Renseignement communiqué par M. R. Lanciani
LE CULTE d'eSCILAPE DANS l'iLE TIBÉRINE 233
objets ont permis aux ouvriers des travaux du Tibre, que les ingénieurs surveillaient mal, d'en dérober un grand nombre ; les magasins des antiquaires romains en furent longtemps encombrés. Plusieurs collectionneurs ont ainsi acquis des lots importants de terre cuites votives : on peut citer M. Charles, à Rome, M. Oppebeim et le D"" Luigi Sambon, en Angleterre ^ Dans les séries que les conservateurs du musée des Thermes ont réunies et classées tous les types intéressants d'ex-voto sont représentés ; elles nous donnent luie image fidèle des antiqu/ss favhsœ du sanctuaire d'Esculape.
Caractères généraux. — Les dunaria do Tile tibérine ressemblent à tous ceux qu'on avait trouvés auparavant aux environs de Rome et n'ont pas plus de valeur artistique. Ce sont des objets de fabrication grossière et peu soignée; ils ne présentent d'intérêt qu'à titre de témoignages de la dévotion populaire. Quelques-uns cependant méritent d'attirer l'attention des historiens de la médecine : on en peut tirer d'utiles renseignements sur l'état des connaissances anatomiques dans l'antiquité. Ils ont été étudiés récemment à ce point de vue par le D'" L. Sambon ^ et par le professeur L. Stiéda-'.
Il est difficile de leur assigner une date précise. IVI. Stiéda les attribue en bloc aux derniers siècles avant l'ère chrétienne; le D"" Sambon croit, avec raison, qu'ils s'échelonnent entre la fondation du temple d'Esculape et le siècle des Antonins. Les ex-voto qui ont la forme de cages thoraciques entr'ouvertes, laissant apercevoir les viscères ii l'intérieur du corps, n'ont pu être modelés qu'à une époque assez avancée, où la science anatomique était en progrès. On a fait d'abord les têtes détachées lourdes et pleines; les têtes creuses et légères n'ont été fabriquées que plus tard.
Il est probable que primitivement les donaria de terre cuite étaient coloriés '^ Los ateliers où on les sculptait devaient être
1. Mentionnés dans l'article du D' Sambon indiqué ci-dessous.
2. D' L. Sambon. Donaria of médical inlerest. in f/ie Oppelieimev collection of elruscan and roman antiquilies, dans le Brilish médical Journal, 18'Jo, 1. 11, p. 146 et p. 216.
3. L. Stiéo.x, Ueber alt-ilalische Weigesc/ienfce, dans les Miftheil. des arc/idol. InsHL, Roem. Ahlh., 1899, p. 230. M. Stiéda ne paraît pas avoir eu connaissance de l'article du D' Sambon. 11 annonce la publication procliaine d'un travail plus développé et plus tccbnique sur le même sujet, avec gravures, dans une revue d'anatomie. Ce travail n'a pas encore paru.
4. R. Laxci.a.ni, Ancient Rome, Londres, 1888, p. 70 : parmi les ex-voto de terre
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situés tous à Rome ou aux environs : les objets retrouvés dans Tile tibérine avaient trop pou de prix pour qu'on les suppose d'importation étrangère.
Description. — On peut classer les donaria d'après la matière dont ils sont faits ou d'après les sujets qu'ils représentent. Tous ceux que l'on conserve dans les greniers du musée des Thermes sont en terre cuite ; mais dans l'antiquité le sanctuaire de l'île tibérine renfermait certainement des ex-voto en pierre, en marbre, comme les troncs humains du Vatican, en bronze, comme la main du musée des Thermes, en argent, comme la rate de Néocharès, en or même. La richesse des offrandes variait avec la condition sociale des suppliants. Esculape à Rome avait surtout des pauvres dans sa clientèle : les objets de terre cuite devaient être en majorité; aussi en a-t-on découvert un grand nombre.
La plupart de ces ex-voto sont dos images de montres ou d'organes du corps humain.
Dans les favissas de quelques sanctuaires, dans celles par exemple du temple de MinervaMedica, on a recueilli des statuettes de divinités en terre cuite ; il ne semble pas qu'on ait trouvé de semblables figurines aux abords de l'île. D'autres statuettes reproduisent avec plus ou moins d'exactitude les traits des personnes qui les ont dédiées : ce sont les portraits supposés des malades. Le musée des Thermes possède plusieurs objets de ce genre. Une femme drapée, presque de grandeur naturelle, est couchée sur un lit, la tête entourée de bandelettes, des rameaux à la main. De petits personnages sont assis deux par deux, homme et femme : c'est un ménage romain rendant grâce au dieu qui lui a permis d'avoir des enfants ; quelquefois la femme présente des signes de grossesse; quelquefois ello' lève la main, en marque d'adoration, ou fait éclater une grenade, emblème de fécondité; dans certains cas les enfants eux-mêmes' paraissent à côté de leurs parents. Auprès de ces bonhommes on voit aussi des animaux : une grande tête de veau, des bœufs, des moutons ; s'ils ont été réellement trouvés en même temps et aux mômes endroits, on pourrait croire qu'Esculape pratiquait, avec la médecine, l'art vétérinaire.
Mais les ex-voto les plus nombreux et les plus curieux ont
cuite trouvés en 1885 nu débouché du pont Fabricius plusieurs portaient' encore, au moment de la découverte, des traces de peinture.
l'apparence de véritables pièces anatomiques : ce sont les parties du corps qui étaient malades et que le dieu a guéries. Parmi les dotiaria du temple de M'merva Medica, dans le magasin archéologique de ÏOrlo botanico, on remarque une tête de femme avec deux grosseurs de chaque côté entre les mâchoires et le
Fir,. 2,'). — EX-VOTO DE TERRK CUITK
Provenant de l'ile tibérine (Musée national des Thermes).
i. Demi-tète, vuede profil. — et tronc entr'ouvert. — (j.
maux.
2. Tète, vue de face. — 3. Main. — 4 et 5. Intestins enroulés Pied. — 7. Deux petits personnages assis. — 8et9. Ani-
cou, figurant des glandes, une seconde tête de femme avec quelques mèches clairsemées mais sur laquelle des stries sillonnant les places dénudées simulent des cheveux qui commencent il repousser, un autre objet où l'on reconnaît distinctement une hernie, etc. ^ . Une main gauche, provenant de Voies, présente une