Deibnek, op. cit., p
322 LE SANCTLAIRE D ESCULAPË
valeur curative^ Le vin est aussi un puissant agent de guérison ; il est mentionné dans la plupart des formules magiques que les papyrus nous ont transmises. Julianus, qui perd son sang, se nourrit pendant trois jours de pommes de pin mêlées avec du miel. Le chiffre trois a une signification mystique. Le miel, aussi bien que le vin, tient une grande place dans les consultations d'Asklépios et dans les formules magiques. Les pommes de pin, comme la cendre, ont été prises sur l'autel; elles sont un symbole de fécondité, un attribut des divinités qui produisent ou entretiennent la vie dans la nature, Déméter- Cybële, Pan-Faunus, Asklépios. Le dieu de la médecine avait été représenté à Sicj'one par le sculpteur Calamis avec une pomme de pin dans chaque main-. La cécité de Valerius Aper ne résiste pas à un collyre de sang et de miel dont il fait usage trois jours de suite. De pareils onguents produisaient de merveilleux effets, surtout contre les affections de la vue. Le sang qui entrait dans la composition de celui-ci était le sang d'un coq blanc; le coq passait pour l'un des animaux favoris d'Esculape et lui était spécialement consacré. On se servait de victimes blanches pour les sacrifices expiatoires. Il était défendu aux Pythagoriciens de manger du coq blanc-'. Pyrrhus, roi d'Epire, qui tenait des dieux le pouvoir de guérir les maladies de la rate, comme les rois de France les écrouelles, avait coutume, avant d'opérer ses cures, d'immoler un de ces animaux^.
On s'explique aisément qu'Esculapeaitindiqué ces médicaments aux fidèles qui le consultaient. La cendre, le miel, le vin, le sang sont les premiers ingrédients auxquels on a dû penser pour composer des onguents et des potions. Nos médecins, aux siècles derniers, les recommandaient encore en maintes circonstances, ou ne leur préféraient que des remèdes moins naturels et moins inoffensifs. Le succès de ces traitements élémentaires est seul étonnant, et l'importance des résultats semble hors de proportion avec la médiocrité des procédés. Mais il faut faire leur part à l'imagination des malades et à la superstition du temps. Les croyants venaient au sanctuaire avec
1. Cf. Inscription de Lébéna {Philoffus, 188!', t. XLVIII, p. 402 : fragnicut d'un récit de guérison) : Eha. /.oviav àirb tt,ç tîpàcç anôÔoZ.