‹ L'île tibérine dans l'antiquitéChapitre 4 sur 237 · S II · texte numérisé non relu

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souvenir d'Esculape, et les Quattro Capi et la tour de l'Anguillara, et le temple de Vesta, et l'Aventin. Presque tout cela a disparue »

1. Geffroy, la Transformation de Rome en capitale moderne, dans la Revue des Deux Mondes, l" septembre 1897, p. 173.

Forme et étendue de l'île dans l'antiquité. — lia forme de l'île ne rappelle plus aujourd'hui que très vaguement sa forme ancienne. Les berges ont été rectifiées récemment ; on a supprimé sans pitié tout ce qui dépassait l'alignement. Mais il y a longtemps que l'œuvre de destruction était commencée; la nature, avant les hommes, s'en était chargée. Au xviii" siècle on voyait en amont et en arrière, vers la rive gauche, un petit îlot qu'on appelait Yisoletta; il supportait des murs antiques de belle apparence et bien cimentés ^ Les plans de cette époque l'indiquent '. Il devait son origine à une crue violente du Tibre au moyen âge, qui l'avait détaché de l'île. En 1788 une inondation acheva de le ruiner"^. Il est donc certain que dans l'antiquité l'île tibérine était plus grande que maintenant ; elle commençait à la hauteur de Yisoletta et s'allongeait irréguKèrement au milieu du fleuve, en suivant la courbe même de son tracé.

Histoire et topographie. — D'après la légende l'île se serait formée très tard et artificiellement ; les moissons des Tarquins jetées dans le Tibre après l'expulsion des rois lui auraient donné naissance. Deux siècles s'écoulent, et l'on fait débarquer sur son territoire le serpent sacré venu d'Epidaure, symbole d'Esculape ; un temple y est fondé en l'honneur du dieu grec de la médecine. Un siècle encore, et deux autres temples, consacrés l'un à Jupiter, sous le nom particulier de Jupiter Jurarius, l'autre à Faunus, sont bâtis auprès du sanctuaire d'Esculape; déjà le dieu du Tibre, Tiberinus, possède non loin de là un sacellimi où l'on célèbre sa fête annuelle, A la fin de l'époque républicaine les ponts de bois qui existaient depuis longtemps entre l'île et les deux rives du fleuve sont remplacés par de solides ponts de pierre. Au début de l'époque impériale la ligne du j)omerium, qui marque la limite religieuse de la cité romaine, est reculée ; elle embrasse désormais Vinsula

1. Cf. notamment Venuti, Accurata e succinta descrizione iopografica délie antichilà diRoma, Rome, éd. de 1824, p. 174.

2. Sur le grand plan d« Rome dressé par Nolli en 1748, et que la plupart des plans postérieurs, peadant plus de cinquante ans, n'ont fait que reproduire en réduction, Visolelta est représentée ; deux pans de murs antiques y sont indiqués. M. Lanciani possède un ancien dessin en couleurs, signé de l'architecte Marini, qui donne une vue deVisoletta; on aperçoit, sur le bord, un pan de mur antique, l'un de ceux que Nolli a figurés.

3. Gabrim, dans VAntologia romana, t. XV, p. 321, cité par G. Brocchi, delloStalo fisico del suolo di Roma, Rome, 1820, p. 66.

ET DANS L ANTIQUITÉ H

tiberina^ restée jusqu'alors en dehors de la ville. L'île appartient à la quatorzième des régions urbaines créées par Auguste. De tous côtés s'y élèvent des constructions nouvelles, moins importantes cependant que les anciens édifices religieux soigneusement entretenus et réparés par les empereurs. Textes littéraires, inscriptions, monuments figurés permettent de suivre, de siècle en siècle, son histoire, celle des ponts qui l'unissaient à la vieille Rome et au Transtévère, celle enfin des sanctuaires qu'elle renfermait. Ils permettent aussi de fixer avec une suffisante précision les traits essentiels de son antique topographie. On peut déterminer assez exactement l'emplacement occupé jadis parles principaux monuments qui l'ornaient. La physionomie même, si l'on peut ainsi dire, de ce petit quartier de l'ancienne Rome se laisse encore deviner. Les découvertes qu'on y a faites depuis trois siècles et les travaux archéologiques dont il a été l'objet nous donnent le droit et les moyens d'en essayer une reconstitution, à la fois historique et topographique.

L'île tibérine et la religion romaine. — L'île tibérine était, aux yeux des Anciens, une île sacrée, vfjac; tspâ^ Elle méritait qu'on lui décernât cette appellation honorifique. Son nom évoquait dans l'esprit des Romains pieux maints souvenirs légendaires : les moissons des Tarquins précipitées dans le Tibre, le serpent divin d'Esculape descendant spontanément du vaisseau qui le ramenait de Grèce et choisissant la place de son futur sanctuaire, la statue de César se tournant d'ellemême vers l'Orient, et toutes les guérisons miraculeuses et dont les inscriptions et les ex-voto conservaient la mémoire et le témoignage officiel. Esculape, Jupiter Jurarius, Faunus possédaient dans l'île des temples, Semo Sancus une statue, Tiberinus une chapelle. Trois fois par an des cortèges sacrés se déroulaient processionnellement entre les deux ponts : le l*"" janvier étaient célébrées les deux fêtes d'Esculape et de Jupiter, et le même jour on sacrifiait à Vejovis; le 13 février avait lieu la fête de Faunus, et le 8 décembre la fête de Tiberinus., Le sanctuaire d'Esculape in insula était le plus ancien et le plus considérable qu'eût à Rome le dieu

1. Plut., Popl., 8 : ToCto vCv VY^sé; èortv tspà xa-rà tt,v TtdXiv ; — Dionys., V, 13 : N-rjo-oî 'AffxXTjutoû (epa.

12 l'île tibérine dans les temps modernes et dans l'antiquité

grec de la médecine, et ceux de Jupiter Jurarius, de Faunus, de Tiberinus, les seuls que les Romains eussent Consacrés à ces divinités; en dehors de Vinsula tiherina on n'invoquait Vejovis qu'au Capitole et Semo Sancus que sur le Quirinal. L'importance religieuse de l'île dans l'antiquité est indéniable. Son histoire intéresse l'histoire même de la religion romaine. Si le surnom d'île sacrée lui convenait, il faut ajouter, avec Denys d'Halicarnasse, qu'elle était avant tout l'île sacrée d'Esculape. Le culte d'Asklépios avait été importé de Grèce à Rome trois cents ans avant l'ère chrétienne. Il fut aussitôt localisé au milieu même du Tibre, où pendant des siècles on vint consulter et adorer à la mode hellénique le dieu médecin. Après avoir raconté les vicissitudes et les transformations de l'île tibérine, depuis ses origines fabuleuses jusqu'à l'aurore du moven âge, et décrit les ponts jetés entre ses bords et les deux rives du fleuve, il sera nécessaire de s'arrêter plus longuement à étudier le sanctuaire et le culte d'Esculape ; l'examen des divers documents qui concernent Jupiter Jurarius et Semo Sancus, Faunus et Tiberinus complétera ces recherches et nous mettra en mesure, au terme de notre enquête, de retracer les grandes lignes de la topographie de l'île à l'époque la plus brillante de son lointain passé.

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