceinte qu'entoure le plus souvent une pièce d'eau, qui sert à la fois de vivier, de défense contre les maraudeurs, et qui a procuré aux villageois la terre nécessaire pour exhausser le sol de leurs maisons; vous verrem, derrière le rideau de saules qui dissimulait ce nid humain, un amas

Culture.

aux voyageurs de n'avancer qu'en nombre : sans quoi ils peuvent être surpris par des pillards. Les gens du pays ne voyagent qu'avec ces précautions : vont-ils à quelque distance et chargés de marchandises, ils s'arment de lances, et se réunissent au nombre de 5 ou 6 chars à la fois. La vue de ces lourdes et lentes caravanes ne manque point de pittoresque : 2 ou 3 hommes gardent chaque véhicule et poussent à la roue au milieu des ornières ; ils ont dressé sur les bords du char les longues hampes en bambous que terminent un flocon- de laine rouge et la pointe de fer, comme cela se pratiquait aux &ges du Che-king.

C'est ainsi que s'avancent, par exemple, les cultivateurs de Po-tcheou qui vont à Kai-fong-fou vendre leur blé et en rapportent du coton.

Nous l'avons dit, le pays est pauvre : l' extrême densité de sa population, surtout en se rapprochant du Ho-naiiy la qualité inférieure de son terrain qui est trop sablonneux, les inondations et les sécheresses dont il souffre tour à tour, obligent les Pauvreté, habitants à la plus stricte parcimonie. Un certain nombre d'entre eux va chaque hiver chercher au Sud la nourriture que la terre lui refuse. J'ai vu l'hiver dernier ces pauvres gens manger du Teou-ping (3^)» grossiers tourteaux de fèves dont on ne se sert d'ordinaire que pour fumer les terres ou engraisser les porcs. Je les ai vus fouiller le sable pour lui dérober les racines de plantes sauvages, dont ils font à la fois leur nourriture et leur combustible, moins heureux encore que les montagnards de Ho-chan et du Kien-tè qui trouvent dans les racines de la fougère Kvué (]^) et du Ko (^ Pachyrhizus trilobus), la matière d'une farine passable.

Et pourtant ils sont obstinément attachés à leur pays. Cette année, le bruit avait couru dans le district de Po-tchemi qu'on allait démembrer chaque famille et envoyer au loin comme colons de nouvelles terres, les seconds fils de chaque famille pauvre. Cette rumeur alarma les habitants des campagnes qui protestèrent contre une telle mesure et les choses en restèrent là.

Tandis que dans le segment du centre, outre le blé et les fèves que l'on mange en brouet (fj| |R), on cultive le riz sur une large échelle, les plaines du Nord insuffisamment arrosé.es ne peuvent produire cette dernière graine. Au mois de Juin, l'on fait la première récolte, qui est de blé ; puis l'on sème les fèves, le sorgho et, plus au Nord, le millet. Le sorgho est une plante d'une grande utilité dans ces pays pauvres; de sa graine on fait du pain, bien grossier il est vrai, du brouet, de l'alcoolsi cher aux gosiers du Nord; et ses chaumes servent de chauffage et de couverture pour les toits.

La paille de blé soigneusement empilée et recouverte d'une couche de boue est réservée à la nourriture des bestiaux, dont il existe de belles races, malheureusement nourries d'une façon insuffisante.

Nourriture.

Les échanges avec les pays voisins sont très peu nombreux; Echnnges. si la récolte est insuffisante, l'on achète du blé au dehors; dans ce cas, lu riz môme est parfois meilleur marché. Le coton, qui vient du Ho-nan, est filé et tissé par les femmes qui trouvent à ce travail un très maigre profit.

Quoique la campagne soit couverte de bouquets d'arbres, Bois. ceux-ci fournissent peu de bois de construction ; l'on trouve des mûriers, quelques acacias (i^ J^) dont les planchés sont utilisées pour faire des mangeoires," puis des i^ J^ Tch*eou-chou. Le reste est insignifiant. Aussi le bois employé dans les maisons est-il nul, et le mobilier des maisons et des auberges se voit réduit à des proportions telles qu'on se croirait chez les plus misérables peuplades d'Afrique.

