AVERTISSEMENT
L'en-tête même de cette étude indique qu'elle voudrait se limiter à quelques points spéciaux de symbolique décorative. Peut-être semblait-il préférable de circonscrire le champ de ces recherches aux seuls faits intéressant la croix proprement dite : au cours de nos travaux, il nous devint bientôt évident que ce plan n'était exécutable qu'aux dépens de Texactitude et de la netteté, et sous peine de négliger toute une série de documents, accessoires sans doute, mais qui, outre leur intérêt archéologique, projettent un surcroit de lumière aux abords du point principal de la thèse. Donc, sans céder à la tentation de donner au sujet plus d'ampleur qu'il n'en comporte, j'essaierai tout d'abord, dans des considérations préliminaires sur la fausse croix, ou swastika plf, d'établir les relations probables qui éventuellement rattachent ce signe à celui de la croix véritable. Le reste — la majeure partie — aura pour objet ce dernier symbole, caractéristique rationnelle de la Religion du Christ.
Un mot sur notre essai d'illustration indigène. Outre notre part personnelle, les menus dessins sont l'œuvre de mains chinoises; ils ont été ensuite gravés. Sillon les antiques procédés du pays, — bois de fil, couteau et fac-similé au trait, — sur des blocs de Ginho biloba ou Salishuria adiantifolia, très employé autour de nous pour ce genre de gravure. (1).
Quant à la romanisation des caractères, le système suivi est celui du Cursus litteraturae sinicœ du R. P. Zottoli. Les lignes cidessous, indiquant par des mots français la prononciation chinoise analogue, en rappelleront suf&samment l'économie. Négligeant tons et accents, on y insiste spécialement sur certaines anomalies qu'on a laissé subsister dans ce système pour respecter, autant que possible, la figuration traditionnelle des anciens missionnaires. Après tout, dans l'impression des ouvrages européens, Vuniformité de romanisation importerait beaucoup plus que la logique, ou la perfection relative dans un système quelconque, car le système choisi restera toujours conventionnel et ne sera jamais qu'un guide par à peu près, l'accord désirable dût-il se faire, au moins pour chacune des principales langues étrangères.
Remarque générale. Les voyelles isolées ont la même valeur qu'en français. Les consonnes prononcées sont partout dans le même cas, sauf quelques particularités :
(1) Nous avons cherché à en exposer le mode et les conditions dans le n° de man 1890 des Etude» n^digieuêett phihtophiquat hittoriques et liUérairei,
1® Al équivaut à è, v. g. lai, tai, pat, mai, sai = «laie, taie, pâte, mets, c'est.» En quelques endroits cette syllabe se mouille comme «tayaut, taillis.»
2'' AN non suivi de g se prononce comme dans <c faim, sien, teint, enfin.» On a admis cette figuration parce qu'en quelques Provinces AN équivaut à ane dans «plane, fane, platane. » Donc la syllabe chinoise pan pourrait se représenter par les mots «pain et panne», tandis que les mots «pan, paon et pendn figureraient la syllabe pang. Au demeurant, la ville de Ki-ngan fou peut exactement se figurer par les trois mots «quine-gain fou.»
3® AO indique Yo de «sort, port, or», (sauf en quelques provinces ou l'A se sépare, mais demeure très bref). Ainsi siao se trouve dans «national, passionné, actionnaire, — tao dans «t'orfèvre», — mao dans «morale.»
4^ EN, IN, UN, se prononcent comme dans «ennemi, mine, lune»; — lEN, comme dans «mien, bien, sien.»
5® G final est muet et négatif. Son rôle est d'indiquer que an^ et ong prennent le son nasal qu'ils ont dans: «sans, rang, long». Les monosyllabes : Lang, fang, hong, tang, sang, lang, sang, reproduisent les sons de cette phrase un peu barbare : «L^enfant content sent Tencens.»
Toutefois G n'est pas signe de nasalité dans les finales ing ou eng; v. g. hing, ding, sing, cheng, ping équivalent presque à fnquine^ digne^ signe, prochaine, trépigne, y>
6® H initiale devant a, e, o, ou, ai, ang, ong, indique une aspiration énergique manquant en français, une sorte d'R gutturale, prononcée du gosier en grasseyant fortement, quelque chose comme J (jota) en espagnol.
^ 7® H initiale devant i équivaut toute seule à ch, v. g: /ii=chi; hia=chia; /iien=chien; /iio=chio; hiu=chiu; /iiai=chiai, de «Achiéres», — K'ang-hi se prononcera comme dans «un camp c/iinois.»
8® LIANG se fait entendre dans «concitïant»; — LlUdans «retiure»; — LIEOU dans «Coltioure»; — CHOEI dans «éc/iouer»; LU dans «étu» etc..
9^ LIAO se rencontre dans «gatiote, soutiote.»
D'après ces règles, Chang-hai hien pourrait s'écrire «Chant, hait, chien», pourvu qu'on exagère violemment l'H de hait. Aussi est-ce bien à tort, et au mépris de toute ressemblance phonétique, que les Anglais ont transformé Chang-hai en Shanghaï, prononcé Chan-gaye, le son final é devenant une diphtongue.
TABLE DES MATIÈEES.
PKEMIERE PARTIE.