Defkasse et Lechat, loc. cit., 1" stèle, guérison n
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et lui nettoyait le corps de ses poux. Le jour venu, il sortit guérie »
A Epidaure, comme à Rome, les comptes rendus des guérisons reproduisent tous la mêuie disposition. Les trois parties que nous avons distinguées dans le récit des cures de Caius et de ses compagnons — nom du malade et de la maladie, prescriptions d'Esculape, guérison — se rencontrent également ici. Comme à Rome, le dieu soigne les maladies les plus diverses, et toujours avec un plein succès. Mais il faut signaler deux différences importantes entre l'inscription de l'île tibérine et les autres ; elles tiennent à la différence même des lieux et des temps. Les Grecs se sont dispensés d'indiquer à la fin de chaque récit que le miracle a eu lieu publiquement, devant la foule; les Romains, au contraire, n'ont pas manqué de le proclamer. C'est que les stèles d'Epidaure remontent au plus beau moment du paganisme hellénique, au iv" siècle avant Fère chrétienne ; l'inscription de Rome ne date que du milieu du II" siècle après Jésus-Christ ; les contemporains des Antonins étaient moins naïvement croyants que les hommes des siècles antérieurs; ils avaient besoin qu'on leur attestât plus fermement la réalité des prodiges survenus dans les temples ; ils n'y ajoutaient foi que s'ils s'étaient produits devant témoins. D'autre part, eu Grèce les manifestations surnaturelles jouent un plus grand rôle dans les guérisons ; sans cesse le dieu de la médecine apparaît aux malades ; il converse ou plaisante même avec eux ; il raccommode lui-même les membres démis, il opère les organes malades, il enlève les abcès. A Rome, sur quatre cures mentionnées, une seule à vrai dire peut être qualifiée strictement de miraculeuse : au contact de l'autel, l'aveugle Caius a recouvré la vue. Dans les autres cas le dieu s'est borné à rendre un oracle et à prescrire des traitements médicaux, externes ou internes : à Lucius un emplâtre, à Julianus un régime spécial, à Valerius Aper, dont la foi était moins robuste que celle de Caius, ou la cécité plus rebelle, un collyre. L'usage des remèdes préparait et facilitait l'intervention d'Esculape et la réussite de la cure. Les Grecs du iv" siècle avant l'ère chrétienne étaient habitués au merveilleux et l'acceptaient sans peine; ils expliquaient par l'action toute-puissante des dieux les événements de la vie humaine comme les
1. Defhasse et Lech.vt, loc. cil., •2° stèle, guérison n" 28.
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phénomènes de la nature ; les apparitions répétées d'Asklépios ne les surprenaient pas. Les Romains avaient moins d'imagination ; ils étaient avant tout pratiques et positifs ; ils voulaient que leurs prières eussent un effet immédiat et palpable ; peu leur importait qu'on y aidât et qu'un médicament administré à propos secondât l'influence secrète de la divinité.
Les prescriptions d'Esculape. — De tout temps d'ailleurs on avait joint dans les Asklépieia l'exercice de l'art médical à la célébration du culte. Comme on l'a dit avec raison, « l'origine de la médecine chez les Grecs était religieuse ; les temples d'Esculape furent les premiers hôpitaux et ses prêtres les premiers médecins * » . D'après le D" Vercoutre, on observait dans les sanctuaires les règles d'une thérapeuthique rationnelle ^i scuntifique'^- . Il y a là sans doute quelque exagération; il faut se garder d'employer ces mots trop modernes et trop précis pour qualifier l'ancienne médecine sacerdotale, où l'empirisme devait tenir assurément plus de place que la science. Mais, au fond, le D' Vercoutre n'a pas tout à fait tort. Des faits nombreux et prouvés permettent d'affirmer que les prêtres d'Asklépios n'étaient pas, comme on l'a supposé trop souvent à la légère, de simples charlatans, tout occupés de prestigieuses fantasmagories et de jongleries sans valeur. Ils avaient réellement quelques connaissances et leur rôle fut, en somme, bienfaisant. Asklépios était le médecin des pauvres ; il ne paraît pas les avoir si mal soignés. Les Asklépieia se trouvaient toujours situés en des lieux salubres et isolés. On y prenait toutes les précautions hygiéniques nécessaires. Non seulement les cadavres ne devaient pas y séjourner, mais encore il était défendu d'y laisser mourir les malades ; quand on voyait leur fin approcher, on les transportait au dehors. Avant de pénétrer dans le temple il fallait se purifier par d'abondantes ablutions. Une diète sévère préludait à toute médication. Les remèdes mêmes ou les traitements que le dieu ordonnait n'étaient pas en général aussi ridicules qu'on pourrait croire. Les prêtres, instruits par l'observation des clients d'Asklépios, savaient diagnostiquer la nature des maladies et conseiller de bons moyens d'en venir
1. Weschek, Bapporl sur des recherclœs épiffraphic/ues en Grèce, dans les Arch. des missions scienf., 2' série, t. J, 1864, p. 479.
2. D'' Veucolthe, la Médecine sacerdotale dans Vantiquilé grecque, dans la Rev. archéol., 1883, t. II, p. 273; 1886, t. I, p. 22.
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à bout. Ils possédaient de véritables formulaires, des recueils de recettes éprouvées, peu à peu constitués, sans cesse complétés et tenus à jour. On connaissait dans les Asklépieia les propriétés curativos dos plantes, les qualités toniques du vin, l'usage de l'huile comme reconstituant et du miel comme lénitif, le rôle des purgatifs et des saignées, l'art de composer des emplâtres et des collyres, l'opportunité de régimes divers appropriés aux diverses affections. Aux anémiques on recommandait le sang de taureau, aux gastralgiques une nourriture facile à digérer, aux obèses les jeux violents, aux nerveux l'influence apaisante de la musique, à tous les malades les bains, l'exercice, les distractions; à côté du sanctuaire d'Asklépios il y avait toujours des thermes, un théâtre, un gymnase ^
Tous les traits de la peinture que le D"" Vercoutre a faite de la médecine sacerdotale dans l'antiquité sont tirés des textes littéraires et épigraphiques de la Grèce, Mais l'Asklépieion de l'île tibérine était une imitation des Asklépieia helléniques : ce que l'on sait de ceux-ci doit être vrai aussi de celui-là. La grande inscription votive de Caius et de ses compagnons nous en donne une preuve très certaine. Les moyens par lesquels l'aveugle Caius a obtenu sa guérison miraculeuse étaient usités dans tous les sanctuaires d'Asklépios: se prosterner, se tourner de droite à gauche ~, poser la main sur l'autel et la mettre ensuite sur les yeux malades que cette seule imposition rend à la lumière, il n'y arien là d'insolite ni de surprenant ; c'étaient des cérémonies rituelles qui se répétaient constamment dans les temples antiques. Les médicaments qu'employèrent Lucius, Juhanus et Valerius Aper sont tout à fait analogues à ceux que prescrivait Asklépios en Grèce. M. Deubner a examiné successivement les oracles rendus par le dieu à ces trois malades, et rapproché les passages de l'inscription qui les concernent des textes nombreux où reparaissent les mêmes ordonnances -^ Lucius, pour combattre une pleurésie, applique sur son côté un emplâtre de cendre et de vin. Il a pris de la cendre sur l'autel d'Esculape ; son origine sacrée lui donne une