INTRODUCTION
Scioditur iu gemiiias partes circuiuQuus amois. Insulii Domen habet, lalcrumque e parte duorum Porrigit xqualcs média tellure laccrtos.
(Ovii>., Melam., XV, 739-741.)
Les noms. — Le Tibre au milieu de Rome, entre le Capitole et le Janicule, se divise en deux bras. La petite île qu'il forme, orientée du nord-ouest au sud-est, est longue de 270 mètres environ, sur une largeur maxima de 70 ^ On l'appelle maintenant ïisola San Bartolomeo. On l'appelait au moyen âge insula Lycaotiia. Dans l'antiquité sa position lui avait valu les noms d'île tibérine, insida tiherina-, et d'île entre les deux ponts, inter duos pontes'^ ]j.érr, ousîv vs^upcov^. Les surnoms d'île d'Esculape^ et d'île du serpent d'Epidaure ^' lui étaient
1. La partie de plain-pied mesure exactement 269 mètres sur 67.
2. ViTRuv., III, 2 ; — AcRO, Schol. llorat., Sal., II, 3, 36. —Tac, llisL, I, 86 : Insula Tiberini amiiis; — Liv., XI, Epit. : Insula Tiberîs.
3. iETHiccs, cité par Ghonovius dans son édition de Pomponius Mêla, Leyde, 1722, p. 716 : Fluviorum rex pulc/ier Tiberis... per iirbem sacram geminatur et facit insulam regioni quartap decimse ubi duos pontes appellantur. — Cf. Jordan, Forma Urbis Romœ, Berlin, 1874, p. 4i et PI. IX, fragm. 42 : sur un fragment du plan de Rome dressé pendant le régne de Septime Sévère, on lit : inte[7- du]os po[n]tes. — Le Chro.nographe de l'année 'Soi (Monum. Germ., Auct. antiq., t. IX, 1, p. 145) rapporte que Tar([uin le Superbe fut tué intei' duos pontes.
4. Plut., Popl., 8. — Cf. Justin. Martyr, Apol. l'r., 26 : une statue de Simon le Magicien existait (j-sTa^j twv ôjo yeçjpwv ; — Plut., Otho, 4 : statue de César située èv [xsuoTioTaixta vr^uw, dans l'Ile au milieu du fleuve.
5. SuETON., Claud., 25 : Insula AUsculapii; — Dionys., V, 13 : N-r.ffo; 'AffxXrjirtoy.
6. SiDON. Apoll., Epist., I, 7, 12 : Insula serpentis Epidaurii.
aussi donnés quelquefois, en souvenir de l'arrivée à Rome du dieu médecin d'Epidaure métamorphosé en serpent.
Aspect actuel. — Son aspect actuel n'a rien de remarquable. Deux ponts la rattachent à la ville; celui de l'est, ou ponte Quattro Capi, est antique ; l'autre, ponte San Bartolomeo, fut reconstruit de 1885 à 1892 et ne ressemble plus au pont antique qu'il a remplacé. Dans l'île même l'église Saint- Barthélémy est le seul édifice qui présente quelque intérêt ^ . Elle date du xi" siècle-, mais elle a été refaite presque entièreinent au xvif ; du monument primitif il ne reste plus que le campanile, les colonnes de la nef et une margelle de puits ornée de sculptures devant le maître-autel-^. L'église Saint-Jean-Calybite, située presque en face, est petite et toute moderne; elle fut fondée en 1584; elle occupe l'emplacement d'un édifice plus ancien mis sous l'invocation de saint Jean- Baptiste '\ L'église Sancta Maria juxta flumen, Santa Maria
1. Sur les églises de l'île, voir : Gasijiiro, Memorie istoriche délie chiese e dei convenu dei frati minori délia p7'ovincia romana, Rome, 1744, p. 264 et suiv,; Bkschr. d. St. Rom, Stuttgart, 1830-42, t. III, 3, p. 366-572 ; — Armellini, le Chiese di Roma, 2» éd., Rome, 1891, p. 618-622.
2. L'empereur Otton 111 la fit bâtir vers l'an 1098, en l'honneur de saint Adalbert, évoque de Prague. 11 voulut ensuite y déposer les reliques de saint Barthélémy, conservées àRénévent; les Bénéventins les lui promirent, mais lui envoyèrent à la place celles de saint Paulin de Noie. D'après certains auteurs, l'empereur aurait essayé vainement de punir la fraude des Bénéventins et de leur enlever le corps de l'apôtre ; d'après d'autres, il aurait réussi dans cette tentative. Quoi qu'il en soit, les Romains crurent qu'ils possédaient réellement les reliques de saint Barthélémy. Le martyr de Bohême fut oublié ; Vecclesia SancLorum Adalberti et Paulini devint et est restée Vecclesia Sancti Bar- Iholomœi. Cf. Gkegorovius, Oesch. d. St. Rom im Mittelalter,éd.de 1869-1872, Stuttgart, t. 111, p. aïO.
3. Des colonnes antiques ont été utilisées dans la construction de l'église, et le puits qu'Otton 111 a fait entourer d'une margelle nouvelle existait sans doute dès l'époque romaine. Les reliques sont déposées sous le maître-autel, dans une cuve de porphyre provenant d'anciens thermes. — D'après MazzA.NTi (Bulletl. Comun., 1896, p. 82), la porte de l'église de Saint-Barthélémy, qui passe pour être l'œuvre des Cosmates, serait composée de fragments antiques, ingénieusement adaptés les uns aux autres. — Sur la mosaïque de la façade, voir de Rossi, Musalci cristiani di Roma, Rome, 1872, PI. IX, n" 2.
4. L église Saint-Jean-Baptiste in insula est nommée dans plusieurs bulles pontificales et actes de donation du xi" siècle (Voiries textes réunis parCANT.\- HELLi, Bullett. Comun., 1896, p. 71). En 1741, on a retrouvé, murées dans les piliers de Saint-Jean-Calybite, des colonnes avec chapiteaux sculptés qui datent du moyen âge. Cf. Caxcellieri, Nolizie istoriche délie chiese di Santa Maria in (liulia, di San Giovanni Calibila nell'isola Lycaonia, etc., Bologne, 1823. — Saint Jean-Galybite était un ermite de Constantinople, qui vivait dans une cabane, lufjurium ou 7.a/.j6r| ; la légende confondit Constantinople, la nouvelle Rome,
ET DANS l'antiquité
pressa fîiime, que mentionnent les catalogues du moyen âge, était plus au nord'; elle fut détruite d'assez bonne heure^. Un couvent de franciscains dépend de Saint-Barthélémy; un hôpital israélite est logé dans les bâtiments compris entre cette église et leponle Quattro Capi; Saint- Jean-Calybite se trouve enclavé dans un grand hôpital que desservent les Frères de Saint-Jeande-Dieu, surnommés les Fate bene fratelli^. Devant Saint-Barthélémy s'étend une place irréguhère, au centre de laquelle se dresse un monument en l'honneur de saint Jean de Dieu. Deux églises, deux hôpitaux, un couvent, de vieilles maisons, une petite place, quelques ruelles, voilà tout ce qu'on aperçoit à première vue ; il n'y a certes pas là de quoi piquer la curiosité ni flatteries regards.
L'île tibérine avait conservé cependant jusqu'à ces dernières années un caractère original et pittoresque que seuls les embellissements de la Rome contemporaine lui ont fait perdre. Sur les gravures et les dessins d'autrefois elle apparaît tout entourée d'eau, reliée seulement aux rives par ses deux ponts dissemblables, mais de même style et de même couleur, hardiment jetés; à travers l'ouverture des arches on aperçoit les roues à palettes et les passerelles des moulins amarrés dans les deux bras du Tibre, et à l'arrière-plan les églises et les maisons des quartiers voisins ; l'intérieur de l'île, que domine la tour carrée
et Rome même; on prétendit que le saint, né à Rome, s'était retiré dans l'île tibérine et qu'il était mort à l'endroit précisément où lui fut élevée plus tard une église (Acta Sanctorum, janvier, t. II, p. 311; — Cantarelu, loc. cit., p. 67).
1. Cencius Camerarius l'appelle ecclesia S. Maria fluminum. Armellini {op. cit., p. 619) en conclut qu'elle devait s'élever à l'endroit précis où les eaux du Tibre se partagent.
2. Les Bénédictines avaient dans l'île au moyen âge un monastère, auquel l'église Sanla Maria, qui regardait le Transtévère, servait de chapelle. Lorsqu'elles abandonnèrent l'île, elles vendirent leurs biens aux Frères de Saint- Jean-de-Dieu.
3. « Dans la Rome chrétienne on prend soin des malades en cette même île du Tibre où, au temps du paganisme, on adorait le dieu de la santé » (Beschr. d. St. Rom, t. III, 3, p. 567). Au moyen âge, d'après l'auteur d'un poème sur la translation des reliques de saint Barthélémy, composé pendant la seconde moitié du xn° siècle, les saints honorés dans l'île faisaient, comme jadis Esculape, des guérisons miraculeuses :
Sint ibi sanctorum quod corpora duorum Moribus oppressi relèvent ibi dœmone fessi, Flet fur, lepra fugit...
(B. Sepp, Ein inedierles carmen de translalione S. Bartholomœi, dans le Neues Archiv, 1897, t. XXII, p. S75).
i;t oans l anïiouitic
de Saint-Barthélémy, est roconvert de vieilles constructions inégales, sombres ou claires, qui descendent jusqu'aux bords sablonneux du fleuve et où se détachent çà et là des bouquets de feuillage.
Les travaux destinés à systématiser le Tibre, c'est-à-dire à régulariser son cours et à endiguer ses berges, ont tout changé. Le nouveau pont Sa7i Bartolomeo est plus long que ne l'était l'ancien; ses trois grandes arches et ses pierres blanches forment un déplaisant contraste avec la masse sombre du pont Quattro Capi. On a démoli la plupart des maisons
hautes et sales qui se pressaient dans l'île, éventré ses rues tortueuses, bâti à l'ouest, le long du fleuve, des murs continus, capables de résister aux fortes crues d'hiver, terminé la pointe nord-ouest par un môle qui s'abaisse en pente douce jusqu'à l'eau, et mis enfin à Textrémité sud-est un petit pavillon peint en rouge, d'un triste effet, la Morgue^ Vers l'est seulement, avec ses maisons anciennes surplombant le Tibre, l'île ressemble encore un peu à ce qu'elle était jadis. Malheureusement, depuis dix ans, le bras gauche du fleuve s'est ensablé^; les alluvions accumulées et les détritus jetés des rives obstruent le passage : l'eau ne les recouvre plus qu'exceptionnellement, quelques jours à peine chaque année, après les grandes pluies de novembre ou de mars. L'île n'est plus une île, et l'on peut traverser à pied sec le chenal encombré de sables et d'ordures sur lesquels pousse déjà l'herbe ^.
« Sera-ce encore le Tibre, ce fleuve que vos quais encaissent entre deux murs uniformes, et qui a perdu soit ses plages alternant avec les maisons baignant dans ses eaux, soit son ouverture en aval sur tant de débris subsistants de l'ancienne Rome? C'était le double spectacle qui s'offrait du pont Siste, par exemple, à qui se rendait de la rive gauche vers le Janicule. A sa droite la belle courbe du fleuve reflétait le splen-
1. Voir un résumé de ces travaux, d'après les documents officiels italiens, dans RoNNA, le Tibre et les travaux du Tibre, publié par le Bull, de la Soc. d'encour. pour Vind. nation., numéros de septembre et novembre 1898; p. 126 du tirage à part : de 1882 à 1884, endiguement du pourtour de l'île, empierrement de la pointe nord, immersion de blocs de béton pour régler le partage des eaux et régulariser les berges; p. 127-130 : de 1885 à 1892, reconstruction du pont San Barlolomeo et transformation de ses abords.
2. RoNNA, op. cit., p. 126 : « Le maintien, pour des considérations archéologiques, de l'île tibérine avec ses deux bras, dont un seul, celui de droite, livrable à la navigation après approfondissement, devait avoir pour conséquence une modification dans le régime fluvial... la largeur du chenal augmentant de 100 à 150 mètres à la pointe d'amont de l'île et à 160 mètres à la pointe d'aval, avec un bras à droite de Tîj mètres, et un second à gauche de 63 mètres, soit ensemble 140 mètres, le bras gauche devait nécessairement s'ensabler sous l'action du courant, plus long d'un septième. En efl'et, tandis que dans le bras droit, en prolongement de la section canalisée du fleuve, le courant est rectiiigne, il est courbe dans le bras gauche. » On a vainement essayé de conserver un courant dans le bras gauche en établissant en amont un barrage de maçonnerie ; les atterrissements ont continué.
3. Sur le plan de Rome publié par 0. Ricuteu à la fin de sa Topogr.d. St. Rom (2» éd., Munich, 1901), l'île paraît rattachée définitivement à la rive gauche du Tibre, et baignée d'un seul côté parles eaux du fleuve. Peut-être cependant cette simplification du tracé est-elle excessive ; elle donne de la situation de l'Ile encore à l'heure présente une idée inexacte.
ET DANS l'aNTIQUITIÎ 9
(lide bois do laiiriors do la Farnésine, que vous avez détruit; il voyait à sa gauche l'île tibérine, avec sa proue sculptée en
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