Voir notamment Pausan., 1, 21 et 31; II, 26; V, H
LE TEMPLE d'eSCULAPE ET SES DÉPENDANCES 201
liqiio bien connu, par une urne renversée, d'où l'eau s'échappe et où vient s'abreuver le serpent d'Esculape. Or, dans l'église actuelle de Saint-Barthélémy, devant le niaitre-autel, encastrée dans les marches qui conduisent de la nef principale au chœur surélevé, on voit l'ouverture circulaire d'un puits, maintenant tari. Des sculptures et des inscriptions médiévales décorent la margelle : elles datent du xn'' siècle, du règne d'Otton m, qui mit sous l'invocation de saint Barthélémy l'édifice d'abord consacré à saint Adalbert. Les sculptures sont réparties en quatre i)anneaux et représentent quatre personnages debout : sur le panneau qui regarde vers la nef, le Christ tenant dans la main un livre ouvert ; en arrière, saint Adalbert, revêtu des ornements épiscopaux, saint Barthélémy, ayant à la main un couteau, qui rappelle son martyre, enfin Otton III, avec le sceptre impérial'. Une inscription gravée au-dessus des têtes des personnages fait tout le tour de la margelle :
-{- Os ptitei s[a?i)c[t)i circii[m)dant orbe rotanti. « Les saints entourent en cercle l'orifice du puits, w
Sur le rebord plat de la margelle on distingue quelques lettres d'une autre inscription très effacée, usée, semble-t-il, par le frottement des cordes. M. von Duhn croit qu'on y lisait primitivement :
Qui sitit ad fontem veniat potumqiie sahibrem [h]auriat ex
vena~...
« Que celui qui a soif vienne à la source puiser une boisson
bienfaisante. »
S'autorisant de la présence d'une urne renversée sur le basrehef du palais Rondinini, M. von Duhn a émis l'hypothèse ingénieuse et très plausible que le puits de l'église chrétienne est l'ancienne source sacrée du temple païen '^ Il est bien singulière-
1. Un dessin de ces sculptures a été publié par Casimiuo, dans ses Memorie isloric/ie, p. 216. Elles sont décrites, d'après Gasimiro, dans la Beschh. d. St. Rom, t. III, p. 570.
2. Il y a à Rome, à Venise, et dans la plupart des villes d'Italie des bouches de puits (kl moyen âge ornées de reliefs et d'inscriptions. Les formules qu'on y gravait ressemblent souvent à celle-ci; c'est quelquefois ce verset d'Isaïe : Oitines siHent.es venile ad aquas ; quelquefois ce texte de saint Jérôme : Quisque sitit veniat cupiens haurire ftuenta, ou d'autres phrases analogues.
3. VoN DuuN, Due bassorilievi del palazzo Rondinini, dans les Mittheil. des avchàol. Instit., Rœm. Abtli., 1886, p. 172.
ment placé, au milieu môme des marches, et doit être antérieur à la construction de l'église. Il était situé dans le temple d'Esculape ou tout à côté. Lorsque l'on bâtit Saint-Barthélémy, au xif siècle, on respecta son emplacement. Peut-être de pieuses légendes à son sujet avaient-elles pris naissance dès les premiers siècles du christianisme. Peut-être gardait-on la mémoire de martyrs mis à mort, au temps des persécutions, près de la source, ou de reliques qu'on y avait cachées. Ces souvenirs auront assuré sa conservation. Elle fut regardée, au moyen âge, comme sacrée ; on vint y chercher de nouveau un breuvage salutaire, potimi salubrem. Les chrétiens qui succédaient aux fidèles du dieu do la médecine avaient hérité de leur respect religieux pour le vieux puits de l'île tibérine et de leur confiance en ses vertus.
Caractères de ce culte. — Le culte que l'on rendait à Esculape dans l'ile tibérine avait un double caractère : il était grec par ses formes aussi bien que par son origine ; il était intéressé et servait à obtenir la guérison des malades.
(( De tous les dieux grecs, Asklépios est le seul qui ait eu à Rome un oracle en activité, pourvu de rites grecs, qui étaient comme un fragment de la patrie hellénique incrusté au centre du Latium*. » Il est naturel que parmi tant de divinités importées à Rome, Esculape, introduit tardivement, et qui n'avait pas d'analogue dans la primitive religion italique, ait subi plus qu'aucun autre les influences étrangères. On s'est demandé si les premiers prêtres du temple de l'ile tibérine n'étaient pas venus d'outre-mer avec le serpent sacré-. En tout cas, c'est à la mode hellénique que les Romains adorèrent Esculape. Festus le range au nombre des dieux pérégrins qu'on honorait à Rome selon les rites propres aux peuples de qui on les tenait '^ D'après Valère Maxime, les ambassadeurs qui ramenèrent d'Epidaure le serpent sjmboHque s'étaient informés auprès des habitants de la façon dont il fallait l'invoquer^. Le grec paraît avoir été officiellement employé dans le sanc-