Sur le pomerium, voir ci-dessus, p
4. JoKDAN, das Templum dese Syriae in Rom. dans 17fe/'mès, t.VÎ,1872, 316 ; — MAnQUAHDT-MoM.MSEX, Mon. des Antiq. rorn., Irad. franc., t. XII, le Culte, 1, p. 44; — 0. GiLUEHT, Gesch. und Topogv. d. St. Rom, t. 111, p. 66.
5. Aust, de .'Edibus sacris populi romani, Marburg, 1889, p. 47; — Mommsen, der Beligionsf'revel nach rômischen Recht, dans Vllistor. Zeisfch., Neue Folge, t. XXVI II, 1890, p. 405 ; — Wissowa, op. cit.
l'arrivée du serpent d'épidaure 173
pomeriwn, mais seulement ceux qui sont empruntés à des pays de langue étrangère, à la Grèce. Festus distingue parmi eux deux groupes. Les uns ont été introduits ii Homo en temps de guerre, à la suite d'une evocatio ; les Romains avaient coutume de promettre des temples aux dieux protecteurs des cités qu'ils combattaient ; ils les attiraient à eux, ils les faisaient passer pour ainsi dire dans leur propre camp ; Macrobe nous a conservé la formule par laquelle on les évoquait'. Les autres ont été introduits en temps de paix par scrupule religieux; Festus cite i)récisément comme exemple Esculape'-. Cette distinction est fondée, mais Festus n'en a pas découvert la juste raison. Elle ne repose pas sur la différence des circonstances dans lesquelles on a fait appel à ces divinités, mais sur la différence des pays d'où elles sont originaires. Au premier groupe appartiennent tous les dieux des peupla<les italiques, de même race que les Romains et parlant la même langue ; ils ne sont pas entrés à Rome seulement par le moyen de ï evocatio et en temps de guerre, ainsi que la Jiino Regina de Voies, mais encore en tem})s de paix, à la faveur des relations commerciales, ainsi que la Diane d'Ariccia ou la Fortune de Préneste. Au second groupe appartiennent les dieux helléniques, qu'on a fait venir par dévotion, ob qiiasdam religiones, sur le conseil des Livres Sibyllins; ils ressemblent beaucoup moins que les précédents aux divinités romaines primitives. Aussi les uns et les autres n'ont-ils pas été admis à Rome sur le même pied. Les temples dédiés aux divinités italiques pouvaient s'élever indifféremment à l'intérieur du pomeriian, comme celui de la Miner va Capta de Faleries au Cœlius, ou à l'extérieur, comme celui de la Juno Regina de Voies sur l'Aventin. Les temples dédiés aux dieux grecs, Cérès-Déméter,
1. Machob., 111, 9, 7-8 (à propos de révocation de la Juno carthaginoise par Scipion Emilien) : Si deus si den est cui populiis civitasque Carlhnçjiniensis est in luteln, teque maxime Ule qui urhis hujus populiqiie lutelam recepisti,precor venerovque, veniamque a vobis peto ul vos populum civitalemqiie Carthaf/inienseni descratis; loca, lempln sacra, urbemqiie eoriim relinqualis absque his abeatis e/qtie populo civitalique metum, fovmidinem, oblivionem injiciatis, prodiiique Roma)n ad me meosque veniatis nostraque vobis loca, templa sacra, urbs acceptior probaliorque sit, mihique popiiloque romano militibusque meis praeposili silis ; ul sciamus intelligamusque si ita fecerilis, voveo vobis lempla ludosque facturum.
2. Festus, p. 237 : Peregrina sacra appellantur quoe aut evocatis dis in oppugnanlihus urbibus Romain sunl conata aut qtise oh quasdam religiones per pacem stuil petila, ul ex l'hri/gia Malris Marjnœ, ex Grsecia Cereris, Epidauro Aisculupi.
j74 LE SANCTUAIRE D ESCLLAPE
Apollon, Esculape, s'élovërent hors du porneriwn, les premiers au Champ de Mars, le dernier dans i'ile tibérine. Cette règle ne souffre pas d'exception ; si le temple voué à Castor et Pollux, après la bataille du lac Régille, était situé au cœur de la ville, dans le Forum, c'est que les Romains ne devaient pas le culte de ces deux divinités à la Grèce même, mais à la ville latine de Tusculum, où les Dioscures étaient particuHèrement honorés ; Castor et Polliix furent accueillis d'abord à Rome en qualité de dieux italiques ^ .
Ramenée à ces termes, la théorie d'Ambrosch reste vraie, au moins pour les premiers siècles. La seconde restriction qu'on doive faire concerne la durée du temps pendant lequel la règle de l'exclusion àw pomeriwn fut observée. Les cultes apportés des pays de langue étrangère ne sont pas toujours demeurés jusqu'à la fin de la République hors de la cité. Dès la seconde guerre punique des monuments consacrés à des divinités grecques ou même orientales sont édifiés à l'intérieur du pomerium. En l'année 537/217 on voue sur le Capitole un temple à la Vénus gréco-sicihenne du Mont Eryx~; en 563/191 est inauguré sur le Palatin môme, dans le quartier le plus ancien et le plus vénérable de la ville, le sanctuaire de l'asiatique Magna Mater de Pessinonte^. Les barrières opposées à l'envahissement des cultes pérégrins sont tombées bien plus tôt qu'Ambrosch et Jordan ne le pensaient. La loi religieuse qui défendait jadis d'admettre les dieux helléniques ou orientaux en deçà du pomerium fut très vite oubliée^. Le souvenir s'en était tout à fait perdu sous l'Empire ; les érudits euxmêmes l'ignoraient : aussi Pline, Festus, Plutarque n'ont-ils pu s'expliquer qu'on ait mis le temple d'Esculape dans l'île tibérine.
Pourquoi le temple d'Esculape fut construit dans l'île. — Le culte du dieu de la médecine est essentiellement hellénique;
1. Cf. M. Albeut, le Culte de Castor et de l'ollux en Italie, Paris, 1883.
2. AusT, op. cit., p. 19, n°' 43 et 44, et p. 49; — Wissovva, loc. cit., p. XII. En même temps que le temple de Vénus Erycine et auprès de lui fut élevé un temple à la déesse Mens, qui ne serait, «l'après Prelleh-Joudan. Rœm. Mylh., t. 11, p. 26ij, qu'un aspect particulier de Vénus, Venus Mimnernia.