C. I. L., XIV
4. La forme videntalium pour hidentalium se retrouve sur les inscription» que portent les tuyaux de plomb découverts au Quirinal (Cf. ci-dessous, p. 281).
Fidiiis était l'objet à cet endroit d'un culte particulier, confié aux soins du collège des hidentales. Aucun document épigraphique ou littéraire ne fait mention d'un temple ou d'une chapelle de ce dieu in inndaK II est certain, du moins, qu'il avait une statue dans l'île à l'époque impériale.
La légende de Simon le Magicien. — Un passage très discuté de la Première Apologie à Antoiiin le Pieux nous donne de ce fait une confirmation indirecte. Saint Justin, «'adressant aux Romains, leur dit : « Simon de Samarie, né dans le bourg de Gitton, est venu, sous le règne de l'empereur Claude, dans votre ville royale, et par des artifices magiques et démoniaques il s'est fait passer pour un dieu ; vous lui avez rendu des honneurs divins et dressé une statue, qui fut placée au miHeu du Tibre, entre les deux ponts; elle portait cette inscription en latin : Simoni Deo sancto, à Simon, dieu saint. Et presque tous les Samaritains, et quelques hommes d'autres races, le tenant pour le premier des dieux, l'adorèrent 2. » Saint Irénée, Tertullien, saint CjTille de Jérusalem, Eusèbe, Théodoret, saint Augustin parlent également de cette statue romaine de Simon le Magicien-'. Tous ces écrivains sont postérieurs à saint Justin et paraissent ne s'être inspirés que de lui
1. Cf. AusT, de Mdibus sacris populi romani, p. 31, n" 94; — Kiei'f.kt-Huelskx, Nomencl. topogr., p. 87 ; — Homo, Lex. de topogr. rom., p. (riO. Tous ces auteurs parlent d'un templum ou œdes Semonis Sanci ou DU Fidii in insula. Dans les textes auxquels ils renvoient, il n'est question que d'une statue, et nullement d'un temple.
2. Justin. Martyr, Apol. Pr., 26 : St'[jiwva [aév xtva Saj^xpla, tbv àno xwjj-riî )>£Yû[J.£vv); l'iTTMV, ô? ÈTÙ KXauSioy Kaîaapo; 6ià tt,; twv èvEpYO'JVTWV ôat[x6v(«)v xiyy/]z S-jvà;;,£tç Ttoti^o-aç [xayty.à? èv f?) uoXet yfjiwv j'îao-tAtot 'Po)[j.r| Ôeb; âvo[;.i'a6ï) xai àvôpiàvTt Trap' yjxwv w; Ôebç xt-i [>.•/]■: a.i, o? àvSpiàç àveyriyeptat èv xm Tt'êspi TtOTaïAw (XETaE-j Tôiv 8-Jo ysçupôiv, sywv à7itypaçï)v pw!Jiaïy.r,v Ta-jTVjV ' SIMONI DEO SANCTO. Kat crj^eSbv ttocv-cç [jl£v Sa[j,ap£t';, ôXt'yoi 8È xai èv a/.).ot? sôvsatv, mç Tbv TvpwTov 6îbv èy.eïvov ô[j,oXoyoyvT£ç, £x£Ïvov xat Trpoov.uvoûo-t. — Plus loin, saint Justin revient encore, plus brièvement, sur le même fait, sans parler de l'île tibérine, Apol. Pr., o6 : Kat yàp Trap' ûfjiïv, wç 7:po£cpir)p.£v, èv zr^ jSafftXt'St 'Pw[J.yj èttI Kka-joio-j Katdapoç Y£V(^(j.£vo; ô Slfxwv xai xr,v Σpàv (TÛyx).r,-:ov xai xbv Sf,jxov 'Pa)|xat(ov eiç TOTO-JTO xat£7:Xr|EaTo, w? 6£bv vojJ.Kj6f|Vat xai àvôptâvct, w? to-jç à>.).ouç Trap 'Jf^rv Tt{AW|X£vo'jç Oîo-j?, Ti[j.r|6r,vai.
3. Ire>;., Contra hœres., I, 23 : Qnippe cum essel sub Claudio Cœsare, a quo etiam statua honoratus esse dicitur propter rnagicam. — Tertull., Apologet. adv. génies, 13, s'adressant aux Romains : Simonem mngum statua et inscriptione sancti dei inauguralis. — Gyru.l. IIierosol., CateclieMs, VI, 14 : Kal è7c)v(xvr|iT£ t£ o'jxw TYjv 'Pwjjiatwv TTÔÀtv, WTT£ K),a-j6tov àvSptâvra a-JTO-j orriO-at, -jTroYpx'Jyav-ra Tyj 'Pw[jLatwv YAwTTYiSIMQNI AEO i^APKTQ -bTiEp Ép!J.r,v£yb!X£vov 5y)Âol, i^t'jxfovi ÔÉw âyto). — Euseb'., Uist. écoles., II, 14 (sous Claude) : 'ETtt^àç Se Tf,c 'PwjAauov TîdXEw; a'Jvatpojj.£vv); a-jTrii xa. [ieyot^a T-r,; £ÇE8pE-J0-jarj; èvra-jOa 5yva[X£w; èv oXi'yw
seul; ils répètent son récit, sans y rien ajouter. Ils sont, d'ailleurs, moins explicites que l'auteur de V Apologie à Antonin; ils ne donnent pas tous le texte de la dédicace, aucun ne nomme l'île tibérine ni ne dit oii était située, à Rome, l'image de l'imposteur. On peut donc s'en tenir, en définitive, au seul témoignage do saint Justin, dont dérivent tous les autres. Mais il suffit de se reporter au document découvert en 1574 pour qu'on se demande aussitôt si l'apologiste n'a pas commis une grossière méprise et confondu Simon le Magicien avec Semo Sancus ; en ce qui concerne l'histoire du faux prophète samaritain, son assertion n'aurait pas de valeur; au point de vue du culte de Semo Sancus in insula, elle serait, au contraire, très importante et mériterait qu'on la prît en considération; l'inscription de 1574 permettrait do lui rendre son véritable sens et nous garantirait son exactitude.
Quelques auteurs modernes persistent à croire que saint Justin ne s'est pas trompé et que les Romains érigèrent réellement dans l'île une statue en l'honneur de Simonie Magicien'. Il est vrai, disent-ils que l'apologiste était un Grec, mais il connaissait parfaitement la langue et les usages des Romains, il écrivait pour les convertir, il avait lui-même vécu à Rome ; pourquoi lui imputer une erreur si forte, qui aurait frappé tous les yeux ? comment admettre que cette erreur ait été reproduite ensuite sans hésitation par tant d'écrivains, dont plusieurs comme Tertullien par exemple, étaient parfaitement au courant des croyances et des superstitions romaines, et en état de contrôler et de corriger tout ce qu'avançait leur prédécesseur?
TO<TO"JTOv Ta TT,; Imyiipr^rjEiùz fpyjiro w; xal àvoptâvTOî àvaOsaet upo; twv Tf,Sc ot'a ôîbv Tt(XY)6f,va'.. — ïiiEODORET., llaerelica', fabulie, I, 1 : Kl; ty-iV 'Pa)[xr,v àçi'xEro, KXauSt'ou Kai'aapo; paaiXe-jovro;. Tocto-jtov ôè 'Ptofiato-j; -rat; Yor,78t'atç xaT£7r),r,S£v (o; xal a;r,),T, -.i\i.r^M^\a.i ■/jx'Kf.r,. — AunusTix., de HiPresihus, l : Jovem se credi volehat, Minervam vero mereiricem {juanidam Selenein guain sibi sociain scelerum fecend, ÎDwginesqiie et siiam et ejusdem discipulis suispiœhebat adovandas. — Un manuscrit des Actes apocryphes des saints IMerre et Paul, d'origine manichéenne, traduits du grec en lutin, parle dune statue élevée à Simon dans Rome par son disciple le sénateur Marcellus et donne un autre texte de la dédicace que celui rapporté par saint Justin : SIMON"! IVVENI DEO, en grec SIIMONI NEQ (LiPsiLS, Acta Pelri, Leipzig, 1891. p. 51).
1. Voir notamment : Bahonius, Annales, ad anmnn 4't, Rome, 1588-1607, t. I. p. ;505-308 ; — W. Esser, des lleiligen l'etrus Aufenlhall, Episkopat iind Tod zîc Rom, Breslau. 1889. p. 69. — Entre la publication des Annales de Baronius et celle du mémoire de Fesser, cette question a été souvent examinée et «lébattue. Les principaux ouvrages d'histoire ecclésiastique où elle se trouve résolue, soit dans un sens, soit dans l'autre, sont cités par Esser, loc. cit.. et par Otto, dans son édition de saint Justin, iéna, 1876, t. 1, p. 78.
Saint Justin ne cite qu'une seule image de Simon divinisé ; il a pu voir dans Rome plusieurs statues de Semo Sancus ; nous savons qu'il en existait une sur le Quirinal, qu'on a retrouvée, avec l'inscription qui l'accompagnait^; s'il avait confondu, comme on le suppose, le dieu et le Magicien, il n'aurait pas manqué de rappeler, au lieu de l'unique monument figuré de l'île tibérine, tous ceux de la ville qui intéressaient Semo Sancus. Pourquoi s'étonner enfin que Simon ait été regardé par les Romains comme un dieu? Une vieille et célèbre légende affirme qu'il a séjourné à Rome. En Orient, ses sectateurs l'adoraient et lui dressaient des autels, ainsi qu'à sa maîtresse Hélène, qu'ils appelaient la Raison première 2 ; ils représentaient Simon sous les traits de Jupiter, et Hélène sous les traits de Minerve ^. Le culte de Magicien a dû se répandre également en Occident et se faire accepter à Rome, oii les nouveautés venues d'Orient exerçaient un singulier attrait sur la foule crédule. Dion Cassius ne dit-il pas, à propos précisément du règne de Claude, que toutes les religions avaient envahi la ville, que tous les temples et tous les édifices publics étaient remplis de statues et d'offrandes aux dieux ^ ?
Cette argumentation spécieuse est loin cependant d'être convaincante. Il semble que tous les efforts tentés jusqu'ici pour défendre une interprétation strictement littérale du passage de V Apologie soient demeurés vains. Les partisans de saint Justin confondent plusieurs questions qu'on doit distinguer avec soin. Il s'agit de savoir simplement s'il n'a pas mal lu l'inscription de l'île tibérine, abusé par la ressemblance des