C. I. L., VI
différents, sans doute au temple d'Esculape lui-môme et aux portiques qui l'entouraient. Deux d'entre elles, l'une à droite dans la nef, l'autre à gauche, sont supportées par des bases assez bien conservées, toutes pareilles, d'ordre corinthien, hautes chacune de 0'",28, que décorent des palmettes, des fleurons, des perles ; la base de droite a gardé en partie son
FiG. 22. — BASE d'une colonne antique dans l'église saint-barthélemy. D'après une photographie prise en 1899.
chapelet de perles; sur celle de gauche il a disparu. La première repose sur un soubassement rectangulaire qui mesure C^jSG de longueur sur 0", 11 de hauteur; la seconde s'appuie directement sur le sol de l'église. 11 paraît bien certain que la plupart de ces fragments antiques proviennent du temple et de ses annexes. L'église chrétienne a succédé au sanctuaire païen.
Discussion d'une hypothèse de Canina. — Malgré toutes les raisons qui militent en faveur de cette opinion, Canina l'a contestée. Il a émis l'hypothèse que le temple d'Esculape était placé non pas à la pointe sud de l'Ile, mais dans la partie centrale, entre l'église actuelle de Saint-Jean-Calybite et le pont Cestius^ Il s'appuie sur le texte d'Ovide cité plus haut et sur
1. Canina, Siil tempio dl Giove nelV isola tiberina, dans le Bullett. dell Instit. archeol., 1854, p. xxxviu. — Sur l'un des deux plans restaurés de l'île tibé-
LE TEMPLE d'eSCULAPE ET SES DÉPENDANCES 187
quelques mots d'un érudit de la Renaissance, Mazocchi. D'après Ovide, le temple d'Esculape et celui de Jupiter se trouvaient à côté l'un de l'autre, ils étaient reliés l'un à l'autre, cepit locus
mius iitnmique juncta templa. Or une inscription sur
mosaïque dédiée à Jupiter Jurarius, qu'on a découverte en 1854 dans les fondations des dépendances de Saint-Jean-Cal vbite, un peu à l'ouest de l'église, nous renseigne sur la véritable position de l'un de ces deux édifices^; elle nous fait connaître par cela môme la position du second, qui, on le sait, lui était contigu. C'est au centre de Fîle, sur la même ligne, au nord de la via intpr duos pontes, qu'Esculape et Jupiter avaient dans l'antiquité leurs demeures ; celui-ci était plus rapproché du pont Fabricius, celui-là du pont Cestius. La plupart des compilations épigraphiques des xv'' et xvr siècles affirment qu'une inscription relative au culte du dieu de la médecine a été trouvée devant l'église Saint-Barthélémy. Mais Mazocchi, le plus ancien des auteurs qui la rapportent, déclare simplement, sans parler de l'église, qu'il a vu l'inscription in donio D. Marci de insula-. Ces mots ne signifient pas : dans l'église de Saint-Marc de insu/a; il n'y a jamais eu d'église de ce nom. Il faut traduire : dans la maison d'un certain Marc deWisola. Mazocchi parle de ce texte en terminant sa description de l'île tibérine, immédiatement avant de s'occuper du Transtévère. Marc deir isola habitait donc à l'ouest de l'île, auprès du pont Cestius, par lequel on passait sur la rive droite du Tibre. La place de l'inscription indique celle du temple auquel elle appartenait primitivement.
Aux deux arguments qu'avait fait valoir Canina, Preller, qui adopte son hypothèse, en ajoute un troisième"'. On a recueilli, en 1854, auprès de Saint- Jean-Calybite et de la mosaïque de Jupiter Jurarius, des ex-voto en terre cuite représentant diverses
rine qu'a donnés Ganixa, Archiiettura anlica, t. IIJ, pi. CVIII (Voir plus loin, p. 323), le temple d'Esculape occupe exactement le centre de l'ile, et le temple de Jupiter, la pointe d'aval : hypothèses que contredisent tous les textes littéraires et épigraphiques. Sur l'autre plan restauré, (jli Edifizi di Roma antica. t. IV, pi. GCXLl (Voir plus loin, p. 325), Canina a tenu compte des découvertes de 1854 : il place encore le temple d'Esculape au centre de l'île, mais ceux, plus petits, de Jupiter et de Faunus lui sont contigus, le premier du côté de la rive gauche du Tibre, le second du côté de la rive droite ; tous les trois ont la même orientation.
1. a. I. L., I, 1" éd., HOo, et VI, 379. — Cf. plus loin, p. 236.