Outre les environs de Fo)ig-yang-fou et les campagnes de Tahàr. Lieou-fou (SU J^), au S. O., la ville de Ou-ho cultive une assez grande quantité de tabac qu'elle exporte à Soei-ning-hien (J|| ^) au Kia7uj'S0U.

Inutile de dire que l'entretien des routes est au Nord aus- En^reti^n. si nul que dans les autres contrées. Les mandarins n'en ont cure. Quand les propriétaires riverains ont négligé de réparer une route trop maltraitée, les chariots font un détour et passent sur leurs champs.

A la saison des pluies, les roues de ces véhicules sont remplacées par de larges patins en planche : ce char d'un nouveau genre, appelé Tcnio-tch^é glisse sur la boue des chemins, tandis que l'attelage disparait dans la vase jusqu'au poitrail.

Il y a peu ou point de ponts. J'en vis un jour, sur la Fei, Pont». un assez curieux, & trois arches ogivales.

Les poncoaux en pierre sont assez communs, mais l'absence de ponts suffisants sur les canaux plus larges est cause que les riverains multiplient en travers des cours d'eau, les barrages en terre pour faciliter le passage de leurs chars. Ces obstacles, ajoutés à ceux que les pêcheurs créent sans cesse dans le lit des canaux, contribuent pour une bonne part aux malheurs dont souffi'e chaque année une partie de la population.

Les deux rivières de la rive droite qui coulent sur les limi- Transies du district de Cksoii-tcheou sont navigables à partir de Wa- P^'* ^''** pou (% i$.) et de Pé-lou-k'iao (^ j|f ^). De Fong-yang-fou un étroit cours d'eau, d'accès difficile, conduit à Lin-hoai-koan (18 H). Sur la rive gauche, la rivière Koei est navigable pendant 100 li et plus, jusqu'à Nan-p^ing-tsi.

Les barques qui remontent la Hoai transportent du sel Sel. pour la plus grande partie ; leur nombre est considérable, et plusieurs d'entre elles peuvent charger 120 000 livres.

Au retour, elles reviennent à vide, ou chargées de fèves. Utilisant un jour l'une de ces barques, j'appris de son patron les détails suivants : C'est au portage de Si-pa fgf J^) non loin

Brouettée.

Porteurs.

Chars.

Anes.

Voitures.

de TsHng-Jdang (ou ^ ^) sur le Canal impérial (^ fjj), que les barques de la Hoai vont faire leur chargement. Une barque de tonnage moyen, comme était la nôtre, peut porter 200 pao de 103 livres. Nos bateliers avaient loué leur barque, à raison de 200 sapèques par pac, à un marchand de sel qui avait payé cette marchandise 1 500 sap. à Si-pa, et ils avaient conduit le chargement à 520 li en amont de Ou-lio-hien. Les droits de douane perçus sur cet itinéraire avaient considérablement augmenté le prix de cette denrée au terme du voyage : nos gens m'assurèrent qu'une tare de 500 sapèques par paOy avait été exigée deux fois, ce qui porterait à 1 200 sap. les frais de transport, et doublerait presque le premier prix d'acquisition.

La barque dont nous venons de parler, ne nous coûta pour le même parcours que 4 à 5 mexicaines. Mais pour remonter la Hoai le prix eût été plus considérable.

Bien que les transports se fassent généralement en chars, à l'intérieur des terres, on rencontre aussi des brouettes. Les prix sont les mêmes qu'au Sud; en moyenne 7 sap. par Zt, nourriture comprise ; paorfois 4 ou 5 sap. suflSsent.

L'on trouve peu de bons porteurs dans im pays où les bêtes de somme abondent. Ceux qu'on emploie du reste ne vendent pas cher leurs services : généralement 100 sap. par jour et la nourriture leur suffisent; ailleurs, il faut donner 150 sap. Vers le Nord j'ai rencontré des brouettes à double paire de brancards, appelées Hong-tch'é; j'en ai vu d'autres utihsant le vent favorable au moyen d'une voile. Les conditions de transport sont les mêmes que pour les autres instruments.

Les chars à bœufs (3 bêtes et 2 hommes) se louent de 500 à 800 sap. sur les bords de la Feiy et peuvent fournir des étapes de 80 li par jour. Ce sont en général des bêtes trop maigrement nourries, et pour de longs voyages, on en attelle jusqu'à 5 ou 6, là où une bonne paire de bœufs de nos campagnes de France suffirait.

Du côté de Tai'hO'hien, les ânes employés comme montures ou comme porteurs ne coûtent que 5 sap. par li. De Ouho à Soei-ning-hien (170 li), un âne chargé de 180 livres de tabac ne coûte que 800 sap. tous frais compris. J'ai fait avec une mule et un âne de louage une autre course de 420 liy de l'Est à l'Ouest de la plaine. Je nourrissais les bêtes et leur unique guide et je donnai 4 mexicaines en tout, sans avoir à m occuper du retour. Et la course était bien payée.

Outre les chars pesants dont il a été question plus haut, il en est un autre, à l'usage des voyageurs aisés, sorte de caisson soutenu siu: deux roues à rais, et conduit par deux mules. Ce mode de locomotion est rapide et relativement assez commode, mais il est coûteux. Ainsi la route de Po-tcheoii à Tcheou-kiak*eou (240 li) est franchie en deux jours et demi par ces attelages, mais les frais de ce voyage peuvent monter jusqu'à 8

tiao de sapèques. De Fei-ho-k^eou à Lcni-i-hien {^ J^) ou à Tai-}w-hien ( 80 li) le trajet coûte 2 400 sap. De fait, ce simple voyage aller et retour suppose environ 3 jours, et ne met encore la journée qu'à 800 sap. — Il paraît que pour de plus longs parcours, Ton peut traiter à des conditions plus avantageuses, et ne donner par exemple qu'un tiao (^ 1 000 sapèques) par jour de marche, sans s'occuper du retour.

L'on trouve de ces voitures surtout depuis Yng-changhien jusqu'à Po-tcJieon et sur la route de Se-tcheou au Ho-nan.

Il y a peu de chaises à porteurs au N. de la Hoai ; maisC//«isM. sur la grande route venant de Nankin et sur celles qui conduisent au Ho- wa/i, on rencontre des litières dont les brancards sont portés par des ânes ou par des mulets.

Les auberges de cette région, nous le répétons, sont Aubergeti. d'une pauvreté remarquable ; excepté à Soii-tcheou où nous avons trouvé dans une hôtellerie quelque mobilier, toutes les auberges où nous nous sommes arrêtés sont dénuées des instruments les plus indispensables ; on couche à terre, heureux lorsqu'on peut se procurer une natte ou quelques planches, voire môme de la paille. Quant aux tables de ces réduits elles atteignent rarement plus d'un pied d'élévation.

En général 100 sapèques suffisent à la nourriture d'un voyageur par jour, frais d'hospitalité compris. En route, l'entretien d'un mulet s'élève à un chiffre plus considérable. L'on demande 80 sap. par bête rien que pour la paille et le son consommés en une nuit.

Tous ces détails sans doute sont vulgaires et manquent d'intérêt pour la plupart des lecteurs, aussi bornerons-nous ici notre étude sur le Ngan-hoei.

Les anciens missionnaires do Chine, après avoir énu- Misère. méré les ressources d'un pays qu'ils considéraient comme «l'une des plus fertiles portions de l'univers», se voyaient cependant contraints d'ajouter aussitôt : «Il est pourtant « vrai de dire que le plus riche et le plus florissant Em- « pire du monde, est dans un sens assez pauvre : la terre, « quelque étendue et quelque fertile qu'elle soit suffit à peine « pour nourrir ses habitans : on ose dire qu'il faudrait deux « fois autant de teiTes pour les mettre à leur aise. » ( Du Halde )

98 LA PROVINCE DU NOAN-HOBI.

n y » un siècle et demi que cette remarque judicieuse a été faite et on comprend qu'elle n'a rien perdu de sa valeur, au contraire. Aujourd'hui, si la population a doublé au Nganhoeiy depuis les temps du P. Du Halde, c'est «quatre fois autant de terres » qu'il faudrait écrire- La misère est donc grande, très grande môme, dans la population rurale, surtout chez celle du Nord. Or, continuerons-nous avec le même auteur, « une misère extrême « porte à de terribles excès : ainsi quand on voit les choses « de près, on est moins surpris que les parens exposent pluie sieurs de leurs enfans, qu'ils donnent leurs filles pour escla- « ves, et que l'esprit d'intérêt anime un si grand peuple : on « s'étonne plutôt qu'il n'arrive pas quelque chose de plus funesff te, et que dans les temps de disette, tant de peuples se « voyent en danger de périr par la faim, sans avoir recours aux a violences, dont on lit tant d'exemples dans les histoires de « l'Europe. »

Malgré les désordres partiels qui troublent parfois la paix des campagnes au Nord de la Hoait nous avouons partager l'étonnement de notre auteur, à la vue de ces peuples qui souffrent en silence, et que l'excès seul de leurs misères, exploité par quelque aventurier, parvient à soulever à de rares intervalles, contre un régime aussi égoïste dans ses actes, qu'il est libéral dans ses protestations.

Retnèden. - Nous avous déjà indiqué plusieurs améliorations qui pourraient contribuer au bien-être de cette province. La canalisation de la plaine du Nord serait pour la population qui l'habite un immense bienfait. Le reboisement des montagnes, l'exploitation des mines, la mise en culture d'un gi*and nombre de collines basses actuellement délaissées comme moins productives, l'élevage du l:>étail, le perfectionnement de Toutillage aratoire enrichiraient les contrées du centre et du Sud. Le bon entretient des ponts et des chaussées, l'extension de la navigation à vapeur, et surtout la construction de voies ferrées assureraient la sécurité et la rapidité des échanges et du ravitaillement dans les temps de disette.

Mais pour tout cela, il faudrait une administration sage ot prévoyante, il faudrait des travaux publics, et dès lors de l'ordre, des notions scientifiques, l'abandon d'un sot orgueil et de préjugés fanatiques, il faudrait de l'honnêteté surtout dans la perception des taxes, dans la dispensation des fonds publics, il faudrait du dévouement de la part des pouvoirs publics. Les institutions, les caractères de la Chine sont-ils mûrs pour de telles réformes, éminemment humanitaires ? Nous voudrions l'espérer, mais il est une parole du décret précité du 30 Juin dernier, qui nous laisse peu d'espoir de voir s'accomplir ces progrès à l'époque où

nous vivons. Cette parole est dure & ceux qu'elle flagelle et nous n'eussions point osé la prononcer nous-môme ; mais puisqu'elle appartient désormais à l'histoire officielle, nous nous ferons, en la citant ootnme trait final, l'écho de l'Empereur attristé :«»iSSjBi-^tiEl|fc*^'&*»l»B

^ tt 1ft% ^ ^69 détournements frauduleux des mandarins tt préposés aux douanes de toutes ces provinces sont très c considérables. Ces fonctionnaires ont usé de mille four» « beries pour remplir leurs poches. Ils ont fait des recettes « importantes et n'ont rendu compte que d'une faible partie « de ces sommes» de telle sorte que les revenus de l'Empire « n'y trouvent nul profit. Un tel désordre, une telle super- « chérie» sont en vérité dignes de douleur et de réproba- « tion. »

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