Liv., X
Cérès la déesse de la culture et de l'abondance . Faunus, lui aussi, était essentiellement rustique et champêtre ; les fautes commises par les fermiers des pâturages l'offensaient et provoquaient sa colère. Les édiles de l'année 558/196 ont cru qu'il leur appartenait de l'apaiser en lui dédiant un monument expiatoire, aux frais des pecuarii.
Le culte de Faunus et l'île tibérine. — Si l'on comprend sans peine que cet édifice ait été construit, ainsi que le dit Tite- Live, avec les sommes versées par les fermiers des pâturages, on peut s'étonner que les Romains l'aient placé dans l'ile tibérine. Celle-ci était située en dehors de l'enceinte consacrée du j)omerium. Pourquoi les édiles ont-ils relégué sur son territoire le sanctuaire qu'ils élevaient à Faunus, comme s'il leur eût été interdit de le bâtir à l'intérieur même de la cité? Quelle était la cause de cette exclusion? Pourquoi ce dieu a-t-il partagé le sort d'Esculape et do Jupiter Jurarius?
On serait tenté tout d'abord de l'expliquer par les circonstances mêmes qui accompagnèrent la fondation du temple. Il avait une origine impure ; il rappelait à la fois les malversations des 'pecuarii et la punition qui leur était infligée ; pouvait-il figurer dans la cité, à côté des constructions vouées spontanément par la vertueuse piété des magistrats et du peuple romain*? — Cette explication n'est pas valable. En réalité, rien n'empêchait d'accueillir à l'intérieur du pomerium les monuments édifiés ex multaticia pecunia. Quelques-uns d'entre eux ont été rappelés plus haut ; ils étaient tantôt hors de l'enceinte consacrée, comme le temple de Jupiter et de Libertas sur l'Aventin, et ceux de Flora et de Vénus, près du cirque Maxime, tantôt dans l'enceinte, comme celui de la Victoire au Palatin. Il n'y avait donc pas de règle fixe à cet égard. L'usage religieux qu'on faisait de cet argent effaçait la tare de son origine. D'autres considérations ont poussé les Romains à placer leurs temples, selon les cas, à l'intérieur ou à l'extérieur du pomerium.
Nous savons sur quel principe reposait, à l'origine, la distinction des cultes accueillis dans la cité et des cultes maintenus en dehors de ses limites antiques. Les premiers étaient
1. C'est l'hypothèse que nous avions cru pouvoir avancer noiis-môme : M. Besnieh, Jupiter Jurarius^ dans les Mélanges cVarchéol. et d'hisl. de VEcole de Rome, 1898, p. 288.
nationaux, latins ou italiques ; les seconds étaient étrangers, d'origine lointaine, et plus particulièrement grecque ou orientale, récemment introduits à Ronio^ M. 0. Gilbert range Faunus parmi les dieux pérégrins^. Il n'a d'autre preuve à alléguer que l'existence même de son temple dans l'île tibérine, dont il faudrait précisément rendre compte. D'ailleurs, à l'époque où il fut construit, la loi qui imposait un traitement différent aux cultes nationaux ou étrangers n'était plus aussi strictement observée qu'autrefois : pendant la seconde guerre punique, on avait admis des divinités grecques et orientales sur le Capitole et sur le Palatin, au cœur de la cité'^ La principale objection qu'on doive faire à M. 0. Gilbert, c'est que Faunus, bien loin d'être d'origine pérégrine et d'importation récente, passait au contraire, et à juste titre, pour l'un des dieux les plus anciens du Latium. La religion romaine s'est lentement transformée et enrichie à travers les siècles; elle a subi tour à tour des influences étrusques, helléniques, asiatiques ; il est possible de discerner ce qu'elle doit à chacune de ces sources tardives et d'isoler le fonds primitif et original que les apports ultérieurs sont venus ensuite altérer. Les Latins étaient un peuple de pasteurs et de laboureurs. Ils adorèrent d'abord les génies des bois et des champs. Leur première religion fut toute rustique. Les fêtes qu'énumère le vieux calendrier romain embrassent le cycle annuel des occupations agricoles ^ Faunus, comme Silvanus et Picus, Ops et Liber, est une de ces vieilles divinités rurales que d'autres firent plus tard négliger et qui laissèrent peu de traces à l'époque historique dans le culte public, mais qui, au début, attiraient seules l'attention des populations de l'Italie et recevaient seules leurs prières et leurs offrandes.
Caractère véritable du dieu Faunus. — Le choix qu'on a fait de File tibérine pour abriter Faunus ne peut s'expliquer ni par les circonstances de la fondation du temple, ni par l'origine du culte. C'est la nature môme du dieu, c'est son caractère exclu-