CHAPITRE IV L'ILE TIBÉRINE A L'ÉPOQUE IMPÉRIALE
La fondation de l'Empire marque le point de départ d'une ère nouvelle, aussi bien dans l'histoire particulière du développement monumental de la ville de Rome que dans l'histoire générale des progrès de la puissance romaine. On peut mieux suivre désormais les transformations de l'ile tibérine ; les textes littéraires la nomment plus fréquemment et les inscriptions se multiplient.
L'extension du pomerium. — L'île était restée pendant toute l'époque républicaine en dehors an potnerium. Depuis la chute (le la royauté et la construction des premiers édifices élevés sur son sol elle se trouvait associée à la vie de Rome; elle n'était plus qu'un quartier semblable à tous les autres. Cependant, si elle faisait partie de la ville, au sens moderne et profane du mot, elle ne faisait pas encore partie de la cité, au sens antique et religieux. Le poinerium séparait le territoire consacré de la cité du territoire de la campagne ; il marquait la hmito des auspices urbains'. La ligne, tracée par Romulus autour de la Ronia quadrala du Palatin, avait été reportée plus loin par Servius Tullius. Elle ne fut modifiée de nouveau qu'au dernier siècle de la République par Sylla et par César, sans dépasser encore la rive gauche du Tibre. On n'in-
1. Messai.a, Lib. de ausp., cité par Gell., Xlll, 14 : Pomerium est loctis intra agrum effatuin per tothis urhis circuitnm, pone muros regionibus certis delerminatis, qui facit finem auspicii urbani. — Sur le pomerium, consulter : KiEi'EUT-HuELSEx, Nomencl. topogr., p. 50; — Homo, Lex. de topogr. rom., p. 308; — les articles de Mojimsex. Richteh. Deti.eksex. IIielsen dans VUermès, t. X, p. iO; t. XX. p. i-28: t. XXI. p. i'Jl; t. XXII, p. Cl.l;— 0. Gilbkut, Gesc/i. and Topogr. d. St. Rom., t. I. p. lit.
corpora officiellement l'ile tibérine à la cité romaine que sous l'Empire; jusqu'alors elle lui était extérieure, et c'est ce qui nous explique qu'on y ait bâti des temples à certains dieux, l'Esculape des Grecs, Jupiter Jurarius, l'agreste Faunus, auxquels, pour des motifs divers, l'accès de Rome même était interdite
Sous l'Empire le pomerium fut plusieurs fois déplacé. Pour agrandir l'enceinte de la cité il fallait avoir reculé d'abord les frontières romaines elles-mêmes ~. Claude , Néron, Vespasien, Trajan, Aurélien, dont les règnes furent marqués par des conquêtes, exercèrent le droit que leur reconnaissaient la religion nationale et la tradition. On a retrouvé quelquesuns des cippes terminaux, ornés d'inscriptions, que chacun de ces empereurs faisait mettre de distance en distance sur le pourtour de la nouvelle ligne -^ Il paraissait établi jusqu'à ces dernières années que l'île tibérine et le Transtévère n'étaient devenus intra-pomériaux qu'au iif siècle de l'ère chrétienne, quand Aurélien annexa à la cité tout l'espace situé en deçà de la muraille de fortification qu'il faisait dresser. En effet, les cippes commémoratifs des délimitations de Claude, de Vespasien et de Trajan avaient tous été recueillis sur la rive gauche du Tibre. Mais on a découvert en 1899 sur la rive droite un cippe terminal de Vespasien^; il avait été utilisé à une basse époque dans la construction d'un mur situé sous l'église actuelle de Sainte-Cécile in Trastevêre ; il ne pouvait être très éloigné de son emplacement primitif. Cette trouvaille