‹ L'île tibérine dans l'antiquitéChapitre 12 sur 237 · Becker, op. cit., p · texte numérisé non relu

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romaine, que baignaient les eaux du fleuve, sont indiqués par les meilleurs plans d'autrefois, celui de Nolli, par exemple, en 1748 et celui de Delannov en 1832; ils faisaient partie, eux aussi, du revêtement en pierre de ce gigantesque vaisseau ^ En

1867, Jordan signalait, après Piranesi, la présence, à la pointe méridionale do l'île, mais vers l'ouest, de trois ou quatre rangées

1. LHsolellû, ce petit îlot que le courant du fleuve avait détaché de l'île même en amont, renfermait des murs antiques qui sont marqués sur les plans et mentionnés par les archéologues des derniers siècles. Venuti, Descriz. topogr. di Roma, éd. de 182i, p. 1"4 : Jn oggi si vede la separazione in due parti delVisola tiberina cagionata ne lempi bassi dalVescrescenza del Tevere,

FiG. 5. — FRAGMENT DE LA DÉCORATION SCULPTÉE DE l'iLE TI13ÉRINE

{Annali dclV Insliiuto archeoloyico, 18G7, pi. K, 1).

FiG. 0. — FRAGMENT DE LA DÉCORATION SCULPTÉE DE L'ILE TIBÉRINE

D'après une photographie prise par M. René Patouillard en i899.

de pierres dépassant à peine le niveau du Tibre K En 1882, M. Lanciani distinguait nettement à cet endroit, « sous la poupe k droite », c'est-à-dire sur le bras droit du fleuve, d'abord quatre rangées de pierres, puis, un peu plus loin en amont et séparées des précédentes par un léger intervalle, trois rangées-. Tous ces restes épars et abîmés de la décoration de l'île ont disparu en ces dernières années, soit qu'on ait achevé de les détruire, soit que les murs des quais nouveaux les cachent aux regards. Mais la place de chacun d'entre eux est bien connue ; il suffit de relier ces différents points les uns aux autres pour retrouver la forme môme qu'avait jadis l'île tibérine et le tracé de son revêtement extérieur.

Le fragment conservé. — Le seul fragment qui subsiste était aussi, parmi tous ceux dont on a gardé le souvenir, le plus intéressant. Malheureusement les sables qui s'accumulent dans le bras gauche du Tibre empêchent de le voir tout entier ; bientôt, si l'on ne prend pas soin de maintenir ses abords dégagés, il sera enseveli sous les alluvions. M. René Patouillard a obtenu l'autorisation, au mois de mars 1899, de faire des fouilles aux alentours ; il a pu procéder à un déblaiement assez complet. Pour se rendre compte de la disposition et du style de ce fragment de construction, il faut se reporter à la belle planclie de Piranesi, faite, semble-t-il, d'après nature et suffisamment exacte •'', au dessin publié par Jordan lui-même ^,

e alVestremilà dell'isoletta formata corne dissi, si ravvisano gli avanzi delV antiche sostriizione delVisola tibevina... corne pure gli avanzi di un riparo fatto ne' tempi bassi aile ulteriori devaslazioni delVisola e coslruilo di macigni, travertini e tufi solli dalVaccennale costruzioni. — Ces murs appartenaient au revêtement de la pointe d'amont de l'île. C'est eux peut-être qu'on aura souvent pris à tort pour les ruines du temple de Faunus. Voir ci-dessous p. 291.

1. PiRAXF.si, Campo Marzio, Rome, 1762, pi. XI; — Jordan, A7in. delVInslil. archeol., 1807, p. 393.

2. Note manuscrite communiquée par M. Lanciani : Il giorno 26 fehbraio 1882, ho vedulo le acque le piu basse clie io ricordi, chiari e trasparente e verdine corne quelle di un torrente monfano... [ho vislo) nelV isola : a) 4 ordini di piètre solto la poppa a. dexlra; b) altro avanzo di tre ordini di piètre ; c) frammenlo noto pritna. Sur un croquis sommaire joint à cette note et fait à la même date les trois emplacements sont indiqués.

3. PiKANKsi, Antichità romane, Rome, 1756, t. IV, pi. XV. C'est d'après cette planche qu'a été dessinée la gravure publiée par Canina, gli Edifizi di Roma antica, Rome, 1848-1856, t. IV, pi. CCXLll.

A. Ann. dell' Instit. archeol.,l8&l, pi. K, 1.

LE VAISSEAU D ESCLLAPE 37

à la photographie donnée par M. Lanciani^, et à celle, plus nette, qu'a prise M. René Patouillard en 1899.

Il comprend deux parties : en haut, des blocs de travertin, soigneusement travaillés ; au-dessous, des blocs do tuf, plus grossiers. Les assises de tuf, qui s'enfoncent profondément, servent do soubassement aux huit assises de travertin, composées de blocs de diverses grandeurs et inégalement avançants-. Ces dernières représentent le flanc d'un navire. La courbure des lignes générales indique la direction de la quille. Une rangée de pierres proéminentes correspond à la r.ipzooç, rebord extérieur qui faisait tout le tour du vaisseau ancien. Un buste humain brisé, que supportait un pilastre, rappelle l'enseigne ou 7;apac-Y;[7.a; la figure a disparu, il ne reste plus que les épaules et quelques cheveux; la présence, à côté du buste, d'un bâton sur lequel s'enroule un serpent, prouve que le personnage dont on avait reproduit ici les traits et les emblèmes était Esculape. Plus loin une tète de bœuf, sans oreilles ni cornes, fait sailhe ; peut-être servait-elle à amarrer des cordages; Jordan la compare à ces grandes tètes de bœuf, d'une facture analogue, qu'on a retrouvées au théâtre de Vérone, où elles semblent avoir été utilisées pour soutenir le vélum. Tuf et travertin, protome et bucrane, voilà tout ce que le temps a respecté.

Etat des ruines au XVT' siècle. — On a cru quelquefois qu'il y avait dans l'ile au xvi" siècle des ruines plus considérables, et qu'elle possédait encore à cotte époque son parement de pierre presque complet. Un dessin du recueil manuscrit de Fulvio Orsini, à la bibliothèque Vaticane, la montre émergeant du fleuve comme une trirème; ses bordagos intacts sont ornés de toute une série de bucranes et de protomes espacés '\ La plupart des vues qui illustrent les recueils de gravures composés à l'époque de la Renaissance par les archéologues et les architectes romains paraissent inspirées de ce dessin et donnent à l'île tibérine, comme lui, l'apparence d'un véritable navire, plus ou moins bien conservé ; les plus connues sont celle de Boissard, très souvent reproduite'', et celles de Gamuc-

i. R.LANCiAxi,Pa7an and Christian Rome, Londres, 1892,p. 61. — Cf. diimême auteur, the Ruins and Excavations of ancient Rome, Londres, 1897, p. 19.

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