‹ L'île tibérine dans l'antiquitéChapitre 45 sur 237 · OviD., Fast., VI, vers · texte numérisé non relu

OviD., Fast., VI, vers

Terlia post Nonas removere Lycaona Phœbe Fertur, et a tergo non habet nrsa metum. '

Tum ego me memini ludos in gramine campi Adspicere, et didici, lubrice Thybri, tuos.

Festa dies illis qui lina madentia diirunt, Quiqje legunt parvis fera recurvere cibis.

5. Festus, p. 238, s. v° Piscatorii : Piscatorii ludi vocantur qui quotannis mense Junio trans Tiberim fieri soient a praetore urhano pro piscatoribus liberinis.

L INSULA LYCAONIA 83

fils de ce roi d'Arcadie ; le scholiaste comprend qu'il s'agit de celui-ci. Heliacf est mis pour Hélice, nom que portait la fille de Ljcaon, transportée au ciel et devenue la Grande Ourse. Ainsi la phrase d'Ovide : a tergo non hahet ursa melum a donné, par une transcription inintelligente, cette phrase du scholiaste : tcrgum ursœ occidit Heliace, et regh Lycaoni. Ce jour-là ont lieu des jeux ; le mot Lycaon est écrit au premier vers ; le scholiaste appelle les jeux Lycaonida. Plus loin Ovide déclare que ce sont les jeux du Tibre ; le scholiaste n'hésite pas : Lycaonida fiiint. Ludi Tiheris. On voit trop clairement comment a procédé l'auteur anonyme du calendrier. Son témoignage n'a pas de valeur propre et dérive uniquement des Fastes; s'il en diff'ère sur quelques points, il faut le récuser. De son autorité privée, et par une méprise évidente, le scholiaste donne à la cérémonie du 7 juin le nom de Lycaonida. Ovide n'en dit pas tant. Les seuls noms qu'aient portés ces jeux sont ceux de ludi Tiheris ou htdipiscatorii. D'ailleurs ils n'intéressaient en rien l'ile tibérine. P'estus déclare qu'ils avaient lieu trans Tiberim, c'est-à-dire au Transtévëre même. Ovide raconte qu'il les a vus dans un champ, in granrine campi, — non pas le Champ de Mars par conséquent, comme le croient la plupart des commentateurs, mais dans l'un dos campi de la rive droite du Tibre ' . L'expression insula Lycaonia ne peut venir du nom d'une fête qui n'était pas célébrée sur le sol de l'ile. Ajoutons que, si elle avait réellement l'origine que lui prête M. von Urlichs, elle aurait été usitée dès l'antiquité, pendant qu'existaient encore les vieilles cérémonies du paganisme. Or elle n'a pris naissance qu'au v" siècle, au moment où la religion romaine agonisait ; aucun auteur classique ne l'a connue. Quelque séduisante que soit la théorie de M. von Urlichs, on ne peut l'accepter.

L'église Saint-Nicolas. — M. Dufourcq suggère, sans d'ailleurs y insister outre mesure, une autre explication. A l'époque byzantine une église de Saint-Nicolas m carcere « fut établie dans ou })rès Vinsida Lycaonia... Qui sait si Lycaonia ne serait pas une déformation de Nicalonia » ou de Nicolaonia-'! Sur plusieurs manuscrits de légendes hagiographiques on lit :

i. Cf. 0. lliciiTEn, Topogr. d. Sf. Rom., 2' éd.. p. 2T1. 2. \. DuKOL'RCy. op. cif., p. 122, en note.

insulam Nichaoniam '^ . Deux objections décisives nous empêchent d'accueillir cette conjecture, sans parler de la dissemblance trop considérable des mots Lycaonia et Nicalonia. L'île, d'après les Gesta martyrum^ s'appelait ainsi longtemps avant l'époque byzantine, où fut construite l'église Saint-Nicolas. Celle-ci, d'autre part, n'était pas située dans l'île, mais sur la rive gauche du Tibre, au Forum holitorium- .

Saint-Barthélémy et la Lycaonie. — M^'"" Duchesne estime que Vinsula Lycaonia tirait son nom de la province de Lycaonie en Asie. L'île tibérine renferme depuis le début du xi" siècle une église placée sous l'invocation de saint Barthélémy; or cet apôtre passait pour avoir évangélisé, entre autres régions d'Asie, la Lycaonie; le souvenir de la prédication lointaine de saint Barthélémy aura fait assigner la même appellation au petit quartier de Rome où s'élevait son éghse ^.

Mais on ne voit pas pourquoi, parmi tant de contrées que l'apôtre avait visitées, la Lycaonie, qui n'était ni la plus grande ni la plus connue, aurait attiré particulièrement l'attention des Romains. D'ailleurs l'île tibérine portait déjà au v" siècle le nom (ïinsida Lycaonia et l'église Saint-Barthélémy n'y fut fondée qu'au xi". Peut-être même est-ce en considération de ce nom donné très anciennement à l'île qu'on aura localisé sur son territoire le culte romain de saint Barthélémy. On a })ien la ressource, il est vrai, de supposer que le culte du saint en cet endroit est antérieur à la construction de l'église actuelle. Otton III la fit bâtir en l'honneur de saint Adalbert; quelques années plus tard l'apôtre d'Asie supplantait le martyr de Prague ; mais ne reprenait-il pas possession simplement d'un lieu qui lui était autrefois réservé et d'où les influences germaniques l'avaient momentanément écarté? L'hypothèse qu'il y avait jadis dans l'île une vieille église ou une chapelle de saint Barthélémy, n'est pas invraisemblable. Nous aurions

1. A. DuFOuitcQ, loc. cit., mentionne un manuscrit viennois des Actes de saint Callisle : le corps de saint Calepode fut jeté in Tiberim aiile insulam Xichaoniam {Codex Vindohonensis 3o7, folio Tl'-TS'', "2" col., 4" ligne). On peut citer aussi un autre manuscrit des mêmes Actes, conservé à Carlsruhe [Codex Augiensis XXXII, n" 18) ; — Cf. K. Kt;.\STLE, Hagiographische Studien ilber die J'assio Felicilalis curn VU fdiis, Paderborn, 1894, p. 15.

2. M'-^ UucHESNK, éd. du Liber Pontificalis, t. 1, p. 515, note 13; — Jobdan, Topogr. d. St. Rom, t. 11, p. 293, notes 12 et 13, et p. 532.

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