‹ L'île tibérine dans l'antiquitéChapitre 191 sur 237 · FowLER, op. cit., p · texte numérisé non relu

FowLER, op. cit., p

3. OviD., Fasl., VI, 213 : sous les noms de Sancus, Fidius, Semo, c'est toujours le môme dieu qu'on invoque :

Quœrebatn nonas Sanco Fidione referrem,

An tibi, Semo pater; tum mihi Sancus ait: Cuicumque ex istis dederis, ego munus habebo.

Nomina terna fero. Sic voluere Cures.

4. Jordan, Ann. delV Instit. archeol., 1885, p. 113 : Sancus vient de sandre comme f/enius de gignere. — Servius, ad Ain., XII, 200 : Sanctum aliquid id est consecratum facere, fuso sanguine hostiœ. — Propert., IV, 9, 73 :

Nunc quoniam manibus purgatum sanxerat orbem, Sic Sancum Tatii composuere Cures.

a. Cic, ad Fainil., V, 21 ; — Pun., Episl., IV, 15; — Festus, p. 141, s. v' Médius Fidius, etc. — Dionys., IV, 58, traduit Dius Fidius par Ze-j; TrtVrto;.

28 t LES CULTES SECONDAIRES

fidélité conjugale ^ et du droit des gens'. D'autre part, les Anciens croyaient que Dius était un doublet de diviis'^ et Semo une contraction de semihomo''. Un personnage appelé Dius ou Semo ne serait pas un dieu, mais un demi-dieu, un génie, intermédiaire entre les dieux et les hommes, inférieur aux premiers, supérieur aux simples mortels. L'existence de plusieurs Semones dans la vieille religion romaine est certaine; Martianus Capella traduit ce mot par y;[;.{0£oi^; Fulgence, qui tient ses renseignements de Varron, cite parmi eux Priapifs, Epona, Vertwnniis^. Les Latins adoraient en Semo Sancus le Semo par excellence, le Genius suprême, le premier des Semones, comme en Jupiter le premier des dieux. D'étroits rapports unissaient Semo Sancus Dius P^idius et Jupiter. Une poésie de Properce est adressée à Hercule Sancus'^. D'après ^lius Stilo, les mots Dius Fidius signifieraient Diovis films ou Dioscure, fils de Jupiter, et le dieu ou génie de ce nom serait identique au Sancus de Sabins et à l'Hercule des Grecs ^. L'étymologie que propose ^lius Stilo est fantaisiste et inadmissible, mais il a raison, comme Properce, de rapprocher Semo Sancus et Hercule. Seulement, c'est de l'Hercule italique qu'il aurait dû parler, bien plutôt que de l'Héraklès grec. De même que l'Hercule italique, en

1. C'est pour cela que l'on avait placé dans le temple de Semo Sancus au Quirinal la quenouille et le fuseau de Tanaquil ou Gaia Gaicilia, emblèmes de la vie de famille et du travail domestique.

2. DiONYS., IV, 38 : dans ce même temple on conservait un bouclier de bois recouvert de cuir, qui portait écrit le texte du traité conclu entre Tarquin et les habitants de Gabies.

3. Vahhox, de, Ling. lut., V, C6 : A quo Dei dicti qui inde, et [Dius el Divum], unde sub Dio, Dius Fidius.

4. Semo serait mis pour semikemo, et semihemo pour semihomo. Exnius, cité par PnisciAN., VI, 683, donnj hemonem à la place de hominem ; — Festus, p. 100, s. v Hemona : lîemona liumana et hemonein hominem dicehant. — Celte étymologic est contestée par les modernes, qui font venir plutôt .semo de serere, semen, et voient dans les Semones les génies fécondants, les principes actifs des choses (Johijan, Kritische Beilrnge zur Gesch. der latein. Sprache, Berlin, 1879, p. 204, et Aiin. delVInstil. archeol., 1883, p. 116; — Bhéal, Hercule el Cacus, Paris, 1863, p. SI).

.'). Mahtianus Cai'Klla, II, 156 : Sed superior porlio eos sic iil conspicis chiudit quos f,[jitOio-Jî dicunl quosque latine Semo7ies aul semideos cunvenit nominave.

6. FiLOEXT, de Abslr. serm., p. 561 : Semones dici voluerunt deos quos nec cœlo dignos udscriberenl ob meriti pauperlatem, sicut Priapus, Epona, Vertumnus, nec lerrenos eos deputars vellent pro gratiœ veneratione, sicut Varro in Mgstagogo ait.

1. Propeht., IV, 9 : Hercule-Sancus châtie Gacus au pied du Palatin.

8. ^Lius Stilo, cité par Varro, de Ling. lat., V, 66 : Jiiius Dium Fidium

effet, Semo Sanciis était un génie de Jupiter, genius Jovis, une émanation subalterne du dieu souveraine Jupiter est à la fois le dieu de l'air et du ciel et le dieu dos serments et de la foi jurée. Les noms mêmes de Sancus Fidius nous montrent qu'il passait poiu" un génie protecteur des serments. Certaines particularités de son culte attestent qu'on voyait aussi en lui un génie céleste, un nunien de la lumière. Pour jurer par lui, comme pour jurer par Hercule, il fallait être en plein air, k ciel ouvert '^. Un oiseau de la famille des aigles, sanijualis avis, lui était consacré^. Après la prise de Privernum en 425/329 les Romains déposèrent dans son temple du Quirinal des globes de bronze, symboles du soleil'*. Enfin il avait pour prêtres les sacerdotes bidentalcs.

La décurie des sacerdotes bidentales. — Les trois grandes inscriptions de Rome qui concernent Semo Sancus Dius Fidius lui ont été offertes par la décurie des aacerdotes bidentales ou par le magistrat quinquennal de ce collège. En dehors de ces trois textes, les seuls sur lesquels on rencontre le nom des bidentales sont les marques des tuyaux de plomb du Quirinal, l'épitaphe du fils du quinquennalis Sextus Pompeius Mussianus à Gallicano, l'épitaphe d'un sacerdos bidentalis, à Ostie'\ On a donc tout lieu de croire qu'ils étaient spécia-

dlcehat Diovis filium, ut Grwci Atôoxopov Custorei», et putabat hune esse Sancuhi ab Sabina linrjuaet Herculem a fjrœca. — Cf. P'estus, p. 229 : Pvopter viam fit sacrlficium, qiiod est proficiscendi f/ratia Hevculi mil Sanco, qui scilicet idem est deus.

1. Reifkehscheid, de Hercule et Junone, dans les Ann. deiriiistif. archeol., 1867, p. 359. La théorie de Reifferscheid a été reprise par Petek, article Hercules, et par Wissowa, article Dius Fidius, dans le Lexicon de RoscHEu. Hercule ou Dius Fidius serait le r/enius, et Junon l'équivalent féminin du (jenius; les honunes juraient par leur (jenius, par Hercule ou par Dius Fidius, les femmes par Junon. Peut-être Gaia G;i'cilia, dont le culte était associé à celui de Semo Sancus dans son temple du Quirinal, doit-elle être considérée comme une forme féminine de Semo lui-même, correspondant à Juno.

2. Varho, loc.cit.: Quidam tierjant sub tecto per kunc dejerare oportere ; — Pllt., Quœst. rom., XXVIII : Atà zi xoù; iraiSaç o-rav ôjavjoxh tov 'Ilpax/ia, x(i)>/jo-jiTtv itTio oréyr) to-jto Troiôrv xal x£).£'JOU(Ttv etç 'jiratÔpov upotévai;

3. Plin., llist. nat., X, (1) 8 : Sanqualem avem atque immusulum aurjures romani in mayna qusestione habent; — Liv., XLl, 13 : Prodigia eo anno nuntiata : in Crustumino avem sanqualem {quam vacant) sacrum lapidem roslro cecidisse.

4. Liv., VIll, 20 : {Vitruvii) bona Semoni Sanco censuerunt consecranda : quodque œris ex eis redactum est, ex eo aenei orbes f'acli, positi in sacello Sanci versus œdem Quirini.

5. G. L L., XIV,. 188 (inscription mutilée; les différentes fonctions remplies par le personnage sont énumérées intégralement, le nom manque).

lement préposés au culte de Semo Sancus. Mais ils devaient être chargés aussi, comme leur nom l'indique, de la garde et du soin des bidentalia^. On appelait hidental d'abord le sacrifice d'une brebis de deux ans, qui se faisait, en signe d'expiation, à l'endroit où la foudre était tombée, puis, par extension, l'édifice élevé à cette place pour perpétuer le souvenir de la cérémonie expiatoire-. Sacrifier une brebis, élever un hidental^ c'était enterrer la foudre, fulgiir condere. Le lieu qu'avait frappé le feu du ciel et où on l'ensevelissait était désormais sacré et inviolable, lociis religiosiis. Il devait être caché aux regards, inaccessible, soustrait à toute souillure. On donnait au hidental une forme ronde, un mur l'entourait, il n'avait pas de toit; les auteurs anciens le comparent à un puits, jmteal; le puteal Libonis sur le Forum romain n'était autre que run de ces antiques hidentalia. Varron et Festus nous apprennent que les temples de Semo Sancus Dius Fidius ressemblaient tout à fait à ces monuments; eux aussi, ils étaient ronds et ouverts par le haut, pour laisser voir le ciel''. Ce n'est pas le hasard qui a fait des conservateurs du hidental les prêtres de Semo Sancus et qui a donné à ses sanctuaires et aux hidentalia la même forme. Ces rencontres ne s'expliquent que si Semo était vraiment un génie du ciel et de la foudre, un genins Jovis.

Le culte de Semo Sancus dans l'île tibérine. — Si telle était la nature de Semo Sancus, il ne faut pas s'étonner qu'on l'ait adoré particulièrement dans l'île tibérine, dont l'un des édifices était dédié à Jupiter ; n'était-il pas naturel qu'on y fît une place aussi à ce genius Jovis? Le Jupiter qu'on invoquait dans l'île recevait le surnom de Jurarius, protecteur et gardien de parole jurée; le Semo Sancus Dius Fidius, génie des serments et de la bonne foi, ne devait-il pas figurer à ses côtés? Jupiter Jurarius

1. Sur les b'ulenlales et les bidenlalla, voir à ces mots les articles du Dictionn. des Antiq. de Darembekg et Saglio, par Saglio, et de la Real Ëncyclopudie de Pauly-Wissowa, par Wissowa, ainsi que 0. Gilbeut, Gescli. und Topof/r. der St. Rom, t. 1, p. 275.

2. Festus, p. 33 : Bidental dicebant quoddam templum quod in eo bidenlibus hostiis sacrificaretur ; — SciiOL. Pehs., II, 27 : Bidental dicitur locus sacro percussus fulmine, qui bidente ab aruspicihus consecvatur, quem calcnre nefas est.

3. Vabro, de Lin;/, lut., V, 66 : Itaque inde ejiis perforatum teclum, ut ea videatuv divum, id est cœlum.

c'est le Zcùç cp/.ic; des Grecs, Denys d'Halicarnasse traduit par Zsù; Triairtcç le nom de Dius Fidius^ Le rapprochement des deux cultes s'imposait-.

L'inscription qui accompagnait la statue élevée dans l'île à Semo Sancus fut trouvée tout à côté de l'emplacement qu'occupait anciennement le temple de Jupiter. Les témoignages contemporains l'affirment : on l'a découverte en 1574, « aux abords de Saint-Barthélémy, dans le voisinage de l'hôpital qui est en face de la porte du couvent, en faisant les fondations de la construction nouvelle, et non loin de là il y a un fragment de pyramide avec des hiéroglyphes égyptiens -^ » L'hôpital situé en face du couvent de Saint-Barthélémy est celui des Frères de Saint- Jean-de-Dieu, qui vinrent s'y établir en l'année 1572; ils ajoutèrent aussitôt à l'ancien couvent des Bénédictines, situé auparavant à cette place, les constructions nouvelles que mentionnent notre texte. D'autre part, le pavement en opus signhium du sanctuaire de Jupiter Jurarius a été vu en 1854 « sous les constructions attenantes à l'église de Saint-Jean- Calybite '* » c'est-à-dire sous l'hôpital des Frères de Saint-Jeande-Dieu. C'est donc dans la même région de l'île exactement que l'on honorait à la fois Jupiter Jurarius et Semo Sancus.

Il est très problable que l'image de Sancus se dressait dans le temple même de Jupiter ou tout auprès. L'existence d'un édifice qui lui aurait été spécialement consacré paraît bien invraisemblable ; aucun document antique n'en dit rien. Saint Justin nous parle uniquement d'une statue de Simon le Magicien. Les auteurs et les inscriptions ne nomment qu'un seul sanctuaire de Semo Sancus à Rome, sur le Quirinal. Nulle fête de ce dieu in insiila n'est indiquée sur les vieux calendriers. Ce n'est pas dans l'île qu'était établie la décurie des sacer dotes hidentales^ mais au Quirinal, à côté du temple qu'elle desservait et dont le terrain lui appartenait. Enfin s'il convenait d'associer Semo Sancus Dius Fidius à Jupiter Jura-

1. DioxYS., ir, 49 : To-jtov ôÈtov ^i.'^r.uw -ÛTtô tivwv Ilt'o-riov xaÀeïaÔat At'a.

2. PnEi-LEn-JoiU)AN, op. cU., t. Il, p. 274; — R. Lanciani, Pagan and Christian Rome, p. lO.i.

3. Codex Barherini, XXX, 92 m, cité au C I. L., VI, oGI : Fu trovalo l'anno passato a Sa7i Barfolomeo deli Isola, vlcino allaclinica ch'è avant i alla porta del convenlo ne l far le fondamenla délia fahbrica niiova, ed ivi vicino vi è un pezzo di piraiiiide con f/eror/lifici efjizi.

4. Canixa, Bullett. dellinstil. archeoL, 1854, p. xxxvii : Xei sotterranei délia fabhrica annessa alla chiesa di San Giovanni di Dio Calibita nelV isola Tiberina.

rius, on n'aurait pas cependant traité en égaux le dieu et le génie ; ce dernier n'avait pas la même importance ; une statue lui suffisait. Son culte n'était ici que secondaire et subordonné, simi)le dépendance de celui qu'on rendait à Jupiter Jurarius.

L'introduction de Semo Sancus dans l'île tibérine, par conséquent, ne devait pas remonter, comme on aurait pu le croire au premier abord, aune époque très ancienne. Elle est postérieure en tout cas à la fondation du sanctuaire de Jupiter. Peut-être même n'eut-elle lieu que sous l'Empire. Sans doute Semo Sancus Dius Fidius était une vieille divinité nationale, et son temple du Quirinal datait des rois ou des premières années de la République. Mais il semble qu'on l'ait ensuite laissé de côté. L'Héraklès grec fit oublier l'Hercule italique. Son nom est très rarement cité dans les textes littéraires. De toutes les inscriptions qui l'intéressent, aucune ne fut gravée sous la République 1. Les empereurs paraissent avoir fait effort, au contraire, pour ranimer l'antique divinité méconnue. C'est alors que la décurie des sacerdotes bidentales manifeste son existence, multiplie les dédicaces, érige la statue du Quirinal, retrouvée en 1880, et celle de l'île tibérine, dont la base seule nous est parvenue. Semo Sancus profita du mouvement de renaissance religieuse qui commença pendant les règnes d'Auguste et de Claude et se continua pendant ceux des Antonins. Les empereurs essayèrent de faire refleurir les cultes nationaux. Les dieux italiques, trop longtemps éclipsés par les dieux plus personnels, plus vivants, plus séduisants de la Grèce et de l'Orient, jouirent alors d'un retour de fortune inespéré. En même temps, et pour assurer, autant que possible, la durée de leur œuvre, les princes relevèrent les antiques corporations sacerdotales, depuis des siècles abolies ou négligées. La décurie des sacerdotes bidentales fut du nombre de ces collèges rappelés à ]a vie et veilla de nouveau sur le culte de Semo Sancus lui aussi ressuscité.

A quel empereur convient-il d'attribuer la restauration du

1. Les inscriptions du G. I. L., VI, 567 et ."iGS, la dédicace de la statue découverte en 1880, la tablette de bronze signalée en 1892, sont de l'époque impériale, comme le prouvent leur paléographie et la forme orthographique Deo Fidio. Le plus ancien document épigraphique se rapportant à Semo Sancus est le calendrier de Venouse (G. 1. L., 1, 2» éd., p. 221); il a été gravé, d'après M. Mommsen, entre les années 738/16 avant .lésus-Glirist et 7;57/3 après Jésus- Christ; mais il faut ajouter que c'est probal)lement la copie d'un texte plus ancien; on y lit Dlo Fidio, et non Deu Fidio.

LA STATUE DK SEMO SANCUS 289

culte (le Semo Sanciis au Quiriiial et son extension à File? Sur ce point les renseignements font défaut, et l'on ne peut qu'émettre des hypothèses. Deux noms surtout, parmi ceux des princes que préoccupait le souci de la religion italique, se présentent à l'esprit : les noms de Claude et d'Antonin^ Claude était sabin d'origine ; à ce titre, l'ancêtre légendaire de la race Sabine, devait, tout spécialement, attirer son attention; c'est pendant son règne, d'après saint Justin, qu'une statue aurait été dédiée entre les deux ponts à Simon le Magicien, c'est-àdire à Semo Sancus. On sait aussi qu'Antonin le Pieux, cent ans plus tard, au temps même où vivait l'Apologiste, prit à tâche le rétablissement de l'ancienne religion - ; il mérita qu'on lui consacrât une inscription honorifique pour le récompenser du soin qu'il prenait des cérémonies publiques, ob insignem erga ccrimonias j}ublicas curam ac religione7n'^\ les cérémonies du culte de Semo Sancus Dius Fidius furent peut-être de celles qui lui durent un renouveau d'éclat et de faveur, et peut-être est-ce seulement sous son règne que fut offerte à ce dieu la statue de l'île tibérine.

1. Sur la renaissance des vieux cultes italiques au temps de Claude et sous les Antonins, voir Boissieh, la Religion romaine d'Auguste aux Anlonins.

2. C. F^. ViscoNïi, ^iudi di sloria e diritto, 1881, p. 124. Les monnaies frappées pendant le régne d'Antonin le Pieux montrent limportance qu'il attachait aux questions religieuses ; la plupart des sujets représentés sur les revers sont empruntés aux vieilles légendes romaines. Cf. Frôhneh, les Médaillons de V Empire romain, p. 46 à 74.

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