LE VAISSEAU D ESCULAPE
se décidèrent à invoquer l'assistance d'une divinité étrangère, l'Asklépios grec, père et protecteur de l'art médical. Une ambassade se rendit à Epidaure, où se trouvait son principal sanctuaire. Asklépios eut pitié de la détresse des suppliants. Le serpent sacré en qui il s'incarnait s'embarqua sur leur vaisseau et gagna Rome avec eux. Ils remontèrent le Tibre jusqu'à la hauteur de la ville. Parvenu au terme du voyage, le serpent abandonna de lui-même le navire qui le portait et descendit dans Tile tibérine : il montrait ainsi que le dieu de la médecine avait l'intention de fixer sa demeure à cette place et qu'il désirait y voir construire un temple en son honneur. Le fléau cessa aussitôt, et l'on édifia dans l'île le sanctuaire d'Esculape ^
La décoration de l'île. — Pour rappeler à jamais la venue du serpent divin, on donna artificiellement à l'Ile tibérine tout entière la forme d'un vaisseau. Elle reproduisit en plus grandes proportions le dessin et les contours de la trirème qui avait ramené d'Epidaure les ambassadeurs romains et le symbole d'Esculape. 11 reste quelques vestiges visibles de la décoration qui lui fut alors imposée. Jordan les a étudiés avec soin, et l'article qu'il leur a consacré est certainement le plus exact et le plus complet qui ait paru sur la matière-. Il est singulier que Becker ait nié l'existence de ces ruines, bien souvent signalées avant lui et conservées jusqu'à nos jours 3; mais Becker, on le sait, étudiait la topographie romaine à distance, d'après les sources littéraires exclusivement. Maintenant encore, de la rive gauche du Tibre, quand le bras du fleuve qu'obstruent les ensablements est à sec — c'est-à-dire pendant la plus grande partie de l'année, à l'exclusion seulement des rares moments de fortes crues — on aperçoit très bien, presque à l'extrémité sud-est de l'île, sous le petit escalier du pavillon de la Morgue, un fragment de construction antique comprenant plusieurs assises de blocs massifs superposés. Avant que la récente f^ystématisation du Tibre eût entièrement changé l'aspect de Tile, d'autres débris, de moindre importance, apparaissaient çà et là sur son pourtour. Quelques pans de murs d'époque
1. Les textes relatifs à cette légende seront étudiés et critiqués plus loin, p. lo2.
2. Jordan, Sugli avanzi delVantica decorazione deWisola tiberina, dans les Ann. dell'Instil. archeoL, 1867, p. 389. — Voir aussi, du même auteur, Topogr. d. St. Rom, t. I, 1, p. 425.