Voir la Table des inscriptions
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Les emblèmes qu'on voit au revers des monnaies de plusieurs g entes romaines font allusion k divers événements dont l'ile
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fut le théâtre. Les ex-voto de marbre du musée du Vatican, la main de bronze et les objets de terre cuite du musée national des Thermes avaient été offerts au dieu de la médecine dans son sanctuaire entre les deux ponts ^ A l'aide de tous ces
1. Voir, en appendice, la Liste des monumenls fiffui'és provenant de Vile ou la concernant.
éléments d'information, on peut suivre jusqu'au début du moyen âge les destinées de Tîle tibérine et de ses édifices, et essayer sans trop d'audace de reconstituer les traits essentiels de sa topographie.
Plans, dessins et restaurations i. — Dès l'antiquité, un grand plan de Rome avait été dressé sur l'ordre des empereurs. En rapprochant l'un de l'autre deux des morceaux retrouvés de la Forma Urbis Romœ, Jordan a pu y déchiffrer les mots iîite?' duos pontes; ces fragments sont malheureusement trop mutilés pour que nous en tirions grand parti. Sur les plans de Rome qui furent faits au moyeu âge, Vinsula tiberina est très grossièrement retracée et sans exactitude. Bufalini est le premier qui se soit efforcé, en 1551, de donner une image fidèle de la ville de Rome ; son plan a fait époque ; tous les travaux ultérieurs ont eu celui-ci pour base. Depuis trois siècles les plans de Rome moderne se sont multipliés ; au point de vue même de la topographie antique il est nécessaire de les consulter. Pendant ces trois cent cinquante ans, la configuration de l'ile et le contour de ses rives ont beaucoup changé ; le courant du Tibre l'a à peu près rongée; elle avait une superficie plus grande au xvi" siècle qu'au xix' ; elle était plus vaste au temps des Antonins qu'au xvf siècle. Le plus récent et le plus important de ces plans est celui de M.. R. Lanciani, à l'échelle de 1/1000, sur lequel sont indiqués, outre les constructions modernes, les ruines antiques et l'emplacement probable des monuments disparus.
On ne doit pas négliger non plus de passer en revue les dessins manuscrits et les gravures des archéologues de la Renaissance. Quelques-uns d'entre eux ont une valeur documentaire très réelle ; ils reproduisent l'île tibérine telle qu'elle existait à cette époque ; sur la gravure de du Pérac, le revêtement en travertin de la pointe d'aval apparaît nettement, mieux dégagé que de nos jours. En revanche, le dessin du recueil Orsini à la Bibliothèque Vaticane, les gravures de Ligorio, de Gamucci, de Dosio, maintes fois rééditées dans les ouvrages d'archéologie romaine, sont purement fantaisistes et ne font honneur qu'à l'imagination de leurs auteurs.
1. Pour les plans, dessins et restaurations de l'île, voir Y Appendice 11, Iconofjraphie.
Il est inévitable que toute restauration implique une part assez grande d'hypothèse. Encore faut-il qu elle s'appuie sur des faits constatés et des données certaines, qu'elle ne con-
tredise aucun texte, qu'elle ne propose d'ajouter aux matériaux sûrs dont on dispose que des compléments simples et vraisembhxbles. Tel n'était pas le cas assurément pour les prétendues vues de l'ile dans l'antiquité qu'esquissait le
crayon d'un Ligorio. Depuis lors, des tentatives plus sérieuses ont été faites. Piranesi, dans la seconde moitié du x\nf siècle, et Canina, au milieu du xix% ont donné des plans restaurés de la Rome ancienne tout entière. A deux reprises, des architectes pensionnaires de l'Académie de France à Rome, Delannoy en 1832, M. René Patouillard en 1900, ont choisi Tile tibérine comme sujet du travail de restauration auquel ils devaient consacrer la dernière année de leur séjour à la villa Médicis. Les grandes planches qu'ils ont dessinées, avec les Mémoires explicatifs qui les accompagnent, sont encore inédites. M. René Patouillard a profité des découvertes de ces dernières années; son interprétation des ruines et des textes antiques est moins aventureuse que celle de son devancier. Il a bien fallu, malgré tout, pour donner à ses reconstructions l'ampleur, la précision et l'unité nécessaires qu'il ajoutât à ce que nous ont révélé les vestiges encore existants, les fouilles et les auteurs. Les conclusions des archéologues servent seulement de point de départ aux conceptions des architectes, qui ne s'en inspirent que pour les dépasser.
Les édifices de l'île tibérine dans l'antiquité. — L'étude que nous avons entreprise nous permet, du moins, de dégager ces conclusions mêmes. Nous savons quels édifices l'île renfermait dans l'antiquité et comment ils étaient répartis sur son sol. Deux ponts, construits pendant les derniers temps de la République, l'unissaient aux deux rives du Tibre; une rue, via inter duos /?o;i^es, les reliait l'un à l'autre; elle descendait en pente douce des deux côtés, supportée par des arcades basses, depuis les têtes des ponts jusqu'au milieu de l'Ile. La pointe nord et la pointe sud, proue et poupe du navire d'Esculape, étaient recouvertes extérieurement, au-dessus d'un soubassement massif en blocs de tuf, d'un parement de blocs de travertin, sur lequel on avait sculpté le protome d'Esculape, le bâton symbolique du dieu médecin avec le serpent, et des bucranes. Entre la pointe méridionale et la rue qui faisait communiquer les deux ponts s'élevait le temple d'Esculape, orienté vers le nord; on pouvait voir, tout auprès, la source et le bois sacrés, les portiques où les malades passaient la nuit, les salles où les prêtres déposaient les ex-voto. Derrière le sanctuaire, sur la berge, était le sacellum de Tiberinus. Du côté opposé, sur une place, à moitié chemin du trajet parcouru
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j^ârldiviainter duos pontes, avait été érigé un obélisque. Au nord de la rue, le temple prostyle de Jupiter faisait face à la demeure d'Esculapo. Celui de Faunus, également prostjle,
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occupait la pointe septentrionale. Sur les terrains que ces constructions laissaient vides, on avait bâti plus tard d'autres monuments et des maisons privées. Le service de Fannone avait dans l'île un débarcadère et un entrepôt. Une prison y existait au v* siècle, et sans doute depuis assez longtemps.
Des autels et des statues ornaient Tintérieur et les abords des temples, les places, les rues : autel aux dieux lares, statues de Semo Sancus, de Jules César, et bien d'autres encore. Partout
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des inscriptions votives ou honorifiques célébraient les louanges des dieux, des empereurs, des magistrats.
Nous n'avons point de peine à nous représenter les sentiments et les pensées que devait inspirer aux contemporains
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des Antonins la vue de l'île tihérine. Les Romains contemplaient avec fierté ces monuments qui témoip^naient de leur attachement à la religion officielle et aux institutions publiques. Les étrangers s'étonnaient que tant d'édifices, dédiés à des divinités si différentes, fussent rassemblés sur un si étroit espace ; ils voulaient en savoir la raison ; ils se faisaient raconter l'histoire des sanctuaires. Les uns et les antres visitaient pieusement l'Asklépieion ; ils n'hésitaient pas à interroger Esculape, à lui exposer les maux dont ils souffraient; pour le remercier de ses conseils, ils lui offraient quelque objet de terre cuite ou de marbre, parfois même une inscription. L'île tibérine était avant tout un lieu de pèlerinage. Les dieux y avaient élu domicile. Son caractère essentiellement religieux avait frappé les Anciens, qui la surnommaient l'île sacrée. C'est ce caractère aussi que les modernes ne peuvent manquer de mettre en relief, et qui fait tout l'intérêt des recherches auxquelles donnent matière l'histoire et la topographie de ce petit coin du sol romain dans l'antiquité.