L. Stiéda, loc. a7., p
LE CULTE d'eSCULAPE DANS l'iLE TIBÉRINE 237
Plusieurs ex-voto enfin nous donnent une vue do l'intérieur du corps tel que le connaissaient et le représentaient les anciens ; l'un d'entre eux est un tronc analogue à ceux de la Villa du Pape Jules et du Vatican ; un autre représente des intestins enroulés.
La nature et l'aspect de ces offrandes nous renseignent sur leur destination. Les malades apportaient au dieu le modèle en terre cuite de la partie du corps dont ils avaient souffert. Quelqiiefois ils tenaient à ce que la déformation produite dans leurs membres ou leurs organes par la maladie fût exactement figurée. Le plus souvent ils se contentaient do consacrer à Esculape un membre ou un organe normal et sain.
Les favisssB du temple d'Esculape et les boutiques d'objets de piété. — On aimerait à connaître la vraie provenance des exvoto de File tibcrine. Les renseignements publiés dans les Notizie degli Scavi et le Bullettiiio Commiale sont malheureusement très insuffisants. M. Lanciani a pu obtenir par ailleurs des informations plus précises. Pendant ces dernières années, de 1885 à 1887, on n'a rien trouvé à l'intérieur même de l'ile. Les offrandes du musée des Thermes ont été ramassées dans les débris retirés du fond du Tibre à la drague et dans les fondations des nouveaux quais de la rive gauche, au débouché du pont Fabricius'. La présence de ces objets votifs au fond du fleuve s'explique ; on jetait au Tibre tous ceux qui ne servaient plus et qu'on ne savait où mettre : c'était un moyen facile et expéditif de s'en débarrasser, sans que les prêtres eussent à craindre de les voir profaner par quelque usage sacrilège ou mercantile ; les eaux servaient en quelque sorte de favissœ. 11 est plus surprenant qu'on ait rencontré sur la rive gauche, en amont et en aval du pont Fabricius, de grands amas d'ex-voto disposés en rangées régulières le long de la berge. Les favissœ du sanctuaire ne pouvaient avoir été placées aussi loin. M. Lanciani suppose, avec beaucoup de vraisemblance, que les rues qui conduisaient du Champ de Mars au temple d'Esculape en passant par le pont étaient bordées do boutiques où l'on vendait aux fidèles des objets de terre cuite
1. R. Lanciani, Pagan and chrlslia?i Rome, p. G2; — du môme auteur Ancient Rome, p. 70.
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préparés à l'avance. De tout temps on a élevé aux abords des lieux de pèlerinages des l)araques pour les marchands (ïobjets de piété. Le malade qui venait invoquer dans l'île tibérine l'assistance du dieu médecin passait devant les échoppes où s'offraient à ses regards des représentations figurées de toutes les parties du corps ; il n'avait qu'à choisir, d'après la nature de son mal et les ressources de sa bourse ; il se présentait au sanctuaire les mains pleines.
L'examen des ex-voto ne nous conduit pas à d'autres conclusions que l'étude des textes littéraires et épigraphiques. Les Romains rendaient à Esculape les mômes honneurs que les Grecs à Asklépios. Les fidèles allaient chercher dans son temple la guérison miraculeuse de leurs maladies. Ceux que nomment les auteurs ou les inscriptions et ceux qui offraient au dieu leurs humbles donaria de terre cuite étaient des esclaves, des affranchis, des étrangers, des gens d'humble condition